Connexion

Les critiques de Bifrost

Nouvelles vagues

Pierre BORDAGE
L'ATALANTE
240pp - 15,50 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Quatrième recueil publié par Pierre Bordage chez son éditeur le plus fidèle, la maison nantaise L’Atalante, Nouvelles vagues réunit douze récits parus entre 2017 et 2023, auxquels s’ajoute un inédit : « Nouvelles vagues ».

Disons-le tout desuite,l’ensemble, relativement, aurait sans aucun doute gagné à être introduit par un avant-propos de l’auteur ou une préface de l’éditeur, ce qui lui eût permis d’acquérir une certaine cohérence. Subdivisons donc tout ça en deux grandes parties, histoire de clarifier un peu.

La première pourrait se composer de « Si tu ne vas pas à Nantes », « Mobipolis », « Sans destination » et « Trex », des space opera rêveurs qui entraînent le lecteur dans d’autres galaxies, sur d’autres planètes, àla découverte d’autres civilisations. Mais aussi d’« Aliéné.e.s », qui raconte le déroulement d’une mutinerie spatiale fomentée par ceux qui, refusant la xéno(morpho)phobie d’une trop orgueilleuse humanité, choisissent de croire que l’altérité est un enrichissement, et non une menace — à bon entendeur… On se croirait revenu au glorieux temps de l’Âge d’or de la SF, lorsque l’espoir, l’enthousiasme et l’émerveillement n’avaient pas encore été terrassés par les affres du changement climatique, de la pollution mortifère et du consumérisme abêtissant. Voilà qui est rafraîchissant, et qui mérite sans conteste qu’on s’y penche. Une mention particulière aussi à « La Perle du sagittaire », récit de la rencontre avec une forme de vie psychomorphe et prédatrice quen’aurait pas reniée Stanislas Lem.

La deuxième partie du recueil délaisse l’espace et nous ramène sur Terre, évoquant le transhumanisme socialement fracturant dans « H+ », un éden post-capitaliste élitiste dans« Des hauts et des bas »,la quête du savoir perdu dans le monde postapocalyptique de « De l’avant », ou le complotisme assassin de quelques assoiffés de pouvoir dans l’étonnant « Amertumes ». Certains textes pourront cependant laisser le lecteur perplexe,tel« Et le verbe se fit cher », diatribe à peine camouflée visant les affres de l’industrie littéraire et culturelle (texte destiné avant tout aux auteurs eux-mêmes, peut-être ?), voire sceptique avec « Nouvelles vagues », qui vient clôturer l’ouvrage tout en lui donnant son titre, vision un poil naïve d’une humanité sous le joug de l’obscurantisme religieux, et qui nedevrasonsalutqu’à l’ingénu courage des jeunes générations. Que dire, enfin, de « Avant dernier », composition solarpunk convenue et peu originale qui… oups, et voilà : le livre nous est tombé des mains. Mais gardons-nous de conclure sur une note négative ! Nouvelles vaguesse révèle au bout du compte,et pour l’essentiel, tout à fait agréable à lire, et quelques belles idées en justifient tout à fait l’acquisition.

Julien AMIC

Ça vient de paraître

Où repose la hache

Le dernier Bifrost

Bifrost 121
PayPlug