Pierre RAUFAST
AUX FORGES DE VULCAIN
336pp - 20,00 €
Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122
Suite de « la Trilogie Baryonique », Octomes peut se lire indépendamment, même si, à l’évidence, avoir lu la susdite trilogie conférera une meilleure perception de l’univers créé par l’auteur.
L’histoire se déroule à la fin du troisième millénaire, huit siècles après les événements narrés dans la trilogie, et est nourrie par divers flash-back. L’humanité, qui vit entourée de robots et de diverses machines pensantes, a décidé d’hybrider les humains, les pieuvres et les entités défuntes découvertes dans le système de la Tortue (voire la trilogie), pour créer les Octomes — qui s’avèrent bien vite très supérieurs aux humains, tant physiquement que mentalement. Adam, le personnage principal, pense qu’il est nécessaire de surveiller l’évolution de ces créatures et leur impact sur le genre humain. Si l’avis d’Adam est partagé par sa patronne, il ne l’est pas par Gogan, le numéro 2 d’UTL, qui prend des dispositions radicales qui lui conviennent. Adam est placé dans un retardateur qui lui permet de glisser progressivement dans l’avenir en exploitant les effets relativistes de la proximité d’un trou noir. Le sabotage échoue partiellement et, au lieu d’être tué, Adam est projeté à la fin du millénaire où il découvre que ses craintes étaient parfaitement fondées… Que faire pour enrayer la fin d’une humanité promise à la décadence et vouée aux marges de l’histoire ?
La plus grande partie du roman, qui montre Adam faisant le triste constat de la déchéance humain, est assez réussie bien qu’elle ne donne pas tous les éléments du complot de Gogan et de l’Esprit, une entité artificielle qui est la mémoire totale de l’humanité. Las, l’optimisme de la fin du récit exige une suspension d’incrédulité telle que l’effort fourni entache le résultat d’ensemble. Sans même parler de cette idée de panspermie qui jette l’évolution aux orties et veut que les humains aient été transplantés sur Terre par des extraterrestres dans une indéfinie suite de cycles qui évoquent Alien : Prometheusou encore Nous, les martiens (1954) de Jimmy Guieu…
La trilogie initiale allait crescendo question qualité, du plutôt médiocre ou très acceptable, répondant in fineà la plupart des questions soulevées par l’ensemble. Cet Octomes s’inscrit dans la bonne moyenne. Sans doute aurait-il pu s’avérer meilleur encore, mais en l’état ce n’est franchement pas si mal.
Jean-Pierre Lion