Alain GROUSSET
ACTUSF
512pp - 22,90 €
Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121
L’auteur de ce gros livre joue cartes sur table dès son avertissement : « … il ne s’agit pas de l’Histoire de la SF française mais de la Petite Histoire ». Si, au fil de la lecture, on découvre une chronologie du genre de 1950 à 2000, toile de fond nécessaire au récit, celui-ci est davantage une collection d’anecdotes qu’une tentative pour retracer son évolution. Alain Grousset n’était pas né en 1950, mais il dispose d’une abondante documentation, sans compter les souvenirs de ceux qui ont vécu cette époque et qu’il a eu la bonne idée d’interviewer lorsque c’était possible, de sorte qu’on a très souvent affaire à des témoignages de première main. En fonction de sa familiarité avec les acteurs de la science-fiction en France, le lecteur retrouvera de vieilles connaissances en même temps qu’il fera des découvertes parfois étonnantes. « Par sauts et gambades », Grousset passe du combat sans cesse renouvelé pour la légitimité du genre aux querelles de chapelles entre ses tenants, de l’enthousiasme présidant à la naissance d’une nouvelle initiative éditoriale à la déception causée par l’effondrement de celle-ci, et cætera. Grâce à son style familier, non dénué d’humour, il rend vivant ce défilé de fortes personnalités, dont les mésaventures font parfois dresser les cheveux sur la tête. Un style qui, d’ailleurs, évoque irrésistiblement le fanzinat dont Grousset est issu : même sens de l’humour potache, même sérieux et même exhaustivité.
Ce livre n’est certes pas exempt de défauts. Pour commencer, il est sans doute trop long, en partie à cause des redites au cas où le lecteur aurait perdu le fil. Plus superficielle mais néanmoins irritante, la quantité de coquilles qui gâche le plaisir. Enfin, on peut regretter l’absence d’un index onomastique, qui aurait facilité la consultation de l’ouvrage ; mais, avec un peu d’indulgence, disons que les légendes des photos, reportées en fin de volume, permettent de se repérer quand on cherche telle ou telle personne.
Pourquoi ce panorama s’interrompt-il en l’an 2000 ? Tout simplement, avoue Grousset, parce qu’il s’est détaché du genre à cette époque, mais aussi parce que des recherches fouillées sur les tribulations de notre siècle auraient exigé d’explorer les profondeurs de l’Internet, qui sont lacunaires quand elles ne sont pas inextricables. On ne parle bien que de ce qu’on connaît bien.
Je terminerai cette critique par une note personnelle. Lors des dernières Utopiales, j’évoquais en présence de divers acteurs du genre le rôle de Pierre K. Rey (1947-2007), anthologiste, traducteur, promoteur d’une SF littéraire et exigeante. Un jeune écrivain-traducteur de talent déclara qu’il n’avait jamais entendu parler de lui. C’est là le sort qui guette pas mal de membres de Notre Club, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Le livre d’Alain Grousset apparaît donc comme utile, dans la mesure où il pérennise leur souvenir.
Jean-Daniel Brèque