T. KINGFISHER, T. KINGFISHER
VERSO
432pp - 22,90 €
Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122
Après le succès de Nettle and Bone : comment tuer un prince (prix Hugo du meilleur roman 2024, cf. critique dans notre n° 118), T. Kingfisher (alias Ursula Vernon) nous revient ici avec un roman proposant un univers à la fois différent et similaire de celui dans lequel baignait la jeune Marra. On suit ici une autre jeune femme, Cordelia, qui vit sous la surveillance sa mère, Evangeline, laquelle s’avère être une sorcière aux dons uniques. Las, les villageois commencent à mourir dans d’étranges circonstances ; Evangéline entraîne alors sa fille à travers la nuit, la menant jusqu’à un étrange manoir : la demeure de Squire et de sa sœur Hester. Convoitant ses richesses et sa propriété, Evangeline fait tout pour que Squire l’épouse. Hester et Cordelia feront ce qu’elles peuvent pour empêcher une union qui, on le découvre un peu vite, pourrait causer plus de mal qu’on ne le pense. Cordelia osera-t-elle affronter sa geôlière de mère ?
Si le ton général du récit peut paraître badin, la qualité narrative globale fait son office, y compris question humour (caractéristique déjà présente dans Nettle and Bone). Hélas, les relations humaines ici déployées (notamment mère/fille) paraissent trop caricaturales et immatures pour faire adhérer qui que ce soit à la réalité des personnages, et l’ensemble s’avère terriblement plombé par des dialogues qui sonnent si faux qu’on les croirait tout droit sortis de la bouche d’un maître de jeu en mal d’imagination — quand ils ne sont pas redondant d’une narration par ailleurs tout à fait percutante.
Demeure l’originalité liée au fait que cette histoire de « cosy horror » place ses lecteurs dans une position d’enquêteur. Un mélange des genres qui fonctionne joliment, et pousse malgré tout à avancer dans le récit. De là à affirmer que Quand vient la sorcière se dévore, voire même se révèle agréable de lire, il y a un pas qu’on se gardera d’effectuer.
Avec ce roman récompensé par le prix Locus 2025 du meilleur roman de fantasy , T. Kingfisher rejoint de ce fait les grands noms déjà lauréats de ce prix — Ursula K. Le Guin, G.R.R. Martin, Marion Zimmer Bradley—, mais elle demeure hélas très loin de les égaler, de près comme de loin.
Alex Delusier