Katia LANERO ZAMORA
ARGYLL
128pp - 9,90 €
Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120
Le programme Re:Start est une promesse, celle faite aux femmes de les ériger en déesses de la beauté via un cycle sportif intensif et une routine alimentaire cadencée par l’ingestion de gélules. Chaque calorie compte, chaque pas compte, chaque point récolté cultive l’espoir de pouvoir un jour s’élever vers ce statut divin. Le corps des Lumineuses est un temple qu’elles se doivent de respecter.
Mona a elle aussi emprunté le chemin de La Grande Aventure de la Beauté. Dans sa tiny house de Re:Start ville, elle ne ménage pas ses efforts, et vient d’ailleurs d’être nommée Semeuse, un échelon qui lui permettra de gagner des points si ses chiffres de vente des produits Re:Start sont suffisants. Elle doit y arriver. Elle n’a pas le choix. Car ce n’est pas une injonction de maigreur qui l’a conduite dans cette secte, non, Mona est en infiltration. Et la perte de contrôle de son amie Calliste va accélérer son enquête sur la disparition mystérieuse de trois Lumineuses.
Parler de la stigmatisation du corps n’est pas chose aisée, et Katia Lanero Zamora s’attaque avec Re:Start à la grossophobie, celle crachée à la gueule de ceux que l’on considère comme gros, et celle qu’on s’impose, consciemment ou non. L’autrice nous épargne la description d’un contexte qui est tout bonnement le nôtre, celui d’une société qui chasse le gros et le laid pour uniformiser les corps, les rendre respectables, désirables, visibles ; et qui mène une guerre implacable contre la médiocrité des obèses. Sujet violent, donc, et ça démarre fort dans Re:Start ! La douceur (relative) de l’illustration de couverture signée Anouck Faure ne prépare pas à la sanglante scène d’ouverture. Calliste a faim. Très faim. Mais son IA lui interdit de manger. La Lumineuse n’a pas dépensé suffisamment de calories, les placards restent verrouillés. Alors elle prend un couteau. Et mange. Son propre corps. Une scène qui annonce un thriller pour le moins inquiétant. Quand on en arrive à manger ses chairs alors qu’on vit dans un paradis dédié aux femmes c’est que quelque chose cloche. Et c’est bien le cas. Dommage que l’intrigue aille trop vite, l’enquête de Mona ne souffre d’aucun accroc, ou si peu, l’infiltrée s’en sort toujours, trouve chaque indice sans la moindre difficulté. Entre Mona la Lumineuse et Ramona l’infiltré, un dialogue intérieur s’installe, symbole des efforts que l’héroïne doit déployer pour ne pas se perdre. Las, le curseur ne va pas assez loin pour que l’on puisse ressentir le vertige de la chute possible, la folie obsessionnelle qui emporte ces femmes. Le chapitre final apparaît donc plus anecdotique qu’il ne l’est en réalité, et c’est bien dommage au vu du sujet. Le texte souffre aussi d’un ton trop jeunesse, notamment dans les dialogues, que les quelques scènes « gores » (début et fin) peinent à faire transiter vers un lectorat plus adulte. Re:Start nous laisse malheureusement avec une sensation de faim alors qu’il promettait d’être mordant.
Aayla Secura