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Solution non satisfaisante

La fiction, qu'elle soit littéraire ou audiovisuelle, prend parfois des chemins de traverse pour flirter avec l'histoire de la Seconde guerre mondiale et bousculer les frontières culturelles. Ainsi, les spectateurs américains auront attendu près de quarante ans pour découvrir L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville ; il aura fallu soixante-dix ans pour que les lecteurs français découvrent, grâce aux éditions du Somnium, « Solution non satisfaisante », l'une des nouvelles les plus représentatives de Robert Heinlein.

1941, telle est la date de ce texte qui frappe, bien au-delà de sa précision technique, fruit de recherches approfondies de l'auteur, par la cohérence remarquable de son dispositif narratif. Le tout premier peut-être, quatre ans avant Hiroshima, Robert A. Heinlein y fait la démonstration froide du changement géopolitique irrévocable qu'impliquera la mise au point et l'usage de l'arme nucléaire. Moins entendu qu'un Albert Einstein, mais bien plus radical, Robert Heinlein place ses contemporains, les scientifiques et les politiques, face à leurs responsabilités : penser l'impensable, lorsque toute certitude a été balayée, reste la seule issue, aussi amère soit-elle.

La nouvelle est accompagnée d'un dossier aussi dense que passionnant, incluant un post-scriptum de l'auteur, le Memorandum qu'il adressa le 15 août 1945 au président Truman pour lui proposer un programme de fusées lunaires, un brillant article de H. Bruce Franklin sur le thème-clef des « superarmes » et, outre les annexes d'usage, une éclairante « chronologie atomique 1945-1946 » qui permet de mesurer toute l'acuité et l'influence d'un auteur capable d'interroger les futuribles politiques à partir des changements technologiques.

Un bel écho à son Histoire du futur et, assurément, un ouvrage à ne pas manquer.

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