John CHRISTOPHER, John CHRISTOPHER
TERRE DE BRUME
256pp - 19,00 €
Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122
La publication originale de ce roman remonte à 70 ans, en 1956, et, en dépit de son titre français, n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Mais il s’agit pourtant bien d’un roman catastrophe, à l’instar de son Hiver éternel ,que ces mêmes éditions Terre de Brume, qui bougent encore de temps en temps, ont réédité en 2024 (cf. critique dans notre 116 e livraison). Une catastrophe biologique, qui prend la forme d’un virus s’attaquant au riz : l’Asie ne tarde pas à sombrer dans le chaos et la famine, bien que le monde entier se penche à son chevet. Un remède, l’isotope 717, est trouvé, mais il se révèle vite pire que le mal, car ce virus est instable et sa mutation élargit son spectre, de sorte qu’il s’attaque à toutes les céréales : blé, avoine, orge (plus de bière !), seigle, puis finalement à l’ensemble des graminées. Dans le monde entier, faute de fourrage pour nourrir les bêtes, les gens en sont réduits à ne plus manger que des pommes de terre et du poisson (ici, l’auteur va sans doute un peu vite en besogne : quid des pommes, qui se conservent fort bien, des poires, des cerises, des courgettes, etc.). Tout ce que l’on appelle « herbe » disparait de la verdoyante Albion, qui se couvre de champs de boue.
John Christopher ne se préoccupe pas vraiment de la plausibilité de sa calamité, ni du rôle éventuel des humains dans son évolution. Comme dans L’Hiver éternel, ce qui l’intéresse, c’est comment les gens vivent le désastre et y réagissent.
Terre Brûlée ne quitte jamais le sol britannique. On y voit par le petit bout de la lorgnette un groupe de deux, puis trois couples avec des enfants qui fuient Londres et remontent vers le nord de l’Angleterre dans ce qui commence comme un road movie pour se poursuivre en une sorte de path movie à travers les landes vers une vallée isolée où vit David, le frère de John, le personnage principal. Le groupe s’accroit au fil du récit et des coups de fusil. Rien que de très classique en la matière, qui évoque Le Jour des fous d’Edmund Cooper.
Écrit au mitan des années 50, le roman s’y déroule également, et il faut garder ce décalage temporel à l’esprit en le lisant aujourd’hui. Ni portables ni drones. Bien entendu. Ce qui ne gêne en rien la lecture. Christopher n’oublie pas d’évoquer, en passant, le parfait cynisme des politiciens, leur absolue absence de scrupule, d’empathie ou d’éthique pour qui la fin justifie tous les moyens. Même s’il finira par faire une impasse en ellipse sur cet aspect des choses. La civilisation s’effondre, et peut-être un petit groupe survivra-t-il, isolé, sans retomber dans la sauvagerie qui engloutit le monde…
SiTerre brûléen’a rien d’un chef-d’œuvre, il se laisse lire comme un agréable roman d’aventures, avec ce qu’il faut de coups de fusil pour tenir le lecteur en haleine. Et s’avère particulièrement convaincant du côté de l’évolution de personnages ordinaires face à des circonstances qui ne le sont pas — ce qui peut être préservé et ce qui ne peut l’être.
Jean-Pierre Lion