Justine BRETON
L'ATALANTE
320pp - 18,50 €
Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121
Fans de Pratchett, réjouissez-vous ! Voici une nouvelle étude qui vous ravira. Docteur en littérature médiévale et maître de conférences en littérature française, Justine Breton n’en est pas à son coup d’essai, et certains se souviendront peut-être d’elle pour ses ouvrages sur Kaamelott, les Monty Python, et The Witcher. L’autrice revient à ses amours pratchettiennes pour proposer une exploration du Disque-monde (entre autres œuvres) à travers cette étude consacrée à la Mort, dans toute son étrangeté.
La Mort, donc, thème à la fois central et transversal de l’œuvre de Pratchett, personnage culte des Annales et miroir du vivant cardinal (vis-à-vis des personnages, des lecteurs et lectrices, et même… de l’Auteur, notamment après l’annonce de sa maladie). Car qui peut mieux renvoyer ce reflet philosophique (et décalé) que cet observateur perplexe (oui, la Mort est un être masculin chez Pratchett, c’est un fait) de toutes les créatures vivantes sur le Disque ?
Le texte est érudit, et il faut bien sûr connaître quelques ouvrages du codex pratchettien pour se repérer dans cette analyse. Nul besoin d’avoir tout lu pour apprécier cette plongée à la poursuite du Faucheur, et de toutes ses symboliques. L’idéal serait d’avoir au moins parcouru une fois les cinq romans dont la Mort est l’un des personnages centraux (Mortimer, Le Faucheur, Accros du roc, Le Père Porcher et Procrastination).
Les questions abordées sont essentielles : la Mort peut-il changer ? Y a-t-il de « bonnes raisons » de mourir ? Comment tuer (ou pas) ses personnages ? La Mort est-il une figure religieuse ? Comment humaniser sans ridiculiser ? Comment se souvenir des vivants et des morts ? Accepter la mort ? Et les propositions de réponses, illustrées par les péripéties et les citations de textes, sont brillantes et savoureuses.
L’essai est riche et dense, mais réussit avec brio à garder l’humour, l’ironie et le décalage burlesque en toile de fond. Et l’on retiendra aussi, comme souvent chez les lecteurs et lectrices de Pratchett, cette grande tendresse accordée aux personnages.
Un ouvrage vraiment intéressant, donc, et qui parle avant tout de la vie.
Petit détail pour les fans hardcore : la bibliographie est pas- sionnante, et promets d’augmenter la hauteur de votre Pile à Lire…
Alors, en attendant de rencontrer la Mort, et de lui offrir un cornichon (qu’il adore), redécouvrons toutes les joies des romans de Pratchett. Et comme dirait Mémé Ciredutemps : « CHUS PAS MORTE », aussi est-il encore temps de chercher un sens à la vie, avec humour, et dans les bouquins bien sûr !
Maëlle Alan