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Les critiques de Bifrost

The Will of the Many

James ISLINGTON
ELDER CRAFT
768pp - 26,50 €

Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121

James Islington s’est fait connaître en nos contrées en 2021 avec la parution de la « Trilogie de Licanus », fantasy de facture classique et au parfum de young adult. Une trilogie parue aux éditions Leha, tandis que l’ouvrage qui nous occupe ici nous est proposé par les éditions Elder Craft, casus belli éditorial qui nous rappelle combien le petit monde de l’édition est une jungle (pas un sport de combat, de grâce, non).

The Will of the Many est le premier tome d’une saga nommée « Hiérarchie » (pas « Hierarchy », hein, n’allez pas vous mélanger les langues). La Hiérarchie désigne un empire très librement inspiré de Rome qui a soumis tous les pays alentours en faisant usage d’une magie/technologie héritée d’un peuple précur- seur disparu lors d’un cataclysme de nature inconnue. Notre héros, Vis, est le prince orphelin d’un pays conquis. Il est en colère, la vengeance l’anime, etc. Assez vite remarqué et adopté par un influent sénateur de la Hiérarchie, Vis est chargé d’aller enquêter dans l’académie qui forme les élites de l’empire. Une manière d’ENA très stratifiée, parangon de classisme et de népotisme. L’école, quoi. Arrivés là, avec un orphelin vengeur balancé dans une école d’élus, nous pouvons nous demander si l’auteur du bouquin n’est pas une égérie fasciste et transphobe. Non. Respirez, ça va s’améliorer.

Parlons de la Hiérarchie. Afin de devenir un citoyen de l’empire, chaque individu (« the many ») doit consentir à céder une part de sa « volonté » (« the will ») à la caste supérieure qui l’utilise pour se renforcer physiquement et magiquement. Cela, de manière pyramidale et exponentielle. Huit octavi cèdent leur volonté à des septi, cinquante-six septi cèdent à des sexti et bis repetita ma bonne dame. Ceux en haut de la chaîne sont donc sacrément balèzes. C’est schématique en diable, assez simpliste, mais néanmoins très efficace pour représenter les rapports et les structures de pouvoir que nous expérimentons en tant que travailleurs et citoyens. Assez rapidement, un des personnages énonce une vérité mondaine qui rime comme une antienne : en Hiérarchie ce sont les médiocres qui règnent, ils ne reculent devant rien, ils ne prennent guère de risque, tout comme le disait Alain Deneault dans Médiocratie. Une injustice savamment structurée par des gens nuls à chi… ? Hé, en voilà un moteur narratif qui prend aux tripes ! Ajoutez-y la paranoïa suppurante du héros jeté parmi les loups et nous voilà bien hameçonnés.

Ce premier tome, contrairement à ses cousins volumes d’expositions, sait cacher ses belles gambettes velues sous sa toge et gageons que la suite nous réserve, à l’image du chapitre final, de sacrées surprises.

 

Pierre Constantin

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