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Les critiques de Bifrost

Toujours le nord

Vicki JARRETT
MNÉMOS
252pp - 21,50 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Juin 2025 : Isobel et son collègue Grant embarquent à bord du Polar Horizon, navire battant pavillon norvégien, dans une mission de prospection pétrolière. Il s’agit de sonder les fonds marins de l’océan Arctique au moyen de flûtes sismiques. Mais, sous l’inamovible soleil de minuit, tout s’altère :les relations humaines, la perception du temps, la santé mentale. Et puis il y a ces choses que la logique peine à expliquer :le capitaine persuadé d’être poursuivi par le même ours polaire depuis des décennies, le brise-glace russe ouvrant la voie au Polar Horizon qui disparaît des radars, Isobel qui a des absences curieuses. Plus le temps passe et plus la situation se détériore, jusqu’à un événement où l’intégrité de tout l’équipage est compromise.

Vingt ans après, Isobel tente de survivre dans un monde en ruine. La montée des eaux causée par la fonte des pôles a conduit l’humanité à chercher refuge dans les hauteurs. L’ancienne scientifique vit désormais d’expédients à Avie, détestable petite bourgade au pied des Cairngorms, en Écosse. Et voilà que Grant revient. Son ex-coéquipier a un job à lui proposer : rejoindre un centre de recherche dissimulé dans les montagnes. Là-bas, Isobel sera nourrie-logée-blanchie. La contrepartie ?Se contenter de mettre son cerveau à contribution, lors de séances d’IRM. Les semaines de son expédition dans l’océan Arctique revêtent un intérêt tout particulier pour la petite équipe de ce laboratoire secret…

Deuxième roman de l’Écossaise Vicki Jarrett (mais premier traduit en français), Toujours leNordest paru originellement en 2019, quand l’été 2025 relevait du futur proche — c’était moins le cas, en avril 2025, pour sa sortie française, et la mention de « futur proche » en quatrième de couverture pour parler de ce qui est maintenant notre passé (au moment où vous lirez ces lignes) peut faire tiquer. Foin de pinaillage : dans sa première moitié, Toujours le Nord se montre un très bon roman d’aventure et d’ambiance. L’atmosphère glacée et écrasée de soleil de l’expédition en Arctique fonctionne à merveille, et la semi-apocalyptique désagrégation climatique et sociale de 2045 s’avère plutôt crédible. Les mystères s’accumulent, quelle que soit l’époque. La seconde moitié du livre a la lourde tâche de répondre aux questions,et c’est là que le bât blesse : plusieurs éléments sans réponse demeurent en plan et les révélations peinent à convaincre. Dommage, d’autant qu’un pas grand-chose aurait sûrement suffit à résoudre ces défauts.

Au bout du compte, Toujours le Nord est une demi-déception. Ou une demi-réussite. C’est selon.

Erwann Perchoc

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