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Les critiques de Bifrost

Tovaangar

Céline MINARD
RIVAGES
688pp - 23,50 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Pour qui n’aurait pas encore eu le considérable bonheur de lire Céline Minard, rappelons en quelques mots que la Française offre à ses lecteurs et lectrices d’arpenter l’une des contrées parmi les plus extraordinaires du paysage littéraire contemporain. Celle-ci se signale (en des termes bien lacunaires, étant donnée son ampleur…) par une formidable fécondité tant esthétique que fictionnelle. Les douze livres publiés par Céline Minard, depuis 2004, sont en effet autant de saisissantes expériences formelles et narratives, toutes marquées par la volonté démiurgique d’engendrer une langue d’une inédite singularité, la plus en mesure de restituer un imaginaire lui-même d’une originalité radicale. D’une ambition rare dans la littérature actuelle, l’entreprise minardienne est d’autant plus remarquable qu’elle demeure constamment accessible. Notamment parce que l’autrice combine à son minutieux travail d’orfèvre-poète de la langue une inépuisable énergie de conteuse. Et qui trouve à s’exprimer dans des récits qui, bien qu’édités dans des collections de littérature dite blanche, empruntent très souvent aux « mauvais genres ».

Parmi ceux-ci, l’on compte la SF, que Céline Minard affectionne, l’ayant pratiquée avec le roman Le Dernier monde (2007, cf. Bifrost n° 46), et le recueil de nouvelles Plasmas (2021, cf. Bifrost n° 104), ce dernier ayant été légitimement récompensé en 2022 par le Grand Prix de l’Imaginaire, catégorie nouvelle francophone. À ce dernier, l’écrivaine ajoutera peut-être en 2026 le GPI du roman pour son dernier né Tovaangar, parfaite démonstration du très grand art minardien et magnifique livre de SF… Quant à l’imaginaire déployé dans les presque 700 pages de ce roman, foisonnant s’il en est, il travaille certes l’un des objets science-fictionnels les plus en cours du moment (d’aucuns écriraient même éculé…), celui de la spéculation postapocalyptique. Mais on rappellera d’abord qu’il s’agit là d’un thème en réalité consubstantiel à l’univers minardien, explicitement présent dans les sus-cités Le Dernier monde et Plasmas, habitant plus souterrainement d’autres de ses romans comme So long, Luise (2011) et Le Grand jeu (2016). On soulignera d’ailleurs l’éminente originalité du traitement qu’en propose Tovaangar. Si le roman envisage la disparition à venir du monde tel qu’on le connaît, les conséquences qu’il en imagine sont rien moins qu’angoissantes, au contraire parfaitement exaltantes. En tout cas si l’on adhère aux perspectives à la fois écologistes et antispécistes adoptées par Céline Minard… Une fois nos sociétés extractivistes englouties par une « matière noire » aux « bulles plus hautes que les buildings » et aux « geysers brûlants », a émergé un nouvel ordre que Tovaangar déploie magistralement. Laissant place à l’ensemble des manifestations du vivant (de l’animal au végétal en passant par les éléments, notamment l’aquatique), ce monde d’après selon Céline Minard n’en a pas pour autant éliminé l’espèce humaine. Elle y demeure bien présente, de même que certaines de ses créations technologiques. Mais désormais privé de son hégémonie, l’être humain et ses artefacts ne pèsent sur la Terre réinventée de Tovaangar pas plus qu’un écureuil roux, un cours d’eau ou bien encore une liane épiphyte, tous dotés de sensibilité mais encore de conscience. Et l’on ne répertorie là qu’une infime partie de la multitude de protagonistes convoqués par Céline Minard, relisant à une aune science-fictionnelle le médiéval motif du bestiaire. Ne donnant pas seulement à lire, mais plus encore à voir, et même à ressentir, ce que pourrait être cet Éden post-anthropocène, l’écriture puissamment évocatrice de Tovaangar achève d’en faire un enthousiasmant chef-d’œuvre de la SF !

Pour qui n’aurait pas encore eu le considérable bonheur de lire Céline Minard, rappelons en quelques mots que la Française offre à ses lecteurs et lectrices d’arpenter l’une des contrées parmi les plus extraordinaires du paysage littéraire contemporain. Celle-ci se signale (en des termes bien lacunaires, étant donnée son ampleur…) par une formidable fécondité tant esthétique que fictionnelle. Les douze livres publiés par Céline Minard, depuis 2004, sont en effet autant de saisissantes expériences formelles et narratives, toutes marquées par la volonté démiurgique d’engendrer une langue d’une inédite singularité, la plus en mesure de restituer un imaginaire lui-même d’une originalité radicale. D’une ambition rare dans la littérature actuelle, l’entreprise minardienne est d’autant plus remarquable qu’elle demeure constamment accessible. Notamment parce que l’autrice combine à son minutieux travail d’orfèvre-poète de la langue une inépuisable énergie de conteuse. Et qui trouve à s’exprimer dans des récits qui, bien qu’édités dans des collections de littérature dite blanche, empruntent très souvent aux « mauvais genres ».

Parmi ceux-ci, l’on compte la SF, que Céline Minard affectionne, l’ayant pratiquée avec le roman Le Dernier monde (2007, cf. Bifrost n° 46), et le recueil de nouvelles Plasmas (2021, cf. Bifrost n° 104), ce dernier ayant été légitimement récompensé en 2022 par le Grand Prix de l’Imaginaire, catégorie nouvelle francophone. À ce dernier, l’écrivaine ajoutera peut-être en 2026 le GPI du roman pour son dernier né Tovaangar, parfaite démonstration du très grand art minardien et magnifique livre de SF… Quant à l’imaginaire déployé dans les presque 700 pages de ce roman, foisonnant s’il en est, il travaille certes l’un des objets science-fictionnels les plus en cours du moment (d’aucuns écriraient même éculé…), celui de la spéculation postapocalyptique. Mais on rappellera d’abord qu’il s’agit là d’un thème en réalité consubstantiel à l’univers minardien, explicitement présent dans les sus-cités Le Dernier monde et Plasmas, habitant plus souterrainement d’autres de ses romans comme So long, Luise (2011) et Le Grand jeu (2016). On soulignera d’ailleurs l’éminente originalité du traitement qu’en propose Tovaangar. Si le roman envisage la disparition à venir du monde tel qu’on le connaît, les conséquences qu’il en imagine sont rien moins qu’angoissantes, au contraire parfaitement exaltantes. En tout cas si l’on adhère aux perspectives à la fois écologistes et antispécistes adoptées par Céline Minard… Une fois nos sociétés extractivistes englouties par une « matière noire » aux « bulles plus hautes que les buildings » et aux « geysers brûlants », a émergé un nouvel ordre que Tovaangar déploie magistralement. Laissant place à l’ensemble des manifestations du vivant (de l’animal au végétal en passant par les éléments, notamment l’aquatique), ce monde d’après selon Céline Minard n’en a pas pour autant éliminé l’espèce humaine. Elle y demeure bien présente, de même que certaines de ses créations technologiques. Mais désormais privé de son hégémonie, l’être humain et ses artefacts ne pèsent sur la Terre réinventée de Tovaangar pas plus qu’un écureuil roux, un cours d’eau ou bien encore une liane épiphyte, tous dotés de sensibilité mais encore de conscience. Et l’on ne répertorie là qu’une infime partie de la multitude de protagonistes convoqués par Céline Minard, relisant à une aune science-fictionnelle le médiéval motif du bestiaire. Ne donnant pas seulement à lire, mais plus encore à voir, et même à ressentir, ce que pourrait être cet Éden post-anthropocène, l’écriture puissamment évocatrice de Tovaangar achève d’en faire un enthousiasmant chef-d’œuvre de la SF !

Pour qui n’aurait pas encore eu le considérable bonheur de lire Céline Minard, rappelons en quelques mots que la Française offre à ses lecteurs et lectrices d’arpenter l’une des contrées parmi les plus extraordinaires du paysage littéraire contemporain. Celle-ci se signale (en des termes bien lacunaires, étant donnée son ampleur…) par une formidable fécondité tant esthétique que fictionnelle. Les douze livres publiés par Céline Minard, depuis 2004, sont en effet autant de saisissantes expériences formelles et narratives, toutes marquées par la volonté démiurgique d’engendrer une langue d’une inédite singularité, la plus en mesure de restituer un imaginaire lui-même d’une originalité radicale. D’une ambition rare dans la littérature actuelle, l’entreprise minardienne est d’autant plus remarquable qu’elle demeure constamment accessible. Notamment parce que l’autrice combine à son minutieux travail d’orfèvre-poète de la langue une inépuisable énergie de conteuse. Et qui trouve à s’exprimer dans des récits qui, bien qu’édités dans des collections de littérature dite blanche, empruntent très souvent aux « mauvais genres ».

Parmi ceux-ci, l’on compte la SF, que Céline Minard affectionne, l’ayant pratiquée avec le roman Le Dernier monde (2007, cf. Bifrost n° 46), et le recueil de nouvelles Plasmas (2021, cf. Bifrost n° 104), ce dernier ayant été légitimement récompensé en 2022 par le Grand Prix de l’Imaginaire, catégorie nouvelle francophone. À ce dernier, l’écrivaine ajoutera peut-être en 2026 le GPI du roman pour son dernier né Tovaangar, parfaite démonstration du très grand art minardien et magnifique livre de SF… Quant à l’imaginaire déployé dans les presque 700 pages de ce roman, foisonnant s’il en est, il travaille certes l’un des objets science-fictionnels les plus en cours du moment (d’aucuns écriraient même éculé…), celui de la spéculation postapocalyptique. Mais on rappellera d’abord qu’il s’agit là d’un thème en réalité consubstantiel à l’univers minardien, explicitement présent dans les sus-cités Le Dernier monde et Plasmas, habitant plus souterrainement d’autres de ses romans comme So long, Luise (2011) et Le Grand jeu (2016). On soulignera d’ailleurs l’éminente originalité du traitement qu’en propose Tovaangar. Si le roman envisage la disparition à venir du monde tel qu’on le connaît, les conséquences qu’il en imagine sont rien moins qu’angoissantes, au contraire parfaitement exaltantes. En tout cas si l’on adhère aux perspectives à la fois écologistes et antispécistes adoptées par Céline Minard… Une fois nos sociétés extractivistes englouties par une « matière noire » aux « bulles plus hautes que les buildings » et aux « geysers brûlants », a émergé un nouvel ordre que Tovaangar déploie magistralement. Laissant place à l’ensemble des manifestations du vivant (de l’animal au végétal en passant par les éléments, notamment l’aquatique), ce monde d’après selon Céline Minard n’en a pas pour autant éliminé l’espèce humaine. Elle y demeure bien présente, de même que certaines de ses créations technologiques. Mais désormais privé de son hégémonie, l’être humain et ses artefacts ne pèsent sur la Terre réinventée de Tovaangar pas plus qu’un écureuil roux, un cours d’eau ou bien encore une liane épiphyte, tous dotés de sensibilité mais encore de conscience. Et l’on ne répertorie là qu’une infime partie de la multitude de protagonistes convoqués par Céline Minard, relisant à une aune science-fictionnelle le médiéval motif du bestiaire. Ne donnant pas seulement à lire, mais plus encore à voir, et même à ressentir, ce que pourrait être cet Éden post-anthropocène, l’écriture puissamment évocatrice de Tovaangar achève d’en faire un enthousiasmant chef-d’œuvre de la SF !

Pierre Charrel

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