Christopher BOUIX
AU DIABLE VAUVERT
400pp - 22,00 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Après les très réussis Alfie (2022) et Le Mensonge suffit (2025), et le moins inspiré Tout est sous contrôle (2024), Christopher Bouix revient chez nos amis du Diable Vauvert dans un registre où on ne l’attendait pas : l’horreur. Son nouveau roman, Tuez-les tous, à l’inspiration cinématographique évidente, mêle le scénario de World War Z (2013) et l’esprit satirique de Gremlins (1984) pour nous offrir un conte de Noël déjanté aussi gore que comique.
Quelques jours avant les fêtes de fin d’année, la petite ville de Brignac-sur-Mer est frappée par une tempête de neige exceptionnelle qui l’isole du reste du pays. Ce n’est pourtant que le prélude à une catastrophe appelée à faire les gros titres de la presse nationale. Inexplicablement, les enfants de tout âge de la commune se mettent à tuer les adultes : leurs parents d’abord, puis leurs professeurs — et bientôt n’importe qui. Face à cette vague de violence soudaine, la population sombre dans la panique et l’incompréhension.
Le récit convoque une galerie de personnages qui incarnent différentes formes d’autorité : une femme médecin, un météorologue du CNRS, une capitaine de gendarmerie, un manager en séminaire, une conseillère d’éducation fantasque, un retraité à la gâchette facile… Tous vont tenter à la fois de survivre et de comprendre ce qui se joue. Le dénouement est prévisible, jusque dans son ultime renversement.
La narration, fragmentée, multiplie les points de vue et utilise une variété de formats allant du témoignage à la première personne à la chronique journalistique. Le roman alterne les scènes de massacres débridés, d’une inventivité macabre, auxquels se livrent les enfants, à celles où s’expose la médiocrité des adultes face à la crise qui les emporte. Dans le microcosme de cette bourgade coupée du monde et en proie à la folie, l’inversion des rapports de domination révèle l’inaptitude d’une société organisée et dogmatique à gérer le chaos. Horreur, satire sociale, humour noir et critique des comportements humains, les registres se mêlent dans un tourbillon excentrique de haute intensité.
Si tant est qu’on aime le genre et qu’on n’est pas trop sensible à l’évocation du sang, la lecture de Tuez-les tous est plaisante et le rythme soutenu. Cependant, on pourra reprocher au roman une certaine surenchère. Christopher Bouix ne ménage ni la violence ni les effets comiques, au point, parfois, d’en faire trop, de parasiter le message et d’embrouiller le ressenti.
FeydRautha