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Les critiques de Bifrost

Une révolution en sept recettes

Ryan ROSE
DE SAXUS
25,90 €

Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122

Paprick est un boucher dans les abattoirs de phénon de Ranch. Entendez par là qu’il bosse sur un échafaudage, à découper des bouts de barbaque sur une vache monstrueuse grosse comme un HLM et qui ne crève pas pour autant. Cette extraction quasi-minière a pour but de fournir de la viande magique aux « singuls » — comprenez les bourges —, classe qui domine les « populs » — là, on se passera d’explication — qui, en la préparant de manière adéquate, en tirent des propriétés hors norme : contrôle mental, force colossale, etc. Ainsi trouvent-ils la force et la manière d’asseoir leur domination.

Le roman se construit sur une double temporalité : Paprick, leader de la révolution, est engeôlé et se livre à un chroniqueur. Enfin, il cause, et tous les chapitres on lui dit « Tu pipotes ! », ce à quoi il répond « Wallah, c’est vrai, frère, cela fut tel que je le dis ». À peu près. On assiste donc aux évènements qui ont conduit notre héros, simple boucher et fils de deux mères aimantes, à tenter de renverser l’ordre social à coup de brochettes en 500 pages joliment jaspées.

Sur le principe, faire de la fantasy culinaire et tirer de plats des pouvoirs magiques, c’est intéressant. Cela apporte une certaine matérialité toute politique au menu, chose qui pèche parfois dans le domaine. Sauf peut-être chez Patrick K. Dewdney, où pêcher une truite s’avère parfois plus ardu que buter un type. Revenons à nos moutons bovins géants. Une révolution en sept recettes aborde donc la question de la cruauté animale de manière assez frontale ainsi que la fracture sociale alimentaire. On le sait, les pauvres mangent transformé et bien crado, tandis que les riches bouffent bio et bien varié. Sauf que (il faut bien un « sauf que »), Ryan Rose y va avec ses gros sabots et sans trop se casser la caboche. On a beau se situer dans un univers inventé, voilà qu’on y cuisine des tacos, des steaks frites ou du chili. C’est moyennement immersif. Alors quand le traducteur décide de traduire littéralement les ingrédients, c’est festival : non, sour creamce n’est pas de la crème aigre, non, monsieur, non ; cream cheesene se traduit pas par fromage à la crème, bon sang. Bref. Côté interactions sociales, les personnages s’offrent en se saluant une friandise ou une noix : c’est mignon et ça constitue un langage intradiégétique intéressant, quoique peu creusé. Le hic, c’est qu’une fois la première politesse échangée, ils se demandent quels sont leurs pronoms pépère comme s’ils étaient en L2 d’art plastique à Paris VIII. La suspension d’incrédulité en PLS.

En somme, ce premier tome (une suite est annoncée en VO pour l’été 2026) recèle de bonnes idées, sur le papier du moins. Las, tout est un peu de guingois et, malgré ses 500 pages, l’histoire va un poil — sur la soupe — trop vite en plus de se perdre dans des écueils trop twisteux pour son propre bien. À éviter si vous cuisinez !

 

Pierre Constantin

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