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Les critiques de Bifrost

Une très bonne hérétique

Becky CHAMBERS
L'ATALANTE
112pp

Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121

Seul et unique recueil (pour l’heure) de Becky Chambers, Une très bonne hérétique rassemble cinq nouvelles initialement parues en anglais entre 2014 et 2022 — soit l’intégralité de la (maigre) production de l’autrice sur la forme courte. À noter que la dernière s’insère dans le cycle des « Voyageurs » (cf. critiques dans nos numéros 85, 88, 97 et 112). Chacun de ces récits se déroule dans l’espace, souvent lointain, ou est en rapport direct avec celui-ci, et se construit autour des pensées et réflexions de son personnage principal confronté à une expérience de vie hors norme.

Dans « Dernier contact », qui ouvre le recueil, une scientifique étudiant le comportement des gribbets, étranges créatures simiesques peuplant une planète lointaine, choisit de tenter un dernier contact direct avec cette espèce intelligente avant de rentrer au bercail. Une très belle histoire, d’une grande poésie (comme, du reste, l’ensemble du recueil) et dont le dénouement, en apparence assez simple, prend une ampleur vertigineuse lorsque le lecteur se rend compte que, d’une certaine manière, le gribbet, c’est lui…

Ce vertige caractérise d’ailleurs la quasi-totalité des textes de ce petit livre. C’est le cas avec cette « bouseuse de rien du tout » incarnant malgré elle le mythe du sauveur dans l’univers lovecraftien de « La Troufionne, l’Épée nova et les textes tri-chantés », ou de cette jeune-fille choisissant de transformer son corps par mutations génétiques pour pouvoir affronter et explorer l’éther infini dans « Chrysalide ». Si « Le Vaisseau cercueil » est un peu plus convenu, confrontant son héroïne à la possibilité de choisir entre pouvoir absolu ou potentialité toute relative de rétablir la paix dans l’univers, « Une bonne hérétique », qui clôt l’ouvrage, rajoute une couche de sense of wonder. La narratrice, une jeune femme d’une espèce non-humaine, appartient à un peuple qui choisit de se laisser infecter par un virus lui permettant d’accroître ses capacités cognitives et d’atteindre à la sérénité absolue, ceci au prix d’une inéluctable destruction du corps physique. Mais qu’est-ce que la sérénité et qu’est-ce que l’accomplissement personnel ? Sommes-nous maîtres de nos désirs et de notre conception, de ce qui est bien et de ce qui est hérétique ?

L’aspect frappant dans toutes ces histoires, c’est que les narratrices sont avant tout spectatrices de ce qui se déroule à la fois autour d’elles et en elles, et qu’elles se trouvent toujours, en définitive, confrontées à la notion de choix. Les univers, qu’il s’agisse de l’espace intersidéral, des planètes lointaines, ou bien des univers « mentaux » des personnages, sont en outre à la fois splendides et fascinants, et les réflexions que Becky Chambers parvient à susciter chez le lecteur aboutissent invariablement à la même conséquence : l’émerveillement. Un livre à découvrir absolument !

 

Julien Amic

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