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Les critiques de Bifrost

Voile vers Byzance

Robert SILVERBERG
LE BÉLIAL'
128pp - 11,90 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Si tout n’a pas été dit et écrit sur Robert Silverberg, peu s’en faut. Il est l’un des auteurs les plus connus de la SF, complétant un carré d’as avec Philip K. Dick, Isaac Asimov et Ray Bradbury ; devançant les Robert A. Heinlein, James G. Ballard, Jack Vance, Van Vogt, Simak, Frank Herbert ou Roger Zelazny…

Si Silverberg n’est pas un auteur proprement génial, il n’en est pas moins un auteur talentueux (très) qui a vite acquis beaucoup de métier en produisant à l’avenant. Dont quantité de romans remarquables, et bien plus de nouvelles encore. La novella Voile vers Byzance, lauréate du prix Nebula 1985, est bien sûr du nombre. Mais qu’en dire ?

C’est un texte plutôt tardif qui, comme bien d’autres de l’auteur, ne présente aucun défaut sur lequel gratter. C’est une de ces sociétés hédonistes d’un futur lointain peuplée de presque dieux, à l’instar des Danseurs de la fin des temps, de Michael Moorcock, auquel le compare l’éditeur, sans l’aspect edwardien. On y croise aussi des visiteurs semblant venus du passé plutôt contre leur gré que par hasard. Ce récit fait aussi penser à des livres comme Toi l’immortel, de Roger Zelazny, dont les univers sont proches, ou évoque Le Coup du cavalier, de Walter Jon Williams, et, plus près de nous, mais un peu plus éloigné dans sa thématique, La Millième Nuit, d’Alastair Reynolds, moins spéculatifs cependant.

Dans ce monde n’existent que cinq cités copiées du passé par ces citoyens semi-divins, qui vont de l’une à l’autre avant de les remplacer dès qu’ils s’en sont lassés. Elles sont essentiellement peuplées de « temporaires », des androïdes sophistiqués y servant de figurants, esclaves, soldats, marchands ou empereurs… Outre les visiteurs dont on découvrira la nature, avec Philips, le personnage principal, on rencontre Gioia, une habitante de ce monde étrange dont il s’éprend, femme magnifique qui semble toutefois cacher un lourd secret…

Silverberg questionne sur le passé et la mémoire. Sur la perception que l’on peut en avoir et comment il reste présent dans nos vies. Comment sommes-nous encore ce que nous avons été tout en ne l’étant plus ? Dès 1985, l’auteur évoquait une conscience artificielle, la possibilité de sa perception récursive d’elle-même. Il invite le lecteur à s’interroger sur les rapports existants entre mémoire, perception et identité. Sur le fait d’être. En véritable écrivain spéculatif, il n’offre que le questionnement sans prétendre donner de réponses clés en main, à l’inverse de tant d’auteurs actuels.

Un style tout en souplesse et en fluidité qui, pas à pas, presque sans aucun effort, guide notre curiosité. Robert Silverberg invite à gravir la pente pour découvrir un horizon plus lointain, tout en nous laissant libre de notre découverte. Un très beau texte.

Pierre Charrel

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