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Les critiques de Bifrost

Voyage léger

Naomi MITCHISON, Amal EL-MOHTAR, Samantha SHANNON, (non MENTIONNÉ)
CALLIDOR
272pp - 20,00 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

La jeunesse de Halla est proprement extraordinaire : fille de l’ancienne Reine, elle est jugée indésirable par la nouvelle, qui veut la supprimer. Elle s’enfuit grâce à sa nourrice, laquelle peut se transformer en ourse. Ainsi est-elle élevée par des plantigrades, avant que ceux-ci ne la confient à un dragon lorsque vient l’hibernation. De cette double éducation, Halla en retire la capacité de communiquer avec n’importe qui, humain ou animal. Mais un jour, son tuteur dragon tué par les humains, elle s’enfuit une nouvelle fois, et rencontre alors le Voyageur, autrement dit le Père-de-Toute-Chose, autrement dit Odin, qui lui conseille de voyager léger. C’est le début d’une longue aventure…

De Naomi Mitchison, on ne connaissait qu’un seul roman traduit en français, ses Mémoires d’une femme de l’espace, dans la collection « Présence du Futur », en 1963. Pourtant, la carrière de cette autrice, née en 1897 et décédée plus d’un siècle plus tard, en 1999, est pléthorique, dans des genres très variés, avec le féminisme comme point cardinal de toute son œuvre. Mais elle est aujourd’hui bien oubliée, aussi saura-t-on gré aux éditions Callidor de la remettre au goût du jour avec une fantasy lumineuse, destinée aussi bien aux adultes qu’aux plus jeunes, et publiée en 1952, deux ans avant Le Seigneur des Anneaux. Lumineuse comme le personnage principal de Halla, jeune fille dont l’insouciance et la joie de vivre sont confrontées aux épreuves : si les premiers temps, chez les ours puis les dragons, on la voit plutôt choyée par ses éducateurs, elle ne peut éluder le fait que ces derniers sont les ennemis des hommes, et que quand ceux-ci se rebellent, alors coule le sang… La fantasy traditionnelle prend un virage alors que notre héroïne se rend à Kiev, puis Constantinople, et découvre un monde plus moderne où les luttes de pouvoir, qu’il soit politique ou religieux, sont intenses, et où la place des femmes est au couvent plutôt que sur le devant de la scène. Bien qu’inattendu, ce changement de décor et de thématiques se fait tout naturellement, sans rupture, car tout cela est vu par le prisme de Halla, dont la sagesse et l’optimisme permanent lui évitent de comprendre certains des sous-entendus, parfois scabreux, des discussions auxquelles elle assiste et des situations qu’elle vit. Enlevée, rythmée, d’une portée universelle, vantée par Amal El-Mohtar en préface et Samantha Shannon en postface, c’est une bien belle fantasy que nous propose Callidor, dans un écrin comme toujours soigné, avec pour la première fois dans la collection « L’Âge d’or de la fantasy » une couverture cartonnée et, c’est à la mode, un jaspage, le tout sublimé par des illustrations subtiles de Caroline Leibel.

Bruno Para

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