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Alien bise

La planète luisait tel un saphir enchâssé dans la nuit. Massés devant le grand écran de la salle de contrôle, nous la regardions approcher.

« On dirait la petite sœur de Terra ! » s’est exclamé John Chamberlain d’une voix un peu rauque.

Nous avons tous hoché la tête. Notre pilote en second est une masse de muscles encline au romantisme ; pour une fois, son appréciation ne nous semblait en rien exagérée. La nostalgie nous serrait la gorge. Les années-lumière qui nous séparaient de notre système d’origine s’étaient abolies. Nous avions l’impression de rentrer chez nous.

Plus près, le globe azuréen s’est marqueté de bruns, de verts, de panaches immaculés. L’espace d’un instant, il a pris l’apparence d’une sphère-cocktail de Globe-trotter. À ce moment, j’aurais pu tendre la main pour le saisir et le gober.

Alors, sentir sa délicieuse explosion rafraîchir et picoter mes papilles, l’ivresse de la stimulation sensorielle s’emparer de moi, le flux et reflux des images, l’assaut des sensations surprises…

La planète a grossi dans l’écran de contrôle. Elle m’échappait. Quelque chose s’est crispé dans mon ventre comme je découvrais le dessin étranger de ses côtes.

Fermer les yeux, tenter de retenir l’image fallacieuse du monde originel. Trop tard. L’illusion s’est enfuie.

Dieynaba Diop a tourné vers nous son visage d’ébène aux traits de médaille précieuse. Pour être un as de la programmation, notre belle Africaine n’en est pas moins férue de culture antique. Elle a battu des cils avec ce naturel qui tour à tour m’agace et me ravit, puis elle a dit dans un souffle :

« Gaïa… Appelons-la Gaïa. »

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La Fiancée du roi

« Vous allez mourir, professeur Vargas. »

Voix neutre. Pas un regard au-dessus des lunettes étroites dont on disait au labo qu’elles étaient un truc pour se vieillir, pour se donner une apparence de sérieux. Rhadamante Eléazar affectait de lire les papiers sortis de son imprimante. Belle et froide « comme un rêve de pierre ». Mes collègues, qu’exaspéraient ses airs distants, la surnommaient Rad ou Nada. Moi, je jouais en secret avec la deuxième partie de son prénom impossible : trouverais-je en elle l’amante ou la mante ? Même à cet instant, Rhadamante me fascinait.

Je secouai la tête. J’allais mourir ? Elle allait me déchiqueter de ses pattes griffues ? Je plongeai dans ses yeux d’ombre. J’éprouvais une sensation de vertige. Je m’entendis répondre :

« Nous mourrons tous un jour, docteur Eléazar. Le plus tard possible. Et vous le savez bien, je suis en pleine forme. »

Je la dévisageais trop ardemment pour manquer l’éclair de compassion qui traversa ses yeux. Mon corps se glaça. Le sang battait à mes oreilles.

« Vous allez mourir, professeur Vargas. Pas dans cent ans. Dans six mois, neuf au plus. Tumeur cérébrale massive. Inopérable. C’est la cause de vos céphalées et de vos vertiges. »

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Hurlegriffe

Hurlegriffe ! Ils m’appellent Hurlegriffe ! Les hommes. Ces créatures à l’odeur blanche, au bruit blanc et dur.

Annsyphar, ma planète, ma douce, ma clémente Annsyphar, ils ont violé ton sol, profané tes fluides ; et moi, moi qui me ranimais à ta source, leur coquille de métal hurlant a failli m’écraser. Mes petits s’étaient déjà enfoncés dans la vase ; ils termineraient leur croissance à l’abri. Moi, j’étais sans défenses, sans prises sur l’espace ni le temps. Un corps dépeuplé de lui-même, dépouillé de son énergie.

Je n’étais pas inquiet. Même les Tors, nos prédateurs les plus cruels, observent une trêve au moment de notre parturition. Ils attendent un cycle. Lorsque les trois Dar-di-Ann ont fini de se pourchasser dans notre ciel de nuit et que la lueur de Syphar les éclipse, les Tors attaquent. Avant, nous sommes des proies trop faciles.

Je ne maîtrisais plus l’espace ni le temps. Je n’ai pas pu leur échapper. Des créatures aussi chétives ! Me capturer ainsi. Et pourquoi, puisqu’elles ne voulaient pas me manger ?

 

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La Faim du monde

Cette nouvelle vous a été proposée gratuitement au téléchargement du 1er au 30 septembre 2010 !

 

Il fallait d’abord frapper le chien. Pour attendrir la viande ou au contraire saturer les tissus d’adrénaline, afin d’augmenter sa saveur. Sur ce point, les écoles divergeaient, mais toutes admettaient l’importance du rituel. Le premier assistant de Paul Veyne tira de sa cage l’animal à poil gris, couleur de hyène. Le meilleur choix. Contrairement à la vision simpliste des Occidentaux, n’importe quel chien ne pouvait convenir pour la préparation du Thit cho. A défaut d’un gris, on pouvait se rabattre sur un jaune tacheté de marron. Jamais un noir, réservé au traitement des maladies mentales, ce qui aujourd’hui aurait fait montre d’une impardonnable faute de goût. L’aide rôtisseur plaça le chiot sur son plan de travail et le frappa en répartissant uniformément les coups pour éviter les hématomes. La bête tenta de se dégager mais ses membres étaient entravés par un câble d’acier. Comme elle aboyait, Paul Veyne fit signe à un cuistot d’augmenter le volume de la chaîne. L’Art de la fugue interprété par Glenn Gould couvrit les hurlements. Le célèbre cuisinier Paul Veyne aimait travailler en musique.

« Diffusion dans quinze secondes. »

 

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Quirites

Le Superbe s’avachit sur son trône pendant que les licteurs, faisceaux à la ceinture et haches en main, canalisaient les entrants. Le spectacle de leur brutalité l’excitait. Il vida sa coupe avec un claquement de langue, ramena à lui les lourds pans de sa pourpre puis posa un regard sur les premiers plaignants. Deux Rom’, misérables et puants. Il grogna. Comment ces chiens osaient-ils quitter leur cloaque et venir réclamer justice ? L’Ancien les avait relégués aux tâches dépourvues de dignité. Parqués dans le Palatin, avec les déchets qu’ils étaient chargés de recycler. Tels des rats, ils y proliféraient. S’il n’avait tenu qu’à lui, ils auraient depuis longtemps fini dans le Foyer. Leur existence nuisait au lustre de la tyrannie. Mais l’Ancien lui avait appris la patience. D’ici deux ou trois générations, plus personne dans le Latium ne se souviendrait qu’ils étaient les rejetons du Premier Guide.

1,99 €

Pour mon dernier anniversaire

Je me souviens de mon cinquième anniversaire, quand le monde a enfin appris ce qui était arrivé aux astronautes. Mon père n’en a pas cru un mot. Je lui ai dit qu’un jour on saurait la vérité, et qu’il pourrait la publier en pleine page. « Tu feras un excellent journaliste », s’est esclaffé Gunther Wolheim tandis que sa femme découpait le gâteau.

0,99 €

La Maison qui glissait

« Mon Dieu… c’est la fin du monde. »

 

Un immense fracas le réveille. Le tonnerre ? Peut-être… Le jour pointe, la chaleur est déjà étouffante dans l’appartement minuscule occupé par Pierre au 13e étage de sa tour de banlieue. Ensommeillé, il entrouvre le rideau de la fenêtre depuis son lit… et demeure pétrifié par le panorama qui se révèle à lui. Un brouillard poisseux bouche l’horizon, c’est à peine s’il distingue la silhouette de la tour des Tilleuls à quelques dizaines de mètres de là. Le brouillard, avec une telle canicule ?... Ainsi débute le cauchemar pour tous les résidents de cette barre HLM coupée du monde par un mur cotonneux qui semble abriter de terrifiantes créatures, une réclusion forcée qui va contraindre les habitants à s’organiser pour faire face à l’indicible et révéler la vraie nature de chacun. Car après tout, le pire n’est peut-être pas dans la brume…

 

Et d’ailleurs, d’où vient-elle, cette brume ?

 

Jean-Pierre Andrevon, né à Bourgoin-Jallieu en 1937, est l’une des plus incontournables figures de la science-fiction française contemporaine. Après une intense collaboration à la mythique revue Fiction (auteur, critique, essayiste), il publie son premier roman, Les Hommes-Machines contre Gandahar, en 1969 (adapté par René Laloux en long-métrage d’animation sur des dessins de Philippe Caza). C’est le début d’un parcours littéraire aussi dense (plus de quatre-vingts romans) qu’engagé, une œuvre traduite dans une dizaine de langues, plusieurs fois adaptée à la télévision et saluée par le Grand Prix de l’Imaginaire à deux reprises. Quatre ans après la parution du Monde enfin, La Maison qui glissait, roman SF aux échos picaresques et aux implications sociales tranchantes, signe le grand retour de Jean-Pierre Andrevon sur le devant de la scène éditoriale.

9,99 €

Chimères

HD 82943c alias Artémis : une nouvelle colonie pour les humains à seulement 27 parsecs de la Terre. Un véritable éden, n’eût été une population autochtone de créatures féroces… Pour s’imposer, les humains ont créé les métas, des animaux issus de l’ingénierie génétique, chargés de les défendre contre cette faune hostile. Mais viendra le jour où les métas ne seront plus nécessaires…

2,99 €

Cinépanorama

Matricule R1230 R53. Tu embarques à Toulon, direction l’Indochine. Un nouveau déplacement, simplement plus loin. Tu les accumules depuis la séparation d’Edith et Fabien, quand tu avais quatre ans. Famille d’accueil, à Fresnes près de la prison où Laval attend d’être exécuté, cela ne s’invente pas. Ils te reçoivent à la table du déjeuner. Tu trouves ta place tout au bout, loin de leur affection. Tu ne souhaites pas la partager. Viré de l’école, souvent, parce que tu as le coup de poing facile. Institut catholique pour t’enseigner la discipline. Tu ne l’acceptes pas puisqu’elle est hypocrite, rance comme la foi des dortoirs. Une faute et c’est le carton vert. Billet de consigne, privé de sortie. Buté comme une souche, tu en accumules un plein carnet, sans en avoir quelque chose à foutre puisque personne ne t’attend dehors. Dieu te trouve ou tu l’appelles, vous vous accommoderez de cet arrangement. Une affaire d’hommes. Bon en Maths, ce qui s’accorde avec ton amour de la précision. Médiocre en Histoire, tu attends d’écrire la tienne. Et tu chantes, dans la chorale. Voix d’ange, sans parler de ta bobine.

Une vraie gueule de cinéma.

0,99 €

Le Monde, tous droits réservés

« Après avoir asservi la nature, nous avons modelé le réel. Nous en avons fait un spectacle. Cette fois, nous dominons toute la création puisque, qu'il soit provoqué ou non, nous avons le contrôle de l'évènement. »

Dans un futur proche, autant dire demain, où tout s’achète, où tout se vend, rien d’anormal à ce que l’information passe désormais sous copyright. Pour s’assurer l’exclusivité d’une information, le journaliste doit porter la main au portefeuille.

À l’heure du conflit entre l’open source et les tenants du copyright, un texte d’une rare pertinence…

1,99 €

Ça vient de paraître

Un rêve dans un rêve

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