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Cette semaine dans la Bibliothèque Orbitale, Philippe Boulier a lu Desolation Road de Jérôme Noirez et Mr. Shivers de Robert Jackson Bennett !
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A la fin de la semaine, le site du Bélial' vous proposera un nouvel onglet vous permettant de retrouver en ligne les critiques parues dans Bifrost !
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À partir du vendredi 30 septembre, retrouvez sur le nouvel onglet Critiques du site du Bélial' l'ensemble des chroniques de livres parues dans Bifrost !
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(Note : critique commune aux Gladiateurs de Thulé, à La Fille de Terre Deux et à L'Océanide)
Joëlle Wintrebert commence à publier des nouvelles de SF à la fin des années soixante-dix. À un rythme soutenu et avec une qualité constante. Son premier roman, Les Olympiades truquées, paraît en 1980 (et sera prochainement réédité dans la collection Bifrost/Étoiles Vives). Depuis, Joëlle Wintrebert mène une carrière comme on les aime : loin de l'agitation et du microcosme parisien, loin des modes et des clans, en ciselant des livres qui composent peu à peu une œuvre importante, aussi ouverte que variée. Pour notre plus grand bonheur, ce petit bout de femme s'illustre avec le même talent dans la SF ou dans le roman historique, elle utilise aussi bien les vecteurs traditionnels (roman, nouvelle, scénario) que des approches plus rares : son dernier livre paru, La colonie perdue, (Le Seuil, 1998) est un récit épistolaire confondant de maîtrise. Détail qui tue : la bibliographie de Joëlle Wintrebert (13 romans et un recueil — mais elle a signé des dizaines de nouvelles non rééditées) se partage en parts égales entre l'écriture « généraliste » et les romans pour la jeunesse (7 dont 5 de science-fiction).
Ces derniers mois, la collection Castor Poche a inscrit à son catalogue trois romans SF de Joëlle Wintrebert — des presque inédits, car si synopsis et personnages ont été conservés, les trois livres ont été remaniés et souvent de manière très significative. Il s'agit bien là de réécritures — dans le sens noble du terme.
La première mouture de Nunatak — devenu Les Gladiateurs de Thulé — fut le galop d'essai de Wintrebert en littérature jeunesse. Un vaisseau est arraisonné par des pirates et son équipage capturé. Les adultes sont transformés en esclaves sans volonté tandis que les enfants sont partagés entre les ravisseurs. Contraints et forcés, les héros — deux jumeaux — se retrouvent dans la peau de gladiateurs. On s'en doute : ils mèneront la révolte et permettront aux autorités impériales de repérer la planète servant d'asile aux pirates. Probablement influencé par la SF américaines des années 50 — difficile de ne pas penser à certains romans d'Asimov signés Paul French — Nunatak témoigne également du fort intérêt qu'a eu l'auteur à une époque, pour les Inuits. Le beau livre de Jean Malaurie, Les derniers rois de Thulé, a d'ailleurs été largement utilisé pour décrire la vie et les coutumes de ce peuple fascinant. On peut cependant regretter que le petit lexique Inuit présent dans la première édition ait été supprimé dans la réédition.
La Fille de Terre deux a, me semble-t-il, moins de souffle romanesque. Probablement parce que la dimension exotique est réduite à une ou deux scènes pendant lesquelles fhérdine « visite » virtuellement le monde de son double venu d'un univers parallèle. Mais il permettra de familiariser le jeune lectorat avec le motif des terres alternatives. Notons qu'il s'agit d'un des rares romans de SF destinés (plus spécialement… mais ne commençons pas à construire des sous-sous-ghettos) aux filles !
L'Océanide me paraît le roman le plus achevé des trois — mais certainement le plus difficile à lire. Je reste confondu de le voir cataloguer par l'éditeur « 11/12 ans ». Alors que la structure du roman est relativement complexe — avec des indices semés ça et là quant à la nature du personnage féminin (en particulier une ritournelle dont le sens ne s'éclaire qu'après la lecture de l'avant-dernier chapitre). Alors que l'écriture est particulièrement soignée et que l'auteur donne libre court à toute son inventivité linguistique. L'Océanide est vraiment un bouquin formidable.
Point commun des trois livres : une réflexion sur la dualité des êtres : jumeaux, doubles évoluant de part et d'autre d'un miroir, clones.
Je souhaiterais conclure en faisant remarquer deux choses. La première est que les écrivains de SF « pour la jeunesse » les plus convaincants sont souvent des gens ayant travaillé — et continuant de le faire — dans le domaine adulte, et y ayant rencontré le succès. Je pense à Joëlle Wintrebert mais également à Christian Léourier ou à Jean-Pierre Andrevon. Ce qui me conforte dans l'idée — c'est une évidence dans les pays anglo-saxons — que tous les cloisonnements sont imbéciles, et qu'il n'existe que deux sortes d'écrivains : les bons et les mauvais. La seconde remarque est que la littérature pour la jeunesse — en particulier la SF pour la jeunesse — permet de faire passer à peu près tout. Seul le talent est nécessaire. Les auteurs pour les jeunes pratiquant l'auto-censure ont donc tort de le faire et Joëlle Wintrebert le prouve : allusions à la pédophilie dans Les Gladiateurs de Thulé — où des enfants captifs et rabaissés au rang de jouets sont livrés à un potentat libidineux ; réflexions sur la violence dans nos sociétés dans La Fille de Terre Deux — et le naturel avec lequel les gens feignent de ne pas s'en apercevoir ; réflexion sur la différence et l'évidence qu'au-delà des apparences, il n'existe qu'une seule race humaine, etc.
Ce qui m'incite à penser que l'unique spécificité de la littérature pour la jeunesse est le choix du point de vue — et non pas la thématique abordée ou le style employé. Ce qui est probablement une autre évidence. Dommage qu'elle soit si peu partagée en France.
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(Note : critique commune aux Gladiateurs de Thulé, à La Fille de Terre Deux et à L'Océanide)
Joëlle Wintrebert commence à publier des nouvelles de SF à la fin des années soixante-dix. À un rythme soutenu et avec une qualité constante. Son premier roman, Les Olympiades truquées, paraît en 1980 (et sera prochainement réédité dans la collection Bifrost/Étoiles Vives). Depuis, Joëlle Wintrebert mène une carrière comme on les aime : loin de l'agitation et du microcosme parisien, loin des modes et des clans, en ciselant des livres qui composent peu à peu une œuvre importante, aussi ouverte que variée. Pour notre plus grand bonheur, ce petit bout de femme s'illustre avec le même talent dans la SF ou dans le roman historique, elle utilise aussi bien les vecteurs traditionnels (roman, nouvelle, scénario) que des approches plus rares : son dernier livre paru, La colonie perdue, (Le Seuil, 1998) est un récit épistolaire confondant de maîtrise. Détail qui tue : la bibliographie de Joëlle Wintrebert (13 romans et un recueil — mais elle a signé des dizaines de nouvelles non rééditées) se partage en parts égales entre l'écriture « généraliste » et les romans pour la jeunesse (7 dont 5 de science-fiction).
Ces derniers mois, la collection Castor Poche a inscrit à son catalogue trois romans SF de Joëlle Wintrebert — des presque inédits, car si synopsis et personnages ont été conservés, les trois livres ont été remaniés et souvent de manière très significative. Il s'agit bien là de réécritures — dans le sens noble du terme.
La première mouture de Nunatak — devenu Les Gladiateurs de Thulé — fut le galop d'essai de Wintrebert en littérature jeunesse. Un vaisseau est arraisonné par des pirates et son équipage capturé. Les adultes sont transformés en esclaves sans volonté tandis que les enfants sont partagés entre les ravisseurs. Contraints et forcés, les héros — deux jumeaux — se retrouvent dans la peau de gladiateurs. On s'en doute : ils mèneront la révolte et permettront aux autorités impériales de repérer la planète servant d'asile aux pirates. Probablement influencé par la SF américaines des années 50 — difficile de ne pas penser à certains romans d'Asimov signés Paul French — Nunatak témoigne également du fort intérêt qu'a eu l'auteur à une époque, pour les Inuits. Le beau livre de Jean Malaurie, Les derniers rois de Thulé, a d'ailleurs été largement utilisé pour décrire la vie et les coutumes de ce peuple fascinant. On peut cependant regretter que le petit lexique Inuit présent dans la première édition ait été supprimé dans la réédition.
La Fille de Terre deux a, me semble-t-il, moins de souffle romanesque. Probablement parce que la dimension exotique est réduite à une ou deux scènes pendant lesquelles fhérdine « visite » virtuellement le monde de son double venu d'un univers parallèle. Mais il permettra de familiariser le jeune lectorat avec le motif des terres alternatives. Notons qu'il s'agit d'un des rares romans de SF destinés (plus spécialement… mais ne commençons pas à construire des sous-sous-ghettos) aux filles !
L'Océanide me paraît le roman le plus achevé des trois — mais certainement le plus difficile à lire. Je reste confondu de le voir cataloguer par l'éditeur « 11/12 ans ». Alors que la structure du roman est relativement complexe — avec des indices semés ça et là quant à la nature du personnage féminin (en particulier une ritournelle dont le sens ne s'éclaire qu'après la lecture de l'avant-dernier chapitre). Alors que l'écriture est particulièrement soignée et que l'auteur donne libre court à toute son inventivité linguistique. L'Océanide est vraiment un bouquin formidable.
Point commun des trois livres : une réflexion sur la dualité des êtres : jumeaux, doubles évoluant de part et d'autre d'un miroir, clones.
Je souhaiterais conclure en faisant remarquer deux choses. La première est que les écrivains de SF « pour la jeunesse » les plus convaincants sont souvent des gens ayant travaillé — et continuant de le faire — dans le domaine adulte, et y ayant rencontré le succès. Je pense à Joëlle Wintrebert mais également à Christian Léourier ou à Jean-Pierre Andrevon. Ce qui me conforte dans l'idée — c'est une évidence dans les pays anglo-saxons — que tous les cloisonnements sont imbéciles, et qu'il n'existe que deux sortes d'écrivains : les bons et les mauvais. La seconde remarque est que la littérature pour la jeunesse — en particulier la SF pour la jeunesse — permet de faire passer à peu près tout. Seul le talent est nécessaire. Les auteurs pour les jeunes pratiquant l'auto-censure ont donc tort de le faire et Joëlle Wintrebert le prouve : allusions à la pédophilie dans Les Gladiateurs de Thulé — où des enfants captifs et rabaissés au rang de jouets sont livrés à un potentat libidineux ; réflexions sur la violence dans nos sociétés dans La Fille de Terre Deux — et le naturel avec lequel les gens feignent de ne pas s'en apercevoir ; réflexion sur la différence et l'évidence qu'au-delà des apparences, il n'existe qu'une seule race humaine, etc.
Ce qui m'incite à penser que l'unique spécificité de la littérature pour la jeunesse est le choix du point de vue — et non pas la thématique abordée ou le style employé. Ce qui est probablement une autre évidence. Dommage qu'elle soit si peu partagée en France.
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(Note : critique commune aux Gladiateurs de Thulé, à La Fille de Terre deux et à L'Océanide)
Joëlle Wintrebert commence à publier des nouvelles de SF à la fin des années soixante-dix. À un rythme soutenu et avec une qualité constante. Son premier roman, Les Olympiades truquées, paraît en 1980 (et sera prochainement réédité dans la collection Bifrost/Étoiles Vives). Depuis, Joëlle Wintrebert mène une carrière comme on les aime : loin de l'agitation et du microcosme parisien, loin des modes et des clans, en ciselant des livres qui composent peu à peu une œuvre importante, aussi ouverte que variée. Pour notre plus grand bonheur, ce petit bout de femme s'illustre avec le même talent dans la SF ou dans le roman historique, elle utilise aussi bien les vecteurs traditionnels (roman, nouvelle, scénario) que des approches plus rares : son dernier livre paru, La colonie perdue, (Le Seuil, 1998) est un récit épistolaire confondant de maîtrise. Détail qui tue : la bibliographie de Joëlle Wintrebert (13 romans et un recueil — mais elle a signé des dizaines de nouvelles non rééditées) se partage en parts égales entre l'écriture « généraliste » et les romans pour la jeunesse (7 dont 5 de science-fiction).
Ces derniers mois, la collection Castor Poche a inscrit à son catalogue trois romans SF de Joëlle Wintrebert — des presque inédits, car si synopsis et personnages ont été conservés, les trois livres ont été remaniés et souvent de manière très significative. Il s'agit bien là de réécritures — dans le sens noble du terme.
La première mouture de Nunatak — devenu Gladiateurs de Thulé — fut le galop d'essai de Wintrebert en littérature jeunesse. Un vaisseau est arraisonné par des pirates et son équipage capturé. Les adultes sont transformés en esclaves sans volonté tandis que les enfants sont partagés entre les ravisseurs. Contraints et forcés, les héros — deux jumeaux — se retrouvent dans la peau de gladiateurs. On s'en doute : ils mèneront la révolte et permettront aux autorités impériales de repérer la planète servant d'asile aux pirates. Probablement influencé par la SF américaines des années 50 — difficile de ne pas penser à certains romans d'Asimov signés Paul French — Nunatak témoigne également du fort intérêt qu'a eu l'auteur à une époque, pour les Inuits. Le beau livre de Jean Malaurie, Les derniers rois de Thulé, a d'ailleurs été largement utilisé pour décrire la vie et les coutumes de ce peuple fascinant. On peut cependant regretter que le petit lexique Inuit présent dans la première édition ait été supprimé dans la réédition.
La fille de Terre Deux a, me semble-t-il, moins de souffle romanesque. Probablement parce que la dimension exotique est réduite à une ou deux scènes pendant lesquelles fhérdine « visite » virtuellement le monde de son double venu d'un univers parallèle. Mais il permettra de familiariser le jeune lectorat avec le motif des terres alternatives. Notons qu'il s'agit d'un des rares romans de SF destinés (plus spécialement… mais ne commençons pas à construire des sous-sous-ghettos) aux filles !
L'Océanide me paraît le roman le plus achevé des trois — mais certainement le plus difficile à lire. Je reste confondu de le voir cataloguer par l'éditeur « 11/12 ans ». Alors que la structure du roman est relativement complexe — avec des indices semés ça et là quant à la nature du personnage féminin (en particulier une ritournelle dont le sens ne s'éclaire qu'après la lecture de l'avant-dernier chapitre). Alors que l'écriture est particulièrement soignée et que l'auteur donne libre court à toute son inventivité linguistique. L'Océanide est vraiment un bouquin formidable.
Point commun des trois livres : une réflexion sur la dualité des êtres : jumeaux, doubles évoluant de part et d'autre d'un miroir, clones.
Je souhaiterais conclure en faisant remarquer deux choses. La première est que les écrivains de SF « pour la jeunesse » les plus convaincants sont souvent des gens ayant travaillé — et continuant de le faire — dans le domaine adulte, et y ayant rencontré le succès. Je pense à Joëlle Wintrebert mais également à Christian Léourier ou à Jean-Pierre Andrevon. Ce qui me conforte dans l'idée — c'est une évidence dans les pays anglo-saxons — que tous les cloisonnements sont imbéciles, et qu'il n'existe que deux sortes d'écrivains : les bons et les mauvais. La seconde remarque est que la littérature pour la jeunesse — en particulier la SF pour la jeunesse — permet de faire passer à peu près tout. Seul le talent est nécessaire. Les auteurs pour les jeunes pratiquant l'auto-censure ont donc tort de le faire et Joëlle Wintrebert le prouve : allusions à la pédophilie dans Les Gladiateurs de Thulé — où des enfants captifs et rabaissés au rang de jouets sont livrés à un potentat libidineux ; réflexions sur la violence dans nos sociétés dans La fille de Terre-Deux — et le naturel avec lequel les gens feignent de ne pas s'en apercevoir ; réflexion sur la différence et l'évidence qu'au-delà des apparences, il n'existe qu'une seule race humaine, etc.
Ce qui m'incite à penser que l'unique spécificité de la littérature pour la jeunesse est le choix du point de vue — et non pas la thématique abordée ou le style employé. Ce qui est probablement une autre évidence. Dommage qu'elle soit si peu partagée en France.
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1978 : Roland le pistolero fait ses premiers pas de héros dans « The Gunslinger », une courte nouvelle publiée par The Magazine of Fantasy and Science Fiction.
1998 : Roland et son katet animent sans peine les six cents pages et plus de Magie et cristal, le quatrième tome du Cycle de La Tour Sombre.
En vingt ans, le pourtant fort prolifique Stephen King n'a écrit que quatre chapitres de la quête de Roland de Gilead, le dernier pistolero de l'Entre-Deux-Mondes. Cette série de romans d'aventures écrite en parallèle à l'œuvre classique de Stephen King continue à vivre et à grandir grâce aux milliers de fans qui ne cessent de rappeler au romancier du Maine qu'il s'était engagé, voici donc bientôt vingt ans, à écrire un véritable cycle romanesque consacré au monde de Roland. Fidèle à ses promesses, Stephen King livre enfin le quatrième volet des aventures du Pistolero et s'engage, dans sa postface, a boucler le présent cycle de son vivant…
Pour l'heure, le romancier nous invite à retrouver Roland, Eddie, Susannah, Jake et Ota dans la bien mauvaise posture où il les avait placés à la fin des Terres perdues, entre les griffes de Blaine le Mono Une fois passée cette première épreuve, Roland, héros du récit de King, se transforme à son tour en conteur pour livrer à ses compagnons d'aventures quelques-uns de ses secrets. Il leur raconte comment, à peine âgé de quinze ans, il fit ses premières armes de pistolero en affrontant, aux côtés de ses amis Alain et Cuthbert, quelques-uns des séides de John Farson. Il leur confie également comment il rencontra Susan Delgado, le seul amour de sa vie de pistolero.
Comme c'est devenu une habitude chez le romancier du Maine, Stephen King tisse quelques liens plus ou moins ténus entre ses différentes œuvres. Ce jeu de références est parfois subtil et souvent amusant. Cette fois, il s'agit plutôt d'énormes cordages puisque King nous fait visiter la ville de Topeka dévastée par une supergrippe, une catastrophe en tous points semblable à celle du Fléau.
On prend un grand plaisir à retrouver l'univers du Pistolero, même sachant que si King continue sur le même rythme, il faudra attendre 2002 pour lire le cinquième volet des aventures de Roland. Un héros qui, pourtant, ne cesse de se rapprocher de son but : la Tour Sombre… En attendant, les lecteurs américains auront plus de chance que nous puisqu'ils pourront bientôt lire une longue nouvelle située dans le monde du Pistolero, « The little sisters of Eluria », qui doit paraître dans l'anthologie Legends : Stories By the Masters of Modern Fantasy dirigée par Robert Silverberg. À suivre…
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Ça faisait un bout de temps qu'on en parlait, de cette fameuse collection « Millénaires » en format semi-poche de nos amis de chez J'ai Lu. Faut dire que le concept est intéressant : « une présentation luxueuse, une sélection des meilleurs romans inédits à paraître dans les domaines du fantastique, genre millénaire, de la science-fiction, qui explore les millénaires à venir, et de la fantasy » (on remarquera en passant que la fantasy n'explore rien du tout et n'est pas un genre millénaire…). Et puis les auteurs annoncés ont de quoi susciter l'intérêt : Fowler, Gaiman et Lehman pour les premiers, Baxter et Jeter (avec la suite de Blade Runner !) pour les suivants… (Soit un francophone pour quatre anglo-saxons – bel effort, ajoutera-t-on un peu cyniquement.)
Le Fowler fut le premier à être imprimé mais pas à être diffusé, puisque chacun des trois auteurs sus-cités verra son bouquin sortir conjointement avec celui des copains). Il fut dont le premier à nous parvenir. Une nouvelle collection, ça se regarde attentivement. La couverture de Psychoville est spéciale mais très identifiable (d'après les visuels fournis par l'éditeur, celle du Gaiman est très belle, celle du Lehman pas terrible du tout). En tous cas, elle fait son effet… Quant à la maquette d'ensemble, c'est noir, extrêmement sobre, très polar, en fait. On se dit qu'il y a là une réelle unité ; on se laisse aller à conclure que côté visuel, ça tient la route.
Et puis on ouvre le livre…
Les March sont des victimes. Expropriés, ils sont contraints de quitter Londres et ses quartiers vivants et populaires. Ils se retrouvent alors logés dans une de ces banlieues cossues ou la petite bourgeoisie anglaise se plaît à couler des jours sans saveur mais paisibles. Ici commence la chronique des petites misères quotidiennes d'une famille prolétaire confrontée à la bassesse, la malveillance larvée, l'ostracisme d'une classe sociale aisée qui se refuse à voir son paysage gâché par la présence de voisins avec qui elle n'a rien en commun. On va pas non plus se laisser emmerder par le populo, ces gens qui roulent dans des voitures pourries, font du bruit, n'ont aucun goût, aucune culture, et sont d'une propreté douteuse. Non ? Ainsi, de désillusions en séries d'ennuis chroniques, la famille March se retrouvera bientôt marginalisée, conspuée, jusqu'à l'ultime déchéance, la fuite et la mort… Dix années passent. Un jeune couple propre sur lui, pimpant, brillant. vient s'installer dans cette même résidence qu'occupaient les March. Et les cadavres de ces petits bourgeois obtus de s'accumuler à grande vitesse, la terreur de s'installer dans cet univers de prospérité stérile…
La force de Psychoville réside dans ses personnages. Fowler est un auteur qui porte sur son prochain un œil aigu, précis, quasi clinique. Son roman en est une belle démonstration. Chacun des protagonistes (nombreux) est dépeint avec un réalisme consommé, une vraisemblance qui confère à l'ensemble de l'œuvre un aspect réellement saisissant. La misère humaine qui s'étale au fil des pages nous envahit peu à peu : on en viendrait presque à l'introspection, c'est dire. Côté narration, Fowler maîtrise là aussi impeccablement sa partition, sans brio certes, mais avec un professionnalisme évident. Jusqu'au dernier ressort de l'intrigue qui, s'il n'est pas époustouflant, remplit néanmoins son office.
On en conclura donc que Psychoville est un bon roman. Quant à la science-fiction, le fantastique ou la fantasy, à l'encontre de l'argumentaire fourni par l'éditeur, ne les cherchez pas ici. Car nous parlons bel et bien de polar… On s'interrogera donc sur la pertinence de cet ouvrage dans la collection « Millénaires » et, du même coup, de la présence de cette critique dans les pages de Bifrost…