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L'Apprentissage du guerrier

« Ouais, c'est ça, continue à sourire, espèce de mutant, lança Auson à Miles. Je parie que tu donnerais cher pour m'arracher les yeux, hein ?

Miles se figea, soucieux. Il avait pourtant cru être convaincant, dans son rôle de rampant.

– Non, Monsieur dit il, clignant des yeux. »

Qu'est-ce qui est petit, contrefait, bourré d'ego, et dont les aventures, éditées dans le désordre le plus complet, ont reçus trois prix Hugo entre 89 et 95 ?

Lois McMaster-Bujold est une de ces nouvelles venues des années 80. D'abord pharmacienne, puis mère de famille, elle s'est lancée dans la Science-Fiction, plutôt avec bonheur, dirait-on. Sevrée d'Heinlein et autres auteurs édités dans Analog et Fiction durant les années 50-60 — collection paternelle oblige — Bujold voulait une série pleine d'action, centrée sur un personnage.

Ainsi donc est né Miles Naismith Vorkosigan fils de Cordelia Naismith, une amazone bétanne, et d'Aral Vorkosigan, aristocrate Barrayen. Le problème de Miles un attentat dont fut victime sa mère en pleine grossesse a fait de lui une demi portion aux os fragiles, en tout point ridicule quand on considère les canons d'honorabilités Barrayens.

Mais ce que Miles a perdu en taille, il le compense en roublardise et en obstination. Ayant raté le concours d'officier Barrayen, il s'offre, histoire d'oublier l'humiliation et le deuil de son grand-père Vorkosigan, une virée sur la très libertine planète Bêtan, en compagnie de la charmante fille de son garde du corps. Arrivé là, n'écoutant que son bon cour (et sa folie des grandeurs),

Miles rachète avec un argent qu'il ne possède pas un vaisseau obsolète et son pilote, puis élabore un trafic d'arme en compagnie d'un déserteur Barrayen pour rentabiliser l'opération… tout ça pour se retrouver arraisonné par des mercenaires! Si vous croyez qu'un petit détail de ce genre arrêtera Miles Vorkosigan, vous vous trompez. En vertu de l'adage renversé « l'habit fait le moine », même une demi-portion peut arriver à tout. Avec un peu de casse, tout de même…

C'est bien ficelé, bourré d'humour et d'émotion, beaucoup moins « hard » que La danse du miroir. Et même si Miles joue quelque peu les punching balls entre les mains de Bujold, ce second tome de la série (qui peut-être lue dans n'importe quel ordre, ou presque) demeure très attrayant.

La Romance du démiurge

« Enfin, le trône apparaît. La Bête est vautrée dessus, cernée de succubes et de harpies ondulent avec une nonchalance provocante. À sa table, plusieurs dizaines de Minotaures aux cornes peintes et vêtus de lourdes armures de guerre : la garde de la Bête, son escorte, Valditch n'ose plus avancer On l'assoit sur un tabouret au bout de la table. La Bête se lève, éparpillant des grappes de diablotins nichés le long de son corps. »

Voici donc la suite d'Aux ombres d’Abyme, une suite qui, quoique plus succincte, ne démérite pas. En effet gageons sans risque que le cachet baroque du décor et des personnages réservera immanquablement au cœur quelques savoureuses surprises, au détour d'un portrait ou d'une chronique de pille cité des démons qu'est Abyme.

Côté intrigue, La romance du démiurge relèverait plutôt ce qu'Aux ombres avait commencé, en contant ce qu'il advient du chantage tenté par le farfadet Maspalio pour échapper aux courroux infernaux, ou encore comment fut arrêté son double maléfique et récupéré une des causes de ses multiples ennuis. Bref, Gaborit réutilise le matériel d'Aux ombres plutôt qu'il ne crée de nouveaux ressorts. Quant à savoir quelle sera la teneur des prochaines aventures de notre Columbo démoniaque, rien ne permet de le présager.

On notera enfin avec amusement quelques références anachroniques plus ou moins allusives, comme ce « voleur de couleur » (!), ou, pour rester dans la photographie, les preuves bien peu médiévales que permettent les propriétés fort particulière du voyeurisme d'un satyre. Sans parler du côté Piège de cristal du final…

Signalons pour finir que Mathieu Gaborit se lance, en avril et toujours chez Mnémos, dans le Steampunk avec une nouvelle série, Bohême, inspirée de Jules Verne, Alexandre Dumas et des Cités Obscures de François Schuiten et Benoît Peeters.

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