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Critiques de Bifrost

Aucun souvenir assez solide

Ce que l’on ne risque pas de reprocher à Alain Damasio, c’est bien son immense maîtrise de la langue française. On comprend parfaitement que le lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire 2005 pour La Horde du Contrevent choisisse d’écrire peu, mais magnifiquement. Le travail linguistique de chacune des dix nouvelles qui composent le recueil Aucun souvenir assez solide en donne un parfait exemple.

En revanche, si l’on voulait chipoter, on oserait dire que cette maîtrise de la langue et du néologisme — toujours très bien vu au demeurant — se révèle parfois envahissante dans l’écriture. Trop de mots tuent le mot, souvent, tout comme un style trop ampoulé fini par tuer ledit style, et avec le fond du texte.

Et pourtant j’aime les chats, Marseille et la Perspective Nevski, entre autres.

Sur le susdit fond, il y aura toujours deux écoles : « Je suis en faveur d’un monde qui devient virtuel, je vis avec Twitter, Facebook, MSN, mon Iphone, mon Ipad, et mon blog-où-je-raconte-ma-vie-et-où-j’ai-plein-d’amis » ; ou alors : « Je suis pour défendre les droits du bar PMU pour y prendre mon café le matin en refaisant le monde avec mes potes. » Le parti pris de Damasio est clair : Internet, et tout ce que cela recouvre, tue les vraies relations humaines. D’ailleurs, toute la technologie aussi. Et le modernisme. On soupçonne même votre cafetière de comploter en vue de détruire vos relations sociales. En gros, si Omo lave plus blanc que blanc, Damasio écrit plus noir que noir, et assume cette posture de façon presque caricaturale.

Ce choix semble regrettable, car les textes tombent rapidement dans un extrémisme qui ne fait nullement justice au talent de l’auteur. « C@ptch@ » par exemple, quatrième texte du recueil, donne l’impression que le narrateur s’écoute écrire, se noie dans les fines-ses linguistiques, mais en perd son but, et son lecteur. C’est beau comme un sonnet de Mallarmé, auquel les allusions sont récurrentes, mais on ne construit pas une nouvelle comme un poème, sauf à imaginer que l’on peut subir 250 pages de « Coup de Dés ». Le problème se pose à nouveau pour « Une stupéfiante salve d’escarbilles de houille écarlate », qui confine à l’illisible, si ce n’est pas tout simplement une private joke avec soi-même pour l’auteur. Les mangamaniacs ne pourront s’empêcher de sourire en lisant « J’appelle le Pégase » (merci Seiya, tu peux disposer…). En revanche, inutile de connaître la culture japonaise pour rester consterné devant « Sam va mieux », davantage pour le jeu de mot digne de l’Almanach Vermot plus que pour la nouvelle, s’entend.

Au fil des textes, on alterne entre admiration béate devant une écriture et des trouvailles linguistiques parfois stupéfiantes, toutes révélatrices d’un travail approfondi de construction — un petit amour pour Pérec, parfois ? —, et l’exaspération devant une mise en exergue outrée des changements socioculturels qui, si elle est compréhensible, ne justifie pas un tel radicalisme. On peut avoir une connexion ADSL et des amis en chair et en os. Parfois même, avec une connexion ADSL, vous avez des amis qui vous aident. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

En laissant de côté l’aspect militant, et pour ne s’attacher qu’à la forme, j’oserais dire que les textes gagneraient à être plus courts, à la vue de leur perfection linguistique. Je rêverais de lire « So phare away » dans une forme proche du haïku, d’un sonnet, ou d’un rondel, en hommage au torturé El Levir, auteur maudit de la septième nouvelle (un chiffre saint ou un hasard ?). Je ne doute d’ailleurs nullement qu’Alain Damasio en soit capable.

En résumé, un recueil à lire comme une merveille d’écriture, page après page, mais sans doute plus pour sa forme que pour les idées qu’il défend, bien trop simplistes, paradoxalement, pour un tel niveau rédactionnel.

Dernière note : si vous voulez une analyse parfaitement érudite des nouvelles, vous disposerez de vingt pages en fin de recueil, tout à fait bienséantes, riches de citations philosophiques et conférencesques, qui vous diront combien l’ouvrage est la quintessence de toute réflexion profonde et vitale. Mais personnellement, je n’ai aucun souvenir assez solide du recueil pour en faire une Bible. Aucun lecteur n’a à mon sens besoin qu’on lui explique que ce qu’il vient de lire est génial et hautement philosophique. C’est là que l’on se félicite que Mallarmé ait toujours pris ses œuvres avec beaucoup de désinvolture, non ?

Transition

Depuis ses débuts littéraires voilà un bon quart de siècle, Iain M. Banks a toujours alterné romans de science-fiction et romans de littérature générale, ces derniers étant immédiatement identifiables par la disparition de l’initiale du deuxième prénom de l’auteur dans sa signature. Transition apparaît comme une tentative de réunir ces deux registres, d’interroger le monde contemporain, ses travers et ses dérives, par le biais de la SF. Sans qu’il y ait forcément de rapport de cause à effet, c’est avant tout l’un de ses moins bons bouquins.

Banks renoue ici avec l’un des thèmes les plus rebattus de la science-fiction : celui des univers parallèles. Il met en scène une organisation millénaire, le Concern, dont les agents ont pour mission d’intervenir sur divers mondes pour y faire dévier le cours de l’histoire et éviter dans la mesure du possible la survenue de catastrophes planétaires. Une entreprise parfaitement rodée, jusqu’à ce que des tensions apparaissent à la tête du Concern, tensions incarnées par deux femmes que tout oppose : Mme d’Ortolan et Mme Mulverhill.

Plusieurs narrateurs se succèdent au fil du roman, la plupart désignés sous un nom de code : le transitionnaire, l’un de ces agents capables de passer d’un monde à l’autre à l’aide d’une drogue baptisée Septus ; le philosophe, chargé des basses œuvres du Concern ; un patient anonyme dans un hôpital indéterminé ; et Adrian Cubbish, jeune trader aux dents longues et au cynisme affiché. Iain Banks revient longuement sur le passé de chacun, détaille leur parcours. Ce qui l’amène, dans certains cas, à consacrer des dizaines de pages à histoire d’un personnage qui, au bout du compte, ne tient qu’un rôle tout à fait secondaire dans l’intrigue principale du roman.

Banks, en manipulateur roublard qu’il sait être à l’occasion, s’amuse également à laisser planer le doute sur l’identité réelle de tel ou tel personnage, qui ne sera révélée que dans les toutes dernières pages du roman. Le procédé fonctionnait à merveille dans L’Usage des Armes. Sauf que cette fois, les révélations en question s’avèrent n’être que de navrantes pirouettes, indignes de son talent.

Du point de vue SF, Transition ne brille pas par son originalité. Qu’il s’agisse des méthodes du Concern, de sa politique d’ingérence ou des luttes internes qui s’y déroulent, on ne s’éloigne jamais beaucoup des stéréotypes du genre. Quant aux quelques mondes visités, ils ne sont pour la plupart qu’à peine esquissés.

Pour le reste, Iain Banks évoque effectivement quelques sujets d’actualité, la crise des subprimes et le cynisme du monde de la finance, le terrorisme et le sécuritarisme qu’on lui oppose. Mais il ne fait jamais qu’effleurer ces sujets, sans parvenir à offrir un regard neuf sur ces questions. On termine la lecture de Transition peiné de n’y retrouver à peu près aucune des qualités qui font de Iain Banks l’un des meilleurs romanciers de ces vingt dernières années, et agacé d’avoir gâché sa journée à le lire.

Points chauds

Critique commune à Points chauds et Aliens, mode d'emploi.

Le nouveau roman de Laurent Genefort repose sur une idée tellement simple qu’il lui suffit de quelques paragraphes en début de livre pour nous l’exposer : à partir de 2019 commencent à apparaître un peu partout sur Terre des portails, très vite baptisés les Bouches, des trous de ver reliant de lointaines planètes à la nôtre, variante plus « terre à terre » des portes de Vangk qui parsèment l’œuvre de l’auteur, et d’où vont surgir par millions des extraterrestres de toutes sortes et de toutes formes. La plupart d’entre eux ne ressemblent en rien aux aliens belliqueux que l’on croise si fréquemment dans la sci-fi. Au contraire, ce sont le plus souvent des créatures paisibles et nonchalantes, et si leur fréquentation peut parfois s’avérer dangereuse, c’est surtout parce que certaines espèces ont une fâcheuse tendance à émettre des vapeurs toxiques pour l’homme en guise de bonjour, ou qu’on se sera frotté de trop près à un représentant de telle race dont le corps est couvert d’épines. Les accidents sont toujours possibles.

Même si le comportement de ces aliens ne présente pas une menace directe pour l’humanité, les autorités se retrouvent pourtant très vite totalement démunies face à un tel afflux et une telle diversité, et certains gouvernements vont prendre des mesures extrêmes à leur égard. Nombre de communautés extraterrestres vont également devenir la cible de diverses organisations, sectes et autres groupes mafieux, qu’ils considèrent ces immigrés comme une main d’œuvre corvéable à merci ou qu’ils espèrent tirer profit de la crainte que ces êtres suscitent au sein d’une bonne partie de la population. De ce point de vue, Laurent Genefort dresse un portrait peu flatteur des comportements humains.

Le romancier a intégré dans Points chauds la nouvelle « Remparts », parue il y a deux ans dans ces pages (n°58), et dans laquelle on découvrait cet univers du point de vue d’un militaire, Léo, membre de Rempart, la force internationale chargée d’intervenir chaque fois que la présence d’aliens parmi des populations humaines menace de dégénérer en conflit. Mais Laurent Genefort élargit son champ d’action en donnant la parole à des personnages très différents, dont les récits vont se croiser sans jamais se recouper. Il y a Prokopié, membre d’un peuple nomade de Sibérie, les Nénètses, qui décide d’accompagner une tribu alien dans sa traversée du Grand Nord ; Camila, médecin dans une ONG autorisée à venir en aide aux extra-terrestres victimes de milices en Afrique ; et Raji, un scientifique chargé d’interroger un couple de Corcovados dans un laboratoire de Berne. Tous vont, à des degrés divers, être les témoins de scènes dramatiques, d’exactions ou d’humiliations à l’encontre des aliens. Pourtant, malgré cette violence permanente dans laquelle baigne le roman, Laurent Genefort ne perd jamais tout à fait foi en l’Homme, et l’on trouve aussi dans Points chauds de beaux moments d’humanité, à l’image de cette petite annonce d’une jeune femme qui, lassée par la fréquentation de ses congénères, espère trouver l’âme sœur parmi les extraterrestres.

Les héros que met en scène Laurent Genefort ont en commun une même curiosité, une même volonté de remettre en question leurs certitudes, de se débarrasser de leurs préjugés pour se confronter à cette altérité qui caractérise les aliens, de s’interroger sur leur propre humanité à travers le regard de ces êtres à la fois si lointains et si proches, de se redéfinir à leur aune. Un début de transformation qui va trouver son point culminant dans un dernier chapitre bouleversant, lumineux, qui donne un éclairage profondément optimiste à l’ensemble de l’œuvre. Le genre d’émotion que ne procurent que les plus grandes œuvres de la science-fiction, et dont Points chauds fait incontestablement partie.

On retrouve la même philosophie à l’œuvre dans Aliens mode d’emploi, livre sans doute plus anecdotique mais pas moins agréable à lire. S’inspirant dans la forme du Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks ou du plus récent Survivre à une invasion robot de Daniel H. Wilson, il se distingue de ces œuvres par sa tonalité moins belliqueuse, plus espiègle aussi. On y trouve certes quelques conseils pour ne pas succomber en cas de rencontre avec un alien hostile, mais ils occupent moins de place que ceux visant à vivre en bonne entente avec eux, voire à entretenir des relations intimes avec un Usuralyn hermaphrodite ou quelque autre espèce dont les organes reproducteurs vont se nicher dans des endroits insoupçonnés. Dans un registre pince-sans-rire des plus réjouissants, Laurent Genefort s’amuse à multiplier les situations incongrues et les mœurs extraterrestres les plus étonnantes. Le résultat se lit d’une traite, le sourire aux lèvres.

Aliens, mode d'emploi

Critique commune à Points chauds et Aliens, mode d'emploi.

Le nouveau roman de Laurent Genefort repose sur une idée tellement simple qu’il lui suffit de quelques paragraphes en début de livre pour nous l’exposer : à partir de 2019 commencent à apparaître un peu partout sur Terre des portails, très vite baptisés les Bouches, des trous de ver reliant de lointaines planètes à la nôtre, variante plus « terre à terre » des portes de Vangk qui parsèment l’œuvre de l’auteur, et d’où vont surgir par millions des extraterrestres de toutes sortes et de toutes formes. La plupart d’entre eux ne ressemblent en rien aux aliens belliqueux que l’on croise si fréquemment dans la sci-fi. Au contraire, ce sont le plus souvent des créatures paisibles et nonchalantes, et si leur fréquentation peut parfois s’avérer dangereuse, c’est surtout parce que certaines espèces ont une fâcheuse tendance à émettre des vapeurs toxiques pour l’homme en guise de bonjour, ou qu’on se sera frotté de trop près à un représentant de telle race dont le corps est couvert d’épines. Les accidents sont toujours possibles.

Même si le comportement de ces aliens ne présente pas une menace directe pour l’humanité, les autorités se retrouvent pourtant très vite totalement démunies face à un tel afflux et une telle diversité, et certains gouvernements vont prendre des mesures extrêmes à leur égard. Nombre de communautés extraterrestres vont également devenir la cible de diverses organisations, sectes et autres groupes mafieux, qu’ils considèrent ces immigrés comme une main d’œuvre corvéable à merci ou qu’ils espèrent tirer profit de la crainte que ces êtres suscitent au sein d’une bonne partie de la population. De ce point de vue, Laurent Genefort dresse un portrait peu flatteur des comportements humains.

Le romancier a intégré dans Points chauds la nouvelle « Remparts », parue il y a deux ans dans ces pages (n°58), et dans laquelle on découvrait cet univers du point de vue d’un militaire, Léo, membre de Rempart, la force internationale chargée d’intervenir chaque fois que la présence d’aliens parmi des populations humaines menace de dégénérer en conflit. Mais Laurent Genefort élargit son champ d’action en donnant la parole à des personnages très différents, dont les récits vont se croiser sans jamais se recouper. Il y a Prokopié, membre d’un peuple nomade de Sibérie, les Nénètses, qui décide d’accompagner une tribu alien dans sa traversée du Grand Nord ; Camila, médecin dans une ONG autorisée à venir en aide aux extra-terrestres victimes de milices en Afrique ; et Raji, un scientifique chargé d’interroger un couple de Corcovados dans un laboratoire de Berne. Tous vont, à des degrés divers, être les témoins de scènes dramatiques, d’exactions ou d’humiliations à l’encontre des aliens. Pourtant, malgré cette violence permanente dans laquelle baigne le roman, Laurent Genefort ne perd jamais tout à fait foi en l’Homme, et l’on trouve aussi dans Points chauds de beaux moments d’humanité, à l’image de cette petite annonce d’une jeune femme qui, lassée par la fréquentation de ses congénères, espère trouver l’âme sœur parmi les extraterrestres.

Les héros que met en scène Laurent Genefort ont en commun une même curiosité, une même volonté de remettre en question leurs certitudes, de se débarrasser de leurs préjugés pour se confronter à cette altérité qui caractérise les aliens, de s’interroger sur leur propre humanité à travers le regard de ces êtres à la fois si lointains et si proches, de se redéfinir à leur aune. Un début de transformation qui va trouver son point culminant dans un dernier chapitre bouleversant, lumineux, qui donne un éclairage profondément optimiste à l’ensemble de l’œuvre. Le genre d’émotion que ne procurent que les plus grandes œuvres de la science-fiction, et dont Points chauds fait incontestablement partie.

On retrouve la même philosophie à l’œuvre dans Aliens mode d’emploi, livre sans doute plus anecdotique mais pas moins agréable à lire. S’inspirant dans la forme du Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks ou du plus récent Survivre à une invasion robot de Daniel H. Wilson, il se distingue de ces œuvres par sa tonalité moins belliqueuse, plus espiègle aussi. On y trouve certes quelques conseils pour ne pas succomber en cas de rencontre avec un alien hostile, mais ils occupent moins de place que ceux visant à vivre en bonne entente avec eux, voire à entretenir des relations intimes avec un Usuralyn hermaphrodite ou quelque autre espèce dont les organes reproducteurs vont se nicher dans des endroits insoupçonnés. Dans un registre pince-sans-rire des plus réjouissants, Laurent Genefort s’amuse à multiplier les situations incongrues et les mœurs extraterrestres les plus étonnantes. Le résultat se lit d’une traite, le sourire aux lèvres.

Jennifer Strange, dresseuse de quarkons

Et c’est à nouveau sous une couverture à côté de la plaque (et accessoirement — ou pas — sous un titre français plus qu’approximatif) que le Fleuve noir publie, dans sa collection young adult « Territoires », le deuxième tome de la trilogie « Jennifer Strange » de l’excellent Jasper Fforde.

Le premier tome, Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons (critique in Bifrost 63), était tout à fait sympathique, même si l’on pouvait en sortir un brin déçu eu égard aux attentes générées sur un écrivain de la trempe de Jasper Fforde, qui a su nous régaler notamment avec sa fameuse série des « Thursday Next », ou, plus récemment, avec « La Tyrannie de l’arc-en-ciel » (cf. Bifrost 66). On sentait en effet la différence de public visé, ce qui se traduisait par un délire moindre, plus contrôlé.

Avec ce deuxième tome, toutefois, on a rapidement l’impression que l’auteur ouvre les vannes, et s’autorise cette fois tous les excès dans le but premier de susciter le rire. C’est donc très vite avec un grand plaisir que nous retrouvons les Royaumes Désunis, et plus précisément le royaume de Hereford.

L’enfant trouvée Jennifer Strange y dirige toujours, en l’absence du Grand Zambini, l’agence magique Kazam. Et, depuis ses exploits du premier tome, qui ont eu une influence sans pareille sur la magie mondiale (l’énergie sorciérique, ou « crépite »), on peut dire qu’elle ne chôme pas. Néanmoins, elle doit faire face à la concurrence acharnée d’iMagie (oui, parce que tout est tellement plus cool précédé d’un « i »), l’autre agence, dirigée par l’Etonnant Blix, qui se donne du Tout-Puissant Blix, mais parvient difficilement à faire oublier qu’il est le petit-fils de Blix le Hideusement Barbare. Il y a beaucoup de contrats à la clé, dont celui, particulièrement juteux, de la réactivation du réseau de téléphonie mobile… et tous les coups sont permis dans cette lutte de pouvoirs. Kazam se retrouve bientôt dans une fâcheuse situation, alors même que le différend entre les deux entreprises doit se solder par un tournoi de magie.

Accessoirement, un quarkon rôde dans les environs, qui pourrait être le double de celui que Jennifer Strange a perdu en Dragonie. Ah, et puis il y a aussi cette histoire d’anneau maudit — mais ça n’a probablement aucune importance, n’est-ce pas ?

Sans oublier l’élan transitoire.

Jennifer Strange, dresseuse de quarkons s’inscrit résolument dans la foulée de son prédécesseur. Aussi en reproduit-il largement tant les défauts que les qualités. On notera cependant (et pourquoi pas en bas de page, procédé dont l’auteur use et abuse pour notre plus grand plaisir) que, dans ce roman sans véritable trame générale — ou disons qu’elle reste discrète —, le délire est plus franc, et s’exprime dans une succession de gags tous plus improbables les uns que les autres.

Parallèlement, Jasper Fforde garde à l’esprit qu’il s’adresse à un public prétendument adolescent, et son art se plie aux contraintes nécessaires de ce cœur-de-cible. Mais sans que cela devienne jamais ennuyeux pour un lecteur plus âgé.

Au final, et même s’il n’est pas sans défauts, Jennifer Strange, dresseuse de quarkons convainc en fait davantage que le premier tome — grâce à ses héros sympathiques, ses méchants insupportables d’arrogance, et surtout cette ambiance générale de joyeux délire s’exprimant dans un cadre de fantasy uchronique tout à fait enchanteur (et un brin, juste un brin, subversif). C’est donc une lecture des plus agréables, même si l’on n’en fera pas un achat indispensable.

Avilion

Le cycle de « La Forêt des mythagos » est assurément le grand-œuvre du regretté Robert Holdstock, et figure d’ores et déjà parmi les classiques de la fantasy. Avilion, écrit et publié bien après les volumes précédents, est le cinquième — et ultime… — roman prenant place dans le bois de Ryhope, et il vient en quelque sorte boucler la boucle, puisque les événements qui y sont rapportés sont les conséquences directes de ce qui nous fut conté dans le premier tome du cycle (lecture préalable indispensable).

Petit retour en arrière : le bois de Ryhope, en Angleterre, est un vestige de la forêt primordiale, inchangé depuis l’ère glaciaire. Plus grand à l’intérieur qu’il n’y paraît à l’extérieur, il abrite tout un monde fascinant de créatures et personnages mythiques générés par l’inconscient, les fameux « mythagos », ainsi que les a baptisés George Huxley après toute une vie de recherches passionnées les concernant.

Les héros de cet ultime volet sont Yssobel et Jack, les enfants de Steven Huxley, victorieux de son frère Christian, et de la princesse celte Guiwenneth pour laquelle ils se sont affrontés. Les enfants sont donc pour moitié humains et pour moitié mythagos, partagés en-tre le Sang et la Sève : Yssobel a son côté « rouge » et son côté « vert », quand Jack parle de — et avec — son « fantôme ».

Tous deux ont longtemps vécu avec leurs parents dans une villa romaine en plein bois de Ryhope. Mais le départ inopiné de Guiwenneth mettra fin à cette vie calme et heureuse. Yssobel se lance sur les traces de sa mère — mais tout autant, en fin de compte, sur celles de son grand-père maternel Peredur, le vieux roi, et de son oncle paternel Christian, ressuscité à la tête de l’armée intemporelle Légion — et cherche donc à se rendre en Avilion, au cœur de la forêt, que l’on connaissait jusqu’à présent sous le nom de Lavondyss. Jack, de son côté, attiré par la lisière du bois, pense trouver auprès de son défunt grand-père George, dans la vieille demeure d’Oak Lodge, les réponses qui le mettront sur la trace de sa sœur.

Ce double voyage en sens inverse est ainsi le point de départ du roman, qui emprunte largement les traits d’une saga familiale sur trois générations. Mais cette saga, qui pourrait se jouer uniquement sur le mode intimiste, vire à l’épopée en se confrontant, dans les bois, à la légende arthurienne ou encore à L’Odyssée. Et le résultat, pour déconcertant qu’il soit au premier abord — malgré la petite musique familière qui se met très tôt en place, avec le récit des aventures de Jack « à l’extérieur » —, est à la hauteur des attentes du lecteur qui s’était régalé avec les quatre volumes précédents. Avilion vient ainsi parachever le complexe édifice de « La Forêt des mythagos » de la manière la plus subtile, en jouant sur une multitude de registres.

Le roman brille à tous points de vue : écrit dans une langue impeccable, il est riche de personnages complexes et attachants — Yssobel et Jack au premier chef, mais ils ne sont pas les seuls —, et parvient à renouveler utilement les thématiques développées dans les volumes précédents. Le voyage en Avilion, quête des origines envisagée sous l’angle familial, se révèle ainsi, une fois encore, une brillante incursion dans le bois de Ryhope, aussi fascinante qu’intelligente, comme il se doit, et il y a fort à parier que l’amateur de l’œuvre de Robert Holdstock ne sera pas déçu par ce roman qui a pris bien malgré lui une forme testamentaire. On y retrouve en effet tout ce que l’on a pu apprécier auparavant dans le cycle, sans que l’auteur ne se répète véritablement pour autant — ce qui, en soi, relève déjà du tour de force.

Ce roman « approfondi » véhicule ainsi toute une gamme de sensations et de réflexions autrement plus subtiles que les lieux communs de la « big commercial fantasy », dont il constitue en quelque sorte l’antidote. On le louera pour sa finesse, son astuce, sa délicatesse aussi, qui en font le brillant témoignage d’un écrivain au sommet de son art. Lecture chaudement recommandée, même si elle ne saurait donc être envisagée isolément.

Super triste histoire d'amour

Lenny Abramov est quelqu’un d’à peu près normal. Employé des services post-humains de la Staatling-Wapachung Corporation à New York, il travaille dans le domaine de l’extension de la vie, et son job consiste à trouver des ICPE (individus à capitaux propres élevés). En d’autres termes, il doit dénicher de vieux riches désireux de rester jeunes. Agé de presque quarante ans, avec son torse poilu et son petit bedon, Lenny fait cependant figure d’ancêtre, tant auprès de son patron, qui paraît le tiers de ses quatre-vingts printemps, que de Eunice Park, jeune femme d’origine coréenne qu’il a rencontrée lors d’un voyage en Europe et pour qui il a ressenti un immédiat coup de foudre. De retour à New York, Lenny et Eunice s’installent ensemble, mais forment néanmoins un couple assez mal assorti — elle est une accro du shopping, il est un amoureux des livres. Mais les livres, mon bon monsieur, ça pue ! Dans l’avenir proche dépeint dans Super triste histoire d’amour, plus personne ne lit, tout le monde est vissé à son äppärät, une sorte de super tablette/smartphone plutôt indiscret qui permet de connaître entre autres la masculinité des uns ou la baisabilité des autres. Qui permet aussi de s’informer un tant soit peu sur l’actualité. Les USA sont un pays en crise, au bord de l’effondrement économique, gouverné par le parti bipartisan, avec un Ministre de la Défense hargneux prêt à faire des courbettes devant les banquiers chinois (d’autant que le dollar est désormais indexé au yuan), et dont les citoyens sont surveillés par l’aussi omniprésente que paranoïaque Autorité de Rétablissement de l’Américanité. Et on connaît la chanson : les histoires d’amour finissent mal — en général. Et celle de Lenny et Eunice ne fera pas exception à la règle. Ce qui est, on s’en doute bien, super triste.

A l’image du titre, forcément ironique, et entre le début et la fin de cette (super triste) love story, le lecteur se sera bien marré. Quitte à rire jaune, parfois. Alternant entre les extraits du journal de Lenny, amoureux transi tellement falot qu’il en devient remarquable, et les messages de Eunice sur son compte GlobAdos, qui la révèlent post-ado superficielle, ce troisième roman de Gary Shteyngart est une satire, quoique à peine exagérée, de notre présent. Un futur où l’on se dévoile sans aucune pudeur, tant sur les réseaux sociaux que dans la rue, avec des marques de sous-vêtements aux noms aussi suggestifs que MouleEnFoule ou RedditionSansCondition, où l’on entretient un culte pour la beauté et la jeunesse, où la paranoïa est de mise. Comme aujourd’hui, en somme, mais en pire (un peu).

Un roman réactionnaire, Super triste histoire d’amour ? Pas vraiment. Lenny Abramov, en qui l’on pourra voir un double à peine démarqué de l’auteur, se fait une certaine idée de la culture et déplore l’inculture générale grandissante (Lenny hésite à lire des extraits d’un roman de Kundera à Eunice, de peur qu’elle ne comprenne pas). Nostalgique d’une époque, sûrement.

Reconnaissons que si Super triste histoire d’amour est, dans sa première moitié, d’une lecture jouissive, l’intérêt s’émousse quelque peu au fil de l’eau. Mais on en tient pas moins là un super bon livre, aussi drôle que provocateur et, en définitive, assez triste.

Les Rivières de Londres

« Je dois parler à ce troll, déclara Nightingale.
– Monsieur, je pense que nous sommes censés les appeler des “sans-abri”.
– Non. Lui, c’est un troll. »

Croiser des trolls, traquer des vampires, voilà désormais le quotidien du sergent Peter Grant depuis qu’il a été promu apprenti du capitaine Nightingale de la Police Métropolitaine de Londres. Nightingale, dernier magicien de la police. Et mieux vaut pour Peter devenir apprenti magicien que de terminer dans quelque placard de l’administration de la PM. Tout cela ne serait pas arrivé si Peter, présent pour monter la garde sur une scène de crime, n’avait pas eu l’heur de croiser un témoin des plus spectraux — le fantôme d’un acteur, décédé depuis quelques siècles. Mais Peter n’a guère le temps de jouer les apprentis sorciers : il lui faut désamorcer le conflit latent entre le Vieil Homme du Fleuve et Mama Tamise, deux individus qui ressemblent à s’y méprendre à des divinités et qui se disputent la rivière, ne pas se laisser piéger par leurs enfants-affluents, et surtout mettre fin à cette étrange série de meurtres, dont les victimes ont toutes en commun d’avoir eu les traits ravagés d’une manière qui n’a rien de naturel. Mais que faire si le responsable présumé de ces crimes semble être un Guignol anarchiste, tout droit échappé d’un spectacle de marionnettes pour enfants ?

Le proverbe bien connu enjoint de ne pas juger un livre sur sa couverture, et c’est bien le cas pour Les Rivières de Londres, roman à qui son illustration ne rend absolument pas justice. Elle tendrait à le faire classer du côté des sous-Harry-Potteries, alors que, à la lecture, on se situe plus volontiers du côté de séries comme Torchwood ou Doctor Who. Et pour cause : Ben Aaronovitch n’est pas exactement ce que l’on appellerait un auteur débutant, étant donné qu’il s’est exercé avec l’écriture de scénarios et de novélisations de… Doctor Who. Il a eu le temps de perfectionner sa plume avant de se lancer (avec bonheur) dans une série bien à lui. Le jeune sorcier à la cicatrice peut donc dormir tranquille, Peter Grant ne viendra pas le concurrencer. D’autant que le boulot de notre apprenti-sorcier ne lui laisse que peu de temps pour perfectionner sa pratique de la magie. Une magie qu’il tente d’appréhender avec ses quelques connaissances en physique, ce qui nous vaut des interrogations amusantes sur la conservation de l’énergie ou l’origine de l’énergie de cette fameuse magie. Moins sombre que celui dépeint par Neil Gaiman dans Neverwhere, le Londres que traverse Peter Grant est à son image : métis et cosmopolite (ainsi, Mama Tamise est une plantureuse mama noire), quadrillé de caméras de vidéo-surveillance. Une Londres des plus actuelles, en somme, peuplée de personnages bien croqués servis par des dialogues truculents, et qui prennent place dans une intrigue joliment menée jusqu’à son dénouement. Sans oublier une traduction au diapason. Ce premier tome d’une série de trois, d’une lecture des plus plaisantes, s’avère tout à fait recommandable.

Enola Game

Au début, il y a l’événement : une grande lumière blanche. Une explosion nucléaire, autre chose ? Par analogie avec Hiroshima, une mère de famille surnomme l’incident et la situation qui en découle Enola Game. Evidemment, cela n’a rien de ludique. Bientôt, voici des soldats qui arpentent les rues, qui distribuent des rations et qui ordonnent aux gens de ne pas quitter leurs domiciles. Quelque part dans un quartier résidentiel, cette mère et sa fillette restent donc cloîtrées chez elles, en attendant que la situation s’améliore. Si tant est que les choses reviennent à la normale. Les soldats disparaissent, sont remplacés par des pillards. A mesure que le temps passe, on va vers le dénuement. Plus d’eau, plus d’électricité. Parce qu’il fait froid, il faut sacrifier les meubles, les livres, les souvenirs qui s’y associent. Jusqu’à finir par sacrifier ce que l’on possède de plus précieux.

Ce court roman s’apparente à un négatif de La Route. Comme dans le récit de Cormac McCarthy, il y a eu une catastrophe, et l’on suit deux personnages anonymes. Ici cependant, nul voyage : on ne quittera pas la maison. Quand il sera temps de partir pour la mère et sa fille, c’est déjà trop tard. Et tandis que les personnages de La Route avancent dans un éternel présent, la mère dans Enola Game arpente le passé, passe en revue ses souvenirs (chaque objet dont elle doit se séparer fonctionne comme une madeleine de Proust), repense à sa vie d’avant et ses velléités, ce qui, précisément, fait le sens d’une vie, à l’avenir de sa fille, qui sera irrémédiablement marqué par cette catastrophe dont on ne saura rien.

Ceux qui s’attendent à un bon vieux post-apo, plein de bruit et de fureur, ont le droit de passer leur chemin. Divisé en très courts chapitres émaillés de citations, Enola Game est la chronique très intimiste d’une mère confrontée à la disparition progressive de tout ce qui constituait sa vie. Les uns (probablement les unes ?) trouveront cela sensible et réussi, mais il est à craindre que les autres s’ennuient ferme.

René

Disiz est un rappeur français connu au début de sa carrière sous le nom de Disiz la Peste. Originaire de la banlieue plus précisément d’Evry, dans la cité des Epinettes-Aunettes), il a sorti plusieurs albums depuis le premier, Le Poisson rouge, en 2000. Après un premier roman, Les Derniers de la rue Ponty, en 2009, voici son deuxième opus, un livre d’anticipation sociale.

L’anticipation commence dès la première page : la chronologie des événements ayant mené au futur de René nous est décrite succinctement. Lors des élections présidentielles de 2012, Nicolas Sarkozy et Ma-rine Le Pen arrivent au second tour. Après des émeutes en banlieue, Sarkozy est élu président, mais Le Pen devient rapidement premier ministre. La suite des événements conduit à la victoire du Front National en 2017 ; quand le roman débute, nous sommes désormais en 2025. Dans un Etat très policier, radicalisé, le jeune René tente de subsister, entre mère alcoolique et bandes qui règnent sur la cité. Il va faire la connaissance d’Edgar, délinquant obsédé, pour le meilleur et pour le pire…

On l’a vu, ce roman se veut ouvrage d’anticipation sociale. Encore faudrait-il que cette anticipation soit crédible et serve le propos du livre. Sur le premier point, on peut en douter très fortement : le déroulé des événements conduisant au monde de René est en effet hautement improbable. Comme il nous est imposé sans aucune finesse dans les premières pages, cela n’aide pas à entrer dans le roman, ce qui est fort dommageable car celui-ci ne s’embarrasse pas de détails sur la construction de ce monde futur, préférant s’intéresser à la vie quotidienne de ses protagonistes. Bien sûr, tout en étant invraisemblable, le livre n’est quand même pas complètement à côté de la plaque : la radicalisation décrite par Disiz est effectivement en marche, et plus les années passent, plus la banlieue ressemble à une poudrière. Mais l’auteur n’arrive à aucun moment à éviter la caricature ; en outre, quand il veut faire preuve d’un peu d’originalité, ça tombe à plat : les SMS ont été remplacés par des InstinctiPhone sur lesquels on s’exprime comme en 2012 alors que treize ans ont passé. Or, quiconque s’intéresse un peu à la culture populaire sait que les modes bougent beaucoup plus vite que ça, et qu’il y a fort peu de chances pour que les téléphones du futur ressemblent à ceux existant aujourd’hui. Un détail, certes, mais qui s’avère symptomatique de l’univers pensé par Disiz : son anticipation n’est qu’un très léger décalage du monde d’aujourd’hui. Et dans la mesure où ce qu’il y décrit n’est au fond qu’un fait divers comme il s’en produit régulièrement dans les banlieues (certes, il y a ici mort d’homme, ce qui est moins courant), en aucun cas le fait que l’intrigue se déroule dans ce décalque futuriste n’a un quelconque intérêt. Dès lors, le choix par l’auteur d’une anticipation sociale ne se justifie pas, et amoindrit même le propos de Disiz (il est beaucoup plus délicat d’écrire un roman polémique se déroulant dans les banlieues d’aujourd’hui que dans un futur hypothétique).

René se lit ainsi pour l’essentiel comme la chronique de la vie de la cité et le récit d’un fait divers. Ce qui pourrait suffire en soi, si toutefois il n’y avait de nombreuses scories dans la construction des personnages et le mode de narration. Quelques exemples : on nous dit à peu de lignes d’intervalle que René est un fou des livres, qu’il en possède plusieurs centaines sur son ordinateur… et qu’il lit toujours les mêmes livres. René, qui a vécu toute sa vie renfermé sur lui-même, ne s’ouvrant à personne, rencontre Edgar et, ni une ni deux, il le suit aussi sec, en totale contradiction avec la construction préalable de son personnage. Alors que le roman est écrit du point de vue de René, certains personnages sont introduits par leur prénom, sans que l’on sache qui ils sont (Jonathan, le frère d’Edgar, qui devient d’ailleurs un peu plus loin Michel-Jonathan). Le point de vue central de René, qui fait du reste le principal intérêt de ce livre, cède la place à d’autres points de vue vers la fin du roman, sans justification (si ce n’est sans doute celle que son auteur n’a pas su comment faire autrement). Bref, de nombreux points formels pêchent, qui auraient sans doute pu être évités avec un vrai travail éditorial, ce qui ne semble pas être le cas ici.

René se révèle donc une vraie déception, un roman caricatural qui enfile les clichés et les mauvais choix narratifs, et qui n’a qui plus est, en dépit des apparences, pas grand-chose à voir avec de la science-fiction prospective. On oublie.

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