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Olangar

Avec le diptyque Olangar, Clément Bouhélier, jusqu’ici auteur de thrillers (chez le même éditeur), se lance dans une fantasy qui délaisse le cadre médiéval classique propre au genre au profit d’un contexte inspiré par la fin du XIXe siècle, quelque part entre Victor Hugo, Émile Zola et le Western, où les trains, les dirigeables, les six-coups et les usines sidérurgiques côtoient des elfes et des nains défiant tous les stéréotypes, les premiers étant hyper-conservateurs et homophobes, les seconds évoluant à la pointe du combat… social (un élément central du livre). Si ce genre de fantasy post-médiévale s’avère encore rare en France, elle est néanmoins en progression constante chez les anglo-saxons depuis quelques années : Olangar se situe quelque part entre les univers de Brian McClellan et de Max Gladstone, avec une ambiance Far West occasionnelle qui rappelle Joe Abercrombie. Ce contexte très travaillé et inhabituel est le gros point fort du diptyque, notamment via la description des deux villes (Olangar et Frontenac), qui ne manquent pas de « personnalité ».

L’intrigue entrelace deux lignes narratives : l’une, classique, déroule les investigations menées par une jeune noble sur la mort suspecte de son soldat de frère, avec l’as-sistance d’un elfe taciturne banni par les siens et en quête d’un sens à donner à sa vie. L’autre, moins attendue, suit le combat d’un nain, figure emblématique de l’action syndicale dans la capitale, Olangar, alors que la lutte des classes se transforme en lutte armée, sur fond d’élection opposant les candidats des deux partis, qui, depuis un siècle et la fin de la Révolution, s’échangent le pouvoir à tour de rôle – avec un jeune politicien aux dents longues (clairement inspiré par Emmanuel Macron) dans le rôle du candidat antisystème. Ces deux intrigues sont liées, même si une bonne partie du tome 2 se concentre plutôt sur la première. Les personnages sont bien campés sans être inoubliables, et l’enquête (où l’auteur se retrouve en terrain de connaissance) ne manque pas d’intérêt, quand bien même l’aspect « vengeance » nous ramène vers une fantasy plus balisée. Reste le style, fluide et plaisant, en dépit d’un récit qui aurait aisément pu être raccourci sans nuire à son intérêt : une écriture « À la Peter F. Hamilton », dira-t-on, où l’auteur a tendance à décrire des scènes non pas sans valeur, mais somme toute accessoires et dispensables.

Sur un pur aspect romanesque, ce diptyque est incontestablement de qualité, et a l’avan-tage de présenter au public français une fantasy post-médié-vale inhabituelle et rafraîchissante. Le souci potentiel est ailleurs… La quatrième de couverture évoque un roman en-
gagé abordant avec finesse des thématiques actuelles, ce qui n’est pas tout à fait exact. « Engagé » est un faible mot (même « militant » serait en dessous de la réalité), et cette allégorie de la France actuelle ou passée (les équivalents de Le Pen et Macron sont clairement identifiables), opposant les pauvres ouvriers aux salauds de patrons, de militaires et de politiciens, manque cruellement de subtilité. Aussi se peut-il qu’un lecteur qui cherche, via la fantasy, à s’évader du monde réel, ou qui ne partage pas les convictions de l’auteur, ne soit pas forcément le public cible du diptyque. Or il serait dommage de s’en priver. Après tout, une (politique-)fantasy aussi originale ne se rencontre pas tous les jours.

Kabu Kabu

Kabu kabu ? « Des taxis clandestins qui hantent les rues du Lagos ». Kabu Kabu ? Un excellent recueil de nouvelles au titre parfaitement trouvé. Car si vous entrez dans ce livre, sachez que vous embarquez pour un voyage dans les limbes qui unissent la fantasy, le réalisme magique et la science-fiction. De votre siège de lecteur passager, vous regarderez, ébahi, le paysage familièrement exotique qui défile sous vos yeux incrédules, mais néanmoins émerveillés. Vous savez d’où vous partez, vous avez une vague idée d’où vous allez. Pour le reste… le trajet dépendra uniquement du bon vouloir du conducteur.

Et quelle conductrice, dans ce cas ! Dirigeant avec brio les différentes courses, Nnedi Okorafor vous emmène à la poursuite des coureuses de vents, vous rince dans la pluie, sur la route, mais vous rattrape toujours, à l’instant où vous vous apprêtez à descendre, pour vous enlever vers une autre époque, un autre combat, une autre histoire d’amour… et vous égarer ainsi dans les vingt-deux récits, comme autant de destinations fantastiques.

Élevée entre Afrique et Amérique, Nnedi Okorafor a décidé de ne pas choisir, d’être une enfant des deux civilisations et d’unir ces deux patries en un continent nouveau, où ses textes sont des ponts qui relient les différents territoires. Les Afriques y sont plurielles, bercées dans le folklore et la mythologie, et confrontées à la modernité d’un monde qui avance plus vite que quiconque peut le supporter. L’Amérique y est traditionnelle, oubliant ses origines, et rappelant que le plus étrange, le plus violent, n’est pas tant l’étranger que le regard que chacun porte sur ce qui est différent, sur ce qui lui fait peur. Les remous et méandres de ces récits racontent souvent des histoires de femmes, qui, vivant dans le carcan des traditions, parviennent à s’en affranchir, à leur façon, et surtout pas comme les hommes le leur ont enseigné. Maudites, sorcières, étrangères, coureuses de vent, fillettes sur le chemin de l’école, amoureuses… elles savent et comprennent le monde bien mieux que les guerriers, car elles sont nées pour se libérer et dégager la voie qui suivra le cœur et l’âme, et non l’argent, la guerre, le pouvoir. Et si la magie intervient, elle est naturelle, et non mauvaise comme veulent le faire croire les hommes qui l’ont oubliée depuis trop longtemps.

Difficile, vous l’aurez compris, de rendre compte fidèlement de ces vingt-deux récits, tant ils ont de cœur et de chœurs. Que ce soit par une lecture indépendante, en piochant au hasard un chapitre, ou par une lecture linéaire, ils se mêlent en multiples facettes d’un kaléidoscope très coloré. On devine dans ces histoires, parfois amusantes, parfois dures, souvent poétiques, et presque toujours étonnantes, les différentes époques d’écriture de l’auteure, en une cartographie intéressante d’un talent confirmé. Tout en reconnaissant des thématiques occidentales, on en découvre de nouvelles, pour nous, lecteurs occidentaux biberonnés aux clichés sur cette autre terre. Le style est efficace, incisif, fluide, bien rendu par une traduction précise. La richesse des genres et des thèmes abordés n’a rien à envier au baroque de Neil Gaiman, retenant avant tout ce qui crée l’émotion. Les interprétations qu’on peut donner aux textes sont foisonnantes, et appellent d’autres lectures.

Le livre est une excellente entrée dans l’univers de cette merveilleuse conteuse, qu’on espère retrouver vite sur les tables des libraires français, tant le chant de cette forte voix est envoûtant.

Le Triomphe : précommande !

La précommande est désormais ouverte pour Le Triomphe  ! La quatrième aventure du sorcier de la science paraîtra, en papier comme en numérique, dans pile un mois, le 23 mai, dans toutes les bonnes librairies des Neuf Mondes.

Molly Southourne dans la Yozone

« Une superbe novella de Tade Thompson qui baigne dans le sang et plonge chacun dans un certain malaise, tout en l’interpellant sur une situation proprement hallucinante, ce qui en fait tout l’intérêt.
Une pépite poisseuse à ne pas manquer ! » La Yozone

Les Meurtres de Molly Southbourne : l'avis de Célindanaé

« Tade Thompson réussit donc le pari de traiter de nombreux thèmes en un peu plus de 100 pages, avec un récit parfaitement maîtrisé à l’atmosphère angoissante. Les meurtres de Molly Southbourne est un véritable bijou, une histoire horrifique modernisant le thème du double. Un des meilleurs titres de cette surprenante collection ! » Au pays des Cave Trolls

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