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Les Marchands d’arme

Inclus dans le Bill of Rights de 1789, inscrit un peu plus de soixante-dix ans plus tard au corpus principal de la Constitution provisoire des États confédérés, le second amendement de la Constitution des USA garantit le droit de porter une arme et témoigne d’une certaine méfiance des Pères Fondateurs à l’égard du monopole de la violence légitime détenu par l’État. Celui-ci est soupçonné, par essence, de vouloir attenter tôt ou tard aux libertés du peuple souverain – et de ce fait, il est sage de prévoir des arguments légaux permettant l’émergence d’un contre-pouvoir si besoin. C’est cette méfiance qui se trouve derrière l’opposition acharnée du très puissant lobby de la National Rifle Association à toute révision de cet amendement.

Van Vogt n’est pas né américain, mais sa carrière d’auteur publié dans des revues américaines, son déménagement en Californie en 1944 et sa naturalisation en 1945 constituent autant d’attaches fortes aux USA. «  Les Marchands d’armes », cycle publié – au fil des remaniements et des révisions – entre 1941 et 1952 et fait de nouvelles (associées en un fix-up, Les Armureries d’Isher) et du roman Les Fabricants d’armes, s’apparente presque à une novélisation du second amendement sus-cité.

Dans un futur lointain, l’empire d’Isher exerce un monopole de la violence légitime sur l’ensemble d’une humanité ayant colonisé le Système solaire tout entier. À la tête de cet État se trouve l’Impératrice Innelda Isher, laquelle souffre, en raison de sa jeunesse, d’un a priori de naïveté, voire d’incompétence. L’État d’Isher est par essence corrompu, les charges officielles y sont achetées ou vendues par les fonctionnaires subalternes, le crime lui-même étant sinon admis, du moins toléré par la coutume à tous les échelons de l’autorité : dans ce contexte, l’espèce humaine est en pleine stagnation, tout espoir d’ascension sociale s’avérant impossible, ou en tout cas limité aux éventuels gains par le jeu de hasard. Néanmoins, il existe un contre-pouvoir sous la forme des Armureries d’Isher, dont les magasins sont réputés inaccessibles à la soldatesque impériale – et qui vendent aux gens ordinaires des armes à la stricte vocation défensive. Les Armureries proposent aussi un service judiciaire parallèle permettant d’obtenir un recours en cas d’escroquerie, et interdisent en réalité à l’Empire de se changer en dictature totalitaire. Les grains de sable que constituent les Armureries se sont faits assez nombreux au fil du temps pour ne plus être négligeables dans les rouages de l’Empire, si bien que l’Impératrice Innelda cherche coûte que coûte à les éliminer.

Les deux livres du cycle adoptent des points de vue différents afin d’illustrer l’intérêt du second amendement évoqué plus haut. Les Armureries d’Isher propose des personnages naïfs qui découvrent cet univers truqué : voyageur temporel, candidat à l’émulation de Rastignac ou même citoyen ordinaire et bien inséré, tous auront à faire face à la corruption impériale et trouveront de l’aide auprès des services parallèles des Armureries. Le contre-pouvoir qu’incarnent ces dernières s’exerce donc ici de la façon la plus évidente et naturelle qui soit : un recours face au monolithe étatique. Au contraire, dans Les Fabricants d’armes, le lecteur suit un personnage lié à la fois aux Armu-reries et à la hiérarchie impériale : ce roman-là pose en réalité la vieille question attribuée à Juvénal – « Quis custodiet ipsos custodes ? » –, puisqu’il s’agit d’interroger la nature de l’équilibre des pouvoirs. Cet équilibre est-il spontané ? Doit-il être mesuré ou même régulé par un arbitre ? Et cet arbitre, s’il existe, quelles doivent être ses qualités ? Comment s’assurer qu’il ne cède pas lui-même à la tentation de la tyrannie ?

Offrant une SF au fond très politique, même si elle n’oublie pas lesense of wonder, « Les Marchands d’armes » souffre de son caractère daté. L’ouverture finale – avec l’acquisition par l’espèce humaine du voyage interstellaire — propose un dépassement peu convaincant du système impérial cantonné au Système solaire : quelle réelle garantie l’auteur donne-t-il que la colonisation galactique offrirait une sécurité face à une dictature déjà capable de s’exercer à grande distance ? Le style et l’intrigue ont mal vieilli, certains textes contemporains, dont quelques-uns du même auteur, se révélant plus toniques, voire passionnants. Le réel défaut des «  Marchands d’armes » reste encore son postulat incroyable que l’histoire récente des USA dément de façon sinistre : non content de n’avoir depuis 1789 jamais administré la preuve de son utilité, le second amendement y semble devenu inaliénable au point que les tueries de masse constituent le triste quotidien des habitants de ce pays… et l’on mesure ici la différence entre le contre-pouvoir des Armureries dont rêvait van Vogt et le statut partisan de la NRA qui, au gré des présidences, agit comme supplétive de la majorité ou de l’opposition.

Il n’est pas toujours légitime de reprocher son défaut de prescience à un auteur de SF, et seuls des historiens sauraient dire si l’auteur des «  Marchands d’armes » était en mesure d’envisager, à la lumière des éléments dont il disposait, le fléau que constitue la très large diffusion des armes individuelles aux USA soixante-dix ans plus tard. On peut néanmoins se dire que ce diptyque, perspective rétro-futuriste manquée, peut être laissé de côté – sauf si, bien sûr, on s’intéresse aux interrogations datées quant à la nature et à la nécessité d’un contre-pouvoir.

À la poursuite des Slans

À la poursuite des Slans, qui a obtenu le Retro Hugo 2016 pour l’année 1941, compte au rang des plus grands classiques de l’Âge d’or de la SF américaine. Classique, sans aucun doute, mais est-ce bon pour autant ? Dans son article « La Complication dans le récit de SF », van Vogt expose sa méthode de travail  : le fourre-tout. Il en va de la littérature comme de la cuisine. Si vous concoctez un pot-au-feu et que vous ajoutez tout et n’importe quoi, le résultat à toutes les chances d’être curieux. Si vos commensaux ne sont pas des ET, ils risquent fort de considérer votre cuisine comme un roman de van Vogt.

Surhomme, mutant, télépathe, voilà notre pâtée du jour : le Slan. Dans ce futur, les Slans sont tirés à vue comme des lapins. Jommy Cross, neuf ans, qui vient de voir sa mère se faire descendre au coin de la rue, va survivre à tout : accroché au parechoc de la voiture du chef de la Gestapo police anti-slans ; traqué par tout un quartier avide de lynchage en pleine hystérie collective ; capturé par Mémé qui en fait un voleur à la tire avant de décider de le vendre aux flics ; en fuite, entraînant Mémé chez les Slans sans corne qui sont pour les Slans des ennemis encore plus implacables que les humains… Pour lire et apprécier la SF, il faut pouvoir suspendre son incrédulité. Ici, on passe dans une autre dimension. On peine à comprendre les motivations des personnages dans ce roman particulièrement rocambolesque, où les situations ne cessent de se retourner comme une crêpe dans la poêle. Jommy est présenté comme un garçon super intelligent ; il est surtout gentil… Plus bête, on meurt ! Il ne veut absolument pas faire le moindre mal à quiconque, même s’il est seul contre un monde entier acharné à vouloir sa mort. Imaginez un joueur du ? d’échecs se refusant à prendre la moindre pièce à son adversaire qui, en plus, gagnerait à la fin. Si ce n’est pas de la suspension de l’incrédulité au carré… C’est surtout le fruit de la méthode van Vogt d’écriture.

Au crédit de l’écrivain, il y a cependant une inspiration dont on ne peut que lui savoir gré : voir dans le Slan une métaphore du Juif dont les persécutions battaient leur plein dans l’Europe en guerre, lorsqu’il sérialisa son roman dans Astounding à l’automne 1940. Cet unique élément spéculatif confère au roman une valeur, à défaut d’une qualité, incontestable.

À la poursuite des Slans se lit donc agréablement, avec le recul indispensable, ou, au contraire, avec une totale absence du moindre recul, le nez entre les pages… Ce genre de classique est-il vraiment la porte d’entrée idéale à l’univers de la SF  ? Il a été dit de Diaspora, de Greg Egan, que c’était une porte close et verrouillée n’offrant nul accès à la SF à qui n’en est déjà un lecteur chevronné nanti d’un solide bagage scientifique. Ce roman de van Vogt s’avère tout l’inverse. Le lecteur doit vraiment le vouloir très fort pour que ça marche. La suspension de l’incrédulité s’applique normalement à la thématique du roman : ici, l’existence de mutants dans un certain futur, mais ce pourrait être des robots, une invasion ET, des voyages dans le temps, etc. – pas de problème. Le souci est que van Vogt exige aussi de son lecteur l’acceptation d’une intrigue, non pas déconstruite (ce qui implique qu’elle ait été construite à un moment), mais inconstruite, pleine de motivations incompréhensibles, de péripéties en impasse et de personnages inutiles. Van Vogt maîtrise un certain art du tirage à la ligne, mais, ayant ajouté à son roman toutes les idées qu’il a trouvées, il donne l’impression contraire, celle d’un roman elliptique – faisant implicitement croire au lecteur qu’il n’est pas à la hauteur du livre – qui aurait mérité davantage d’explications et de liant. À la poursuite des Slans, comme bien d’autres livres de van Vogt, résiste donc mal à une lecture armée d’un calepin et d’un crayon. Il faut le lire sans trop se poser de question, d’une manière superficielle, en guise de pur divertissement, et faire l’impasse sur les questions sans réponse et les explications contradictoires.

Si on analyse le roman à l’aune des critères habituellement admis pour juger d’une œuvre littéraire, ainsi que nous y enjoint Damon Knight dans son article « A. E. van Vogt : le gâcheur cosmique », notre auteur apparaît comme un écrivain médiocre, incapable de bâtir un roman qui tienne la route. Jacque Goimard a réfuté le postulat de Knight, arguant que la SF, et l’œuvre de van Vogt en particulier, devait être évaluée en fonction de critères spécifiques. On postule donc que c’est de la bonne SF, ce qu’on justifie a posteriori par la présence de spécificités devenant dès lors des marqueurs de qualité. En lisant de la sorte, il est certain que l’on peut trouver du plaisir à la lecture de van Vogt en général et de À la poursuite des Slans en particulier. Ce faisant, on contribue aussi à maintenir la SF dans un ghetto littéraire qui conduit à la considérer comme de la sous-littérature. Ce n’est qu’en lui appliquant les mêmes critères qu’à toutes autres œuvres que la SF pourra enfin être jugée comme une « vraie » littérature.

La Faune de l'espace

Première nouvelle de SF publiée de van Vogt, « Black Destroyer » fit la couverture du numéro daté juillet 1939 d’Astounding. Contenant aussi la nouvelle « On n’arrête pas le progrès » d’Isaac Asimov, ce numéro est considéré par d’aucuns comme l’acte de naissance de l’Âge d’or de la science-fiction aux USA. Si John W. Campbell est l’architecte de cette période, van Vogt en est l’un des principaux artisans.

« Black Destroyer » est le premier texte d’une série de quatre nouvelles publiées entre juillet 1939 et mai 1950, avec « Discord in Scarlet », « M33 in Andromeda » et « War of Nerves ». Ces textes seront remaniés par l’auteur par souci de cohérence et regroupés dans The Voyage of the Space Beagle en 1950. La traduction française du titre, La Faune de l’espace, ainsi que le nom du vaisseau spatial (Space Beagle qui devient le Fureteur), effacent la référence au HMS Beagle, le navire de la Royal Navy à bord duquel le naturaliste anglais Charles Darwin effectua le voyage d’exploration scientifique, entre 1831 et 1836, qui lui permit de développer sa célèbre théorie sur l’évolution des espèces. Même si les écrits de van Vogt furent populaires en France, les traductions de ses textes s’accompagnent souvent d’une perte de sens. Dans le cas présent, la référence au voyage de Darwin est une clef de lecture du texte.

Le Fureteur est chargé d’une mission d’exploration interstellaire de cinq ans à la rencontre de mondes et de formes de vie inconnues. À bord de cette grosse sphère métallique, près de mille personnes, scientifiques de différentes spécialités et militaires, constituent un équipage entièrement humain et masculin. Le personnage principal, Elliott Grosvenor, cherche à développer et imposer une nouvelle discipline cognitive : le nexialisme, une approche unificatrice et encyclopédique des connaissances qui vise à l’intégration des sciences sociales et naturelles. Persuadé que l’avenir de l’humanité en dépend, il met tout en œuvre pour prouver que le nexialisme est à même de résoudre les problèmes aussi bien d’ordre humain, comme les conflits politiques et sociaux qui ne manquent pas d’apparaître à bord du vaisseau, que relatifs aux découvertes faites lors de l’exploration de l’univers. Le roman se divise en quatre parties qui reprennent les nouvelles d’origine et correspondent chacune à la rencontre d’une forme de vie extraterrestre et à ses conséquences. La première est le Zorg, une sorte de gros chat intelligent trouvé sur une planète désolée, qui réussit à s’introduire à bord du vaisseau et dévorer quelques-uns de ses occupants. Ensuite les Rims, une espèce aviaire qui utilise une forme de télépathie pour entrer en communication avec les humains… ce qui aura un effet hypnotique désastreux sur l’équipage. La troisième espèce est l’Ixtl, une créature sanguinaire qui recherche des hôtes vivants pour y pondre ses œufs. Enfin vient Anabis, être gazeux en perpétuelle expansion à la recherche de sources d’énergie pour satisfaire son inextinguible faim. À chaque fois, le nexialisme fournira un angle d’analyse original et Elliott Grosvenor sauvera la situation. Le nexialisme constitue l’idée forte, pour reprendre le terme de Campbell, au centre du texte ; c’est aussi la faiblesse du livre. Si van Vogt montre un certain talent à imaginer les différentes formes de vie qui constituent la faune de l’espace, il peine à convaincre sur cette science qu’il associe à un progrès humain. On n’y croit jamais et le nexialisme a tout d’une pensée magique. Encouragé dans cette voie par un Campbell qui commençait à se passionner pour les pseudosciences, il entreprendra un projet similaire dans le « cycle du non-A » avec la Sémantique Générale.

L’influence que La Faune de l’espace aura sur la science-fiction n’en est pas moins véritable. Les Trekkies auront reconnu dans la mission du Fureteur l’inspiration pour l’Enterprise dans la première série Star Trek, et l’Ixtl a inspiré le film Alien (1979). La Faune de l’espace est donc un classique de l’Âge d’or de la SF. Quant à savoir s’il s’agit d’une lecture indispensable en 2020…

Schémas artificiels

Avec Défaillances systèmes, premier volume de la série « Journal d’un AssaSynth », l’américaine Martha Wells avait décroché la Lune : Hugo, Nebula et Locus, rien que ça. Depuis, les éditions L’Atalante nous ont offert la totalité de cette série de novellas en français, soit un total de quatre volumes.

Dans Schémas artificiels, AssaSynth, notre héros de métal et de chair, se fait passer pour un humain augmenté, consultant en sécurité au service de scientifiques pris dans un imbroglio politico-commercial. Iel y découvre l’amitié d’EVE (ou Emmerdeur de Vaisseau Expéditionnaire) ainsi que celle, plus humaine et inattendue, de Tapan.

Pour Cheval de Troie, c’est dans une nouvelle mission « eh, merde » que se lance la SecUnit, sur la planète Milu, lorsqu’iel décide de confondre les activités illégales de GrayCris au sein d’une usine de terraformation servant en réalité à la contrebande d’artefacts xénos.

Enfin, Stratégie de sortie réunit AssaSynth et l’équipe du Dr Mensah pour faire définitivement tomber GrayCris et offrir une porte de sortie à l’androïde désormais plus prochain de l’être humain que de la machine.

La recette entre les différents volumes ne change guère et les lecteurs conquis par Défaillances systèmes seront ravis des péripéties nouvelles de ce héros hautement attachant. Martha Wells parvient à trouver l’équilibre parfait entre humour, action et réflexion anthropologique à l’ère posthumaine. AssaSynth s’humanise au fur et à mesure de ses aventures… tout en restant critique par rapport à la médiocrité des humains ordinaires. Ce constant décalage apporte une fraîcheur bienvenue au récit et contribue à augmenter le capital sympathie à l’égard de la SecUnit de façon exponentielle. Sa manie de binge-watcher des séries improbables aux allures de telenovelas (Lune Sanctuaire et ses multiples itérations) offre également un double effet Kiss-cool au récit : rapprocher le héros de notre propre époque tout en offrant une mise en abyme de ses propres aventures rocambolesques. D’une certaine façon, AssaSynth vit ses propres telenovelas, entre confrontations, cliffhangers et histoires sentimentales.

L’autre point fort de cette série, c’est d’offrir au lecteur de l’action lisible et parfaitement maîtrisée sans que cette dernière n’étouffe jamais la réflexion sur l’éveil intellectuel et émotionnel du protagoniste. Au fil des différents volumes, AssaSynth apprend ainsi à tolérer puis accepter ses sentiments biologiques, avec tout l’humour et la distanciation d’une entité artificielle.

Nerveuse, addictive et toujours rafraîchissante, la série de Martha Wells s’impose comme un divertissement science-fictif de qualité qui sait aller plus loin que le blockbuster bas du front qu’il aurait pu devenir avec le temps.

Sandremonde

Sept ans après avoir créé « Exofictions », collection dédiée aux littératures de l’Imaginaire, Actes Sud décide de se lancer dans la fantasy old school. On aurait pu penser que l’éditeur chercherait une grosse locomotive anglo-saxonne, comme il l’a fait en SF avec « The Expanse ». Il a préféré sélectionner un auteur français, qui signe ici son premier roman. Un pari audacieux… et incontestablement perdu.

Car Sandremonde est un pensum littéraire comme on ne devrait pas en voir chez pareil éditeur, une fantasy éculée à élu, prophétie, enfant aux origines mystérieuses, protagoniste amnésique, quête d’un objet légendaire, d’un manichéisme puéril et se déroulant dans un sempiternel monde pseudo-médiéval. Pire encore, le style, quand il n’est pas pompeux (6,2 sur l’échelle de Silhol : l’auteur s’écoute parler d’une façon abominable), peut partir dans des envolées lyriques frisant le ridicule, quand ce dernier n’est pas atteint. C’est bien beau d’employer un vocabulaire recherché, mais il serait préférable d’éviter d’utiliser des mots à mauvais escient ou de façon maladroite, confondant notamment impunité et inviolabilité, parlant de sang « en cavale », employant le complètement désuet et obscur verbe flécher pour dire qu’on tire une flèche ou encenser pour parler d’un cheval agitant la tête, en évoquant des pseudos-orcs montés sur des poneys-licornes ou, à plusieurs reprises, des épées qui miaulent en sortant de leur fourreau. Miaou miaou, on a vu mieux en matière d’épique !

Ajoutons à ce déjà lourd dossier des débuts de chapitres en forme de citations, pédantes et pesantes au possible, un tic d’écriture consistant à faire parler un peuple étranger dans un charabia censé représenter sa langue avant de « traduire » (amusant la première fois, moins la centième), un rythme plus plat que Jane Birkin, des personnages caricaturaux, interchangeables pour la plupart car sans consistance, et auxquels il est impossible de s’attacher, des dialogues déclamatoires manquant totalement de naturel, des « décors » parfois intéressants mais insuffisamment exploités – l’auteur en changeant bien trop souvent –, un aspect surnaturel bordélique mêlant influences chrétiennes, celtiques, et celles d’une demi-douzaine d’autres mythologies pour un résultat bancal, et une intrigue qui, outre le fait qu’elle est vue et revue (n’était peut-être son aspect temporel – et encore), n’offre ni rebondissement ni détours (elle est trop linéaire), ni même la moindre tension dramatique. Le bouquin est bien trop long (600 pages !) pour le peu qu’il a à raconter (même si, paradoxe, Deparis se permet une fin totalement bâclée !), et encore le fait-il mal, sans la moindre puissance évocatrice.

La fantasy n’est pas une sous-littérature dont on peut pénétrer le marché avec un livre écrit par un auteur qui a tout à apprendre (certains romans autoédités sont plus convaincants, c’est tout dire) et dont son éditeur ne lui a rien appris. « Il ne voulait plus entendre cette jérémiade qui égrenait des mots comme des excréments de la pensée. » On ne vous le fait pas dire, monsieur Deparis (p. 332).

Voyage sous les flots

Tout le monde aujourd’hui connaît le Nautilus, le fabuleux sous-marin du capitaine Nemo… mais qui se souvient encore de son immédiat prédécesseur, l’Éclair ? Personne ou presque. Imaginé par Jules-Aristide-Roger Rengade, alias Aristide Roger, cet Éclair est l’un des premiers submersibles de fiction. Raisons pour lesquelles on n’est guère surpris de voir Philippe Éthuin et la collection « Archéosf » tirer Voyage sous les flots de l’oubli dans lequel il avait sombré depuis près de cent cinquante ans. Paru en feuilleton dans les pages du Petit Journal entre le printemps 1867 et janvier 1868, le roman d’Aristide Roger est de fait antérieur au fameux Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, dont la parution commence en mars 1869.

Lorsque le professeur Trinitus apprend le naufrage du Richmond, navire sur lequel naviguait son épouse et sa fille, il décide de mettre à contribution l’invention sur laquelle il travaillait dans le plus grand secret depuis des mois : le sous-marin L’Éclair. Ovoïde long d’une quarantaine de mètres, le submersible est mû à l’électricité et permet d’embarquer trois passagers. Ce seront donc Trinitus, son ami Nicaise et le neveu de celui-ci, Marcel, qui nourrit pour la fille du professeur une tendre affection. Depuis Calais jusqu’à la mer de Corail où le paquebot a disparu, ce sera une aventure de tous les instants – entre tempêtes et embourbement dans la mer des Sargasses, entre le feu des volcans des Açores et les glaces du pôle Sud, les trois hommes auront fort à faire pour atteindre le but… et le lecteur pour tâcher d’oublier l’ombre écrasante de Jules Verne. De fait, Voyage sous les flots a pour lui sa brièveté et son caractère précurseur – quelques scènes préfigurent Vingt mille lieues… et Roger apprécie lui aussi les descriptions auxquelles le vocabulaire spécifique donne un lyrisme scientifique. Mené tambour battant, le récit se dévore d’une traite. L’âge du roman aidant, on lui pardonnera ses approximations – des erreurs n’empêchant pas un émerveillement enfantin et aquatique – et une fin ayant passablement mal vieillie. Les amateurs de vieilleries sauront apprécier cette odyssée sous-marine ; les autres resteront à bord du Nautilus, ce qui n’est pas forcément un mal.

Récits barbares

Le mélomane connaît Gérard Manset pour sa longue discographie ; le mélomane amateur de science-fiction plus sûrement pour l’album-concept La Mort d’Orion, parmi les premiers du genre. L’auteur-compositeur a plus d’une corde à son arc : également écrivain, il est à la tête d’une bibliographie forte d’une quinzaine d’ouvrages divers, parus depuis les années 80, et dont Récits barbares constitue le dernier en date. Il s’agit ici d’un recueil de six nouvelles, relevant à leur manière des mauvais genres qui nous intéressent en Bifrosty. Passage en revue.

Conte animalier, « Perle et Biche » n’est pas sans rappeler Marcel Aymé : Perle a pour meilleure amie Biche, qui est une… biche. Devenant sœurs de sang lors d’un serment d’amitié, elles échangent leur corps, pour ce qui doit être une journée mais va s’avérer plusieurs années – une autre manière d’aborder les troubles de l’adolescence. « Ziki et Zika » évoque La Planète des singes, avec cette civilisation simiesque post-apo’ : si les singes vivent dans ce qui ressemble à une utopie, un humain gardé comme animal de compagnie va réintroduire des maux que l’on croyait disparu… « Ayudrayapura » commence à la manière d’un conte, avec ce sultan vivant dans un royaume de fleurs et de chocolat, qui, pour se désennuyer, commande la création de plantes humaniformes ; le parcours de la première d’entre elles ne sera pas semé de roses… Pareillement, « L’Or de Plouesfouesnant » pervertit ce qui s’apparente de prime abord à un conte breton : un garçonnet accompagne une fillette aux faux airs de korrigane dans un merveilleux voyage sous-marin, jusqu’à ce que la réalité les rattrape brutalement. Dans « Le Domaine du Lys de France », un garçonnet passionné d’héraldique converse, au-delà du temps, avec des nobles de jadis qu’il est le seul à voir. Le recueil se conclut par le bref « Une fantaisie », qui entreprend de remettre les précédents récits en perspective – une initiative assez peu heureuse, les nouvelles se suffisant très bien à elles-mêmes.

Faussement naïves (à ce titre, le Douanier Rousseau s’avère un pertinent choix de couverture), portée par une langue travaillée, ces six nouvelles constituent autant d’étranges échappées dans l’imaginaire, brodant sur des thèmes familiers avec une approche toute personnelle. Pourquoi s’en priver ?

Après le monde

« Un roman coup de poing qui laisse un goût de caresse », déclare le collapsologue Pablo Servigne sur le bandeau ornant ce roman de l’autrice suisse Antoinette Rychner. Pour notre part, si on continue à s’interroger sur le goût précis que peut avoir une caresse, on retiendra surtout l’arrière-goût cendreux-boueux que laisse Après le monde, qui a tout l’air d’être l’involontaire préquelle du Plop de Rafael Pinedo, modèle d’âpreté post-apo’.

Bienvenue dans les années 2030. L’effondrement civilisationnel a eu lieu, et plus tôt qu’on ne le craignait : dès l’automne 2022 – autant dire demain. Un cyclone ravage la côte Ouest des USA, plongeant la première puissance mondiale dans une crise financière dont elle ne se relève pas. Et comme il se doit, le reste du monde subit la crise en un bel effet domino. 2024 : c’est plié, on peut dire adieu à l’eau courante, l’électricité, les soins, les transports, la nourriture à portée de main, l’internet. Les gens se dispersent ou se regroupent, s’essaient à d’autres modèles de société — les uns règnent par la peur et la haine de son prochain, d’autres par l’égalité et l’inclusion.

De retour d’un séjour de plusieurs années en Roumanie, Christelle et Olivier, leur fille et une amie, Barbara, reviennent en Suisse, là où elles ont vécu avant. Elles, oui, car Barbara et Christelle ont élaboré une manière particulière de chant, pour se souvenir, et ont pour coquetterie d’employer par défaut le féminin pluriel dans leur récit. Après le monde va raconter leur périple dans ce monde post-effondrement, au travers du regard des autres femmes qu’elles vont croiser : une histoire en creux, dépeignant une mosaïque d’expériences, fondées sur la résilience ou la nostalgie, la reconstruction et la tendance inhérente à l’humain de tout détruire. Alternant entre « chants de témoignage » et récits de ce futur tout proche, le roman nous dépeint un monde affreusement crédible ; l’espoir reste là, mais les choses sont devenues singulièrement compliquées – surtout que l’effondrement soudain n’a pas retardé les délétères effets du réchauffement climatique. Le dernier quart du roman nous projette vers 2050, dans un environnement nettement plus hostile. Le pire est à venir — mais ce n’est pas comme si nous, lecteurs, lectrices, n’étions pas déjà au courant.

Alors, pourquoi lire Après le monde, qui dépeint avec une acuité effrayante ce qui nous attend probablement ? Parce que le roman est remarquablement écrit et que l’autrice suisse propose d’intéressantes perspectives ? Parce qu’on aime bien se faire peur, aussi ?

Harrison Harrison

On avait déjà croisé Harrison Harrison dans un précédent (court) roman de l’auteur, Nous allons tous très bien, merci, qui se déroulait, pour l’essentiel, dans le cadre de séances de thérapies collectives pour personnes en situation post-traumatique. Chacun parlait de ce qu’il avait vécu, et en ce qui concerne Harrison – qui doit à l’humour de ses parents le fait de porter un non et un prénom identiques —, il était beaucoup question de sa rencontre avec un certain Scrimshander. Rencontre qui fait donc l’objet du présent roman, titré d’après son personnage principal (Harrison Squared, en VO, soit, littéralement, « Harrison au carré »). Or, Daryl Gregory n’étant jamais exactement là où on l’attend, ce livre qui narre des événements tragiques… prend la forme d’un roman pour adolescent. Que son éditeur français, le Bélial’, prend un malin plaisir à publier… sans mention d’une quelconque catégorie jeunesse. On ne saurait blâmer l’un ou l’autre, tant ce roman peut plaire aux deux types de lectorat. Précisons en outre que le livre peut se lire de manière totalement indépendante du précédent.

Harrison, donc, arrive un jour dans la ville de Dunnsmouth (on y reviendra), petite bourgade portuaire de Nouvelle-Angleterre où sa mère, océanographe, doit mener des expériences pendant plusieurs mois. Malheureusement, le père de Harrison ne les accompagne pas, et pour cause : il est mort alors que son fils n’avait que trois ans, sauvant celui-ci après qu’une créature non identifiée – un requin, quoi d’autre ? – a tenté de le bouloter. Harrison y a perdu une jambe, et gagné une solide aversion pour les choses de la mer. À son arrivée à Dunnsmouth, sa génitrice l’inscrit au lycée local, où il a toutes les peines du monde à trouver sa place : les élèves l’ignorent, quand ils ne se montrent pas clairement hostiles, quant au principal et aux profs, ils font montre d’une attitude qu’on qualifiera poliment d’étrange… Harrison commence à se dire que les semaines vont être longues, même si certains comportements bizarres titillent assez vite sa curiosité. C’est alors que sa mère, lors d’une sortie au large, disparaît brutalement…

Les lovecraftophiles auront noté la couverture du présent bouquin, pleine de tentacules, et le nom de la localité qui fait cadre à l’intrigue : Dunnsmouth, croisement évident entre Dunwich et Innsmouth, deux lieux emblématiques de l’œuvre du maître de Providence. Impression confirmée par les illustrations de Nicolas Fructus, grand lovecraftien devant l’éternel, qui parsèment les pages de cette édition, présentant une galerie de portraits tout à la fois hauts en couleur et menaçants au sein d’un ouvrage à la finition soignée (couverture avec rabats, imprimée en couleurs recto/verso, vernis sélectif). On est bien ici dans le registre de l’hommage, mais par le biais d’une histoire contée au travers des yeux d’un adolescent, comme si HPL avait été revisité sauce Goonies (ou, pour nos plus jeunes lecteurs, Stranger Things). Tout y est : la menace sourde qui se précise peu à peu, une atmosphère oppressante qui nous mène progressivement au cœur de l’horreur, des créatures cauchemardesques… mais aussi pas mal d’humour, autre démarcation par rapport à Lovecraft, qui désamorce l’angoisse pour mieux nous y faire replonger quelques pages plus tard. C’est rythmé, efficace, parfaitement équilibré, traversé par des morceaux de bravoure ; et le style de Gregory, qui emprunte à la fois au romans young adult et à la prose lovecraftienne, est admirablement traduit par Laurent Philibert-Caillat. En outre, le roman présente deux niveaux de lecture selon que vous aurez lu ou pas Nous allons tous très bien, merci auparavant : dans la négative, il constituera un excellent roman horrifique, de la plus belle eau, avec visions dantesques que ne renierait pas l’Alan Moore du Neonomicon ; dans l’affirmative, ce récit d’apprentissage résonnera forcément avec le Harrison Harrison devenu adulte, qui tente de régler ses problèmes avec son passé, et avec le Scrimshander, inquiétant ici, terrifiant dans Nous allons tous…

Décidément, Daryl Gregory est rarement là où on l’attend. Et c’est très bien ainsi !

La Guerre uchronique

De Fritz Leiber, si beaucoup connaissent le « Cycle des Épées », les aventures de fantasy de Fafhrd et du Souricier Gris dans le monde de Nehwon, on connaît moins le cycle de « La Guerre des modifications » / « La Guerre uchronique ». Constat logique quand on sait que, alors que le « Cycle des Épées » fut régulièrement réédité, celui de « La Guerre des modifications », publié au Masque « Science-Fiction » à la fin des années 70, ne le fut jamais. Mnémos, au sein de sa collection d’intégrales, nous propose aujourd’hui ce qui ressemble fortement à une édition définitive : tous les textes du cycle sont présents, y compris la nouvelle inédite « Mouvements du cavalier », dans des traductions révisées par Timothée Rey, le grand ordonnateur de ce volume, qui se fend d’un appareil critique considérable, et complète les textes du canon par des nouvelles apocryphes ou connectées thématiquement au cycle.

Mais qu’est-ce donc, au fait, que la Guerre Uchronique ? L’histoire des Serpents et des Araignées, deux clans qui luttent pour le contrôle de l’univers, quels que soient les époques et les lieux auxquels on se situe : on parle bien d’un passé et d’un futur très éloignés, et de planètes aux confins de l’univers. Pour assurer sa domination, chaque camp tente de modifier le passé pour que, par ricochet, l’ensemble de la trame temporelle favorise sa faction. Mais cela n’est pas chose aisée, car la Loi de la Conservation de la Réalité est là qui amortit très vite les turbulences temporelles : même avec le séisme de la plus grande magnitude, difficile de créer davantage qu’un battement d’ailes de papillon. Aussi, sans relâche, Serpents et Araignées enrôlent de nouveaux membres, et modifient la trame. Ce motif global nous est expliqué dans la pièce centrale de la saga, L’Hyper-Temps, roman qui porte la marque la plus évidente de Leiber : l’intrigue se passe dans une Station de Récupération, un lieu pas ou peu soumis aux modifications uchroniques, et ou des Amuseurs et des Amuseuses s’occupent du repos des guerriers. L’intégralité du roman observe strictement les trois règles d’unité (de lieu, d’action et de temps, chose étonnante pour un cycle traitant de voyage dans le temps). Leiber est issu du milieu du théâtre, ses parents furent acteurs dans une troupe shakespearienne, où il officia également, et le théâtre, comme thème récurrent ou dispositif de narration, est l’une des constantes de son œuvre. Ce roman avait en son temps déstabilisé les lecteurs de Fiction, qui ne comprenaient pas nécessairement où Leiber voulait en venir ; pourtant, il s’agit là d’une sidérante vue sur un univers profondément original, décrit avec une distanciation un brin sarcastique, comme souvent chez Leiber.

On retrouve les personnages de L’Hyper-Temps dans « Nul besoin de grande magie », qui pousse l’aspect scénique encore plus loin, puisque le décor est cette fois-ci un vrai théâtre ; théâtre un peu particulier, il convient de le signaler. S’intercalent entre ces deux textes majeurs plusieurs nouvelles ; on en dénombrera six qui font très clairement partie du cycle, s’attachant à nous décrire l’enrôlement des nouveaux combattants ou le principe fondamental de la Conservation de la Réalité. Finalement, on ne voit pas beaucoup de champs de bataille, dans « La Guerre uchronique ». Rien de surprenant à cela : pour Leiber, et comme au théâtre, tout se passe en coulisses.

L’ouvrage se clôt par huit nouvelles supplémentaires qui, sans s’inscrire pleinement dans le cycle, s’y rattachent par leurs thématique : on y croise le motif de l’araignée, le chiffre huit, des créatures extraterrestres qui semblent proches de celles décrites ou suggérées dans le canon de la série, et quelques effets des Vents du Changement. À ce propos, on signalera que le titre original de la saga est « The Change War ». S’il avait été jusqu’à présent traduit par « La Guerre des modifications », ou « La Guerre modificatrice », il est devenu « La Guerre uchronique » pour la présente édition ; à mon sens, le premier titre français est plus fidèle à l’esprit de Leiber : il ne s’agit pas ici de nous livrer une uchronie en bonne et due forme (hormis pour certains textes comme « Dernier zeppelin pour cet univers »), mais bien de décrire un combat où chacun se livre à de petits changements de ligne temporelle qui façonnent peu à peu la trame présente.

On ne saurait conclure cette chronique sans saluer le travail de Timothée Rey sur cet ouvrage : en plus d’en être l’anthologiste, il se fend d’une préface, d’un glossaire, d’une quantité de notes hallucinante (qu’on consultera pour y découvrir des prolongements sur les écrits de Leiber) et d’une énorme et érudite étude sur le motif des Serpents et des Araignées dans l’œuvre de l’auteur. Sans oublier la révision de l’ensemble des traductions, et la traduction des quatre inédits – un dernier point perfectible, sans doute, même si le rendu semble plus fidèle aux textes originaux que pour les rééditions, dues à un assemblage hétéroclite de traducteurs, d’où un sentiment d’hétérogénéité et quelques incohérences.

Ce gros volume rend donc enfin justice à un pan méconnu de l’œuvre de Fritz Leiber, créateur protéiforme aussi à l’aise en science-fiction (« La Guerre uchronique », donc, mais aussi Le Vagabond) qu’en fantasy (le « Cycle des Épées ») et en fantastique (Notre-Dame des Ténèbres et de multiples nouvelles). Depuis quelques années, on assiste à la réédition de plusieurs de ses textes, et si on avait pu se montrer dubitatif sur la réédition récente de Ceux des profondeurs, splendide texte lovecraftien proposé chez Hélios avec une vacuité éditoriale proprement scandaleuse, on ne peut ici que s’incliner devant le travail monumental ayant présidé à cette édition. De quoi se réjouir, en somme, même s’il reste pas mal de textes majeurs à rééditer, sans même parler des inédits. Avis aux amateurs !

Note : Par souci de transparence, signalons que notre collaborateur, Bruno Para, fait partie des personnes remercie?es en fin d’ouvrage, me?me s’il n’est intervenu en rien dans la constitution de celui-ci. [NdRC]

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