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Chiens de guerre

Auteur très productif, en SF comme en fantasy, Adrian Tchaikovsky s’est surtout fait connaître en France pour son excellent roman Dans la toile du temps, qui mettait en scène une civilisation d’araignées. Comme le titre le laisse supposer, les animaux sont toujours de la partie dans Chiens de guerre – mais c’est un roman bien différent, et on y croise bien d’autres animaux que des toutous.

Rex est un bon chien. Sa puce (…) le lui dit quand il obéit aux ordres. Quand il renâcle, il est un vilain chien – sa puce le lui dit, et il gémit. Rex a un Maître, qui, comme tel, décide du Bien et du Mal, et le tient métaphoriquement en laisse. Mais Rex n’est pas un animal de compagnie : c’est un chien de guerre, un biomorphe développé pour se battre à la place des humains. Il ne ressemble à vrai dire plus guère à un chien – et il en va de même pour ses collègues, l’ourse Miel, Dragon le reptile, Abeilles qui est tout un essaim d’abeilles (le personnage le plus fascinant du lot). Ils se battent au Mexique – ils font partie d’une armée corporatiste appuyant les reliquats du gouvernement central, face à des Anarchistas aux abois (…). Il n’y a pas de guerre propre, mais celle-ci est particulièrement sale : les biomorphes, conçus pour obéir aux ordres, commettent bien des atrocités sans en avoir conscience. Ce sont des machines à tuer, des monstres terrifiants. Le Maître, Murray, enchaîne ainsi les crimes de guerre sans se salir directement les mains. Pourtant, les circonstances (provoquées ?) font que les biomorphes se retrouvent coupés des ordres du Maître. Rex, le chef de cette escouade, doit prendre des décisions, librement – et il déteste ça : la laisse est tellement plus confortable ! Par chance, Miel, qu’il sait être bien plus intelligente que lui, est de bon conseil…

C’est une base au fond très classique. Adrian Tchaikovsky reprend des thèmes et des procédés éventuellement anciens – il cite ouvertementL’Île du docteur Moreau, mais on peut aussi penser à Demain les chiens, à Cordwainer Smith, plus récemment à David Brin ou encore (surtout ?), du fait du contexte militaire appuyé et des relations entre les biomorphes d’espèces diverses, à la bande dessinée We3 de Grant Morrison et Frank Quitely. Et cela ne joue pas vraiment en faveur du roman d’Adrian Tchaikovsky : il est plus que correct, mais peine à sortir du lot.

Chiens de guerre prend pourtant des directions plus inattendues ensuite – encore que toujours très référentielles à l’occasion. La fresque intime faisant le liant, on passe à un point de vue plus large, sur la place des biomorphes dans la communauté humaine – il s’agit de s’interroger sur leurs responsabilités ainsi que sur leurs droits, et les liens entre les unes et les autres. Le débat juridique est perturbé par une opinion versatile et prompte aux retournements soudains mais pas moins enflammés – ce qui, à l’heure des tweetstorms à répétition, n’est au fond pas si improbable, encore que la manière dont l’auteur nous décrit ces phénomènes a quelque chose d’un peu trop naïf et soudain ; il en demande parfois beaucoup, côté suspension volontaire d’incrédulité – pas aux plans scientifique et technologique, mais humain et sociétal. Un désir d’utopie parcourt en outre ces pages, qui ne résiste pas toujours à la réalité sordide – ou aux manipulations opérées dans l’ombre par d’autres entités de nature à bouleverser la conception de l’humanité, inégalement sympathiques… Rex est une figure de ces débats – même s’il s’en passerait bien, lui qui n’a guère confiance en ses capacités intellectuelles, et aimerait retrouver l’apaisante sensation d’un Maître lui assurant qu’il est un bon chien…

Ce Maître est pourtant un des soucis majeurs du roman. C’est un méchant de feuilleton, vraiment très très méchant, au point où c’en est quelque peu ridicule. Et les autres humains sont presque aussi caricaturaux. Au fond, comme dans Dans la toile du temps, l’alternance des points de vue accentue le sentiment que l’auteur est bien plus à l’aise et convaincant quand il se met à la place des animaux (ou, plus généralement, des non-humains). Les limitations mêmes de Rex en font un point de vue intéressant – un personnage tour à tour terrifiant et émouvant. Le Maître, lui, est tout d’un bloc.

Chiens de guerre se lit bien, cela étant. Il n’a pas le brio de Dans la toile du temps : sur le fond comme sur la forme, il est autrement convenu, et parfois pâtit de ce que les thèmes dont il traite l’ont été par de prestigieux devanciers : leur ombre porte sur le roman et en limite l’impact. On lira pourtant volontiers d’autres œuvres d’Adrian Tchaikovsky – mais Chiens de guerre n’est clairement pas au niveau de son prédécesseur. Araignées 1, chiens 0.

Le Maître de la lumière

Maurice Renard, chantre du merveilleux scientifique, a été quasiment oublié pendant un temps, mais diverses publications, ces dernières années, l’ont rappelé à notre bon souvenir, comme l’enthousiaste et habile pionnier qu’il était. En 2019, nous avons eu droit à deux exhumations éclairant la dernière phase de l’œuvre de l’auteur… à vrai dire une époque où il avait tendance à remiser le merveilleux scientifique, pas assez vendeur, quand d’autres genres, à l’image de la romance ou du policier, lui garantissaient des revenus plus sûrs.

[Lire la critique de Celui qui n'a pas tué.]

Quelques mois plus tôt, la BNF, dans sa collection des « Orpailleurs », avait publié un autre ouvrage de Maurice Renard – un roman, cette fois, Le Maître de la lumière. Proposé en feuilleton en 1933, il est donc postérieur aux nouvelles de Celui qui n’a pas tué . Cependant, le merveilleux scientifique y revient en force, tout en se mêlant de quantité d’autres genres : là encore, le récit sentimental et le policier ont une importance majeure, mais Maurice Renard y ajoute une dose non négligeable de roman historique, et s’autorise même un détour via les aventures maritimes.

Tout commence avec une histoire d’amours impossibles, très Roméo et Juliette, mais avec des Corses : les amoureux sont issus de clans qui se livrent une impitoyable vendetta depuis un siècle en raison d’un assassinat qui rend toute réconciliation impensable. Or, notre héros fait la découverte d’un étrange matériau, la «  luminite », qui « ralentit » la lumière : les images que l’on voit à travers proviennent ainsi du passé, à la manière du spectacle des étoiles. De fait, ce que l’on voit ainsi pourrait peut-être éclairer l’assassinat qui s’est produit en 1835… au jour et à l’endroit mêmes de l’attentat de Fieschi (encore un Corse).

L’idée relevant du merveilleux scientifique est bonne, et méticuleusement explorée. Cette trouvaille produit une double enquête, à la fois policière – très astucieuse, pour le coup – et historique, avec la « machine infernale » à l’arrière-plan. Les genres se conjuguent très bien, et la romance qui les sous-tend de même (passé les tout premiers chapitres, elle ne phagocyte pas excessivement le récit). À ceci près que Le Maître de la lumière s’avère à nouveau une impensable collection de coïncidences – c’est plus sensible encore que dans Celui qui n’a pas tué du fait de l’unité (malgré tout !) du récit. Par chance, là encore l’auteur sait inciter le lecteur à jouer le jeu, et, si l’on excepte un antépénultième deus ex machina bien falot qui ne devait pas davantage convaincre en 1933 qu’aujourd’hui, l’ensemble, même un brin trop bavard, se montre aussi charmant que palpitant.

Bienvenues, ces deux publications illustrent, dans des registres divers, le talent multiforme de Maurice Renard. Elles ne constituent sans doute pas le pinacle de sa carrière, mais qu’importe : elles sont tout à fait séduisantes.

Celui qui n’a pas tué

Maurice Renard, chantre du merveilleux scientifique, a été quasiment oublié pendant un temps, mais diverses publications, ces dernières années, l’ont rappelé à notre bon souvenir, comme l’enthousiaste et habile pionnier qu’il était. En 2019, nous avons eu droit à deux exhumations éclairant la dernière phase de l’œuvre de l’auteur… à vrai dire une époque où il avait tendance à remiser le merveilleux scientifique, pas assez vendeur, quand d’autres genres, à l’image de la romance ou du policier, lui garantissaient des revenus plus sûrs.

En témoigne surtout Celui qui n’a pas tué, recueil de nouvelles publiées essentiellement entre 1927 et 1930 ; le recueil avait été composé par Renard, et devait paraître en 1931… mais la faillite de son éditeur mit un terme au projet. Curieusement, le livre paru au Visage Vert presque cent ans plus tard… en est ainsi la première édition ! Le merveilleux scientifique et le fantastique y sont somme toute assez rares, ce qui ne les empêche pas de produire quelques jolies pépites. Les deux longues nouvelles initiales (il faut singulariser « La Photographie de Mme Lebret », une sacrée réussite), suivies par vingt-cinq très courts récits, témoignent combien la romance occupe une place importante dans le recueil, qui abonde en couples où l’un soupçonne à tort l’infidélité de l’autre, ou ne la soupçonne pas quand elle est bien réelle ; mais on y trouve bien d’autres choses, du policier à l’humour. Toutefois, s’il est un trait qui rassemble la majorité de ces contes, c’est la multitude des coïncidences qu’ils mettent en scène. Le destin joue avec les protagonistes, de la manière la plus improbable qui soit, et c’en serait presque risible si le lecteur n’était amené de mille et une manières à jouer le jeu. Maurice Renard avait du métier, il savait tourner un récit, et sa plume agréable y participait. L’ensemble ne manque dès lors pas de charme ludique, et si le lecteur de Bifrost pourra regretter un chouia que l’Imaginaire n’occupe pas la première place dans ces récits, il y trouvera sans peine son content de nouvelles attrayantes dans d’autres registres plus ou moins proches.

[Lire la critique du Maître de la lumière.]

Bienvenues, ces deux publications illustrent, dans des registres divers, le talent multiforme de Maurice Renard. Elles ne constituent sans doute pas le pinacle de sa carrière, mais qu’importe : elles sont tout à fait séduisantes.

Voile vers Sarance

Poursuivant sa démarche consistant à (re)proposer le maximum de la partie fantasy historique de l’œuvre de Guy Gavriel Kay en français, l’Atalante publie une nouvelle traduction de Voile vers Sarance (une référence au poème « Voile vers Byzance » de Yeats), roman ouvrant la «  La Mosaïque Sarantine », diptyque qui se conclura avec la parution du second volet, Le Seigneur des empereurs. Situé dans le même monde, imaginaire mais modelé sur le pourtour méditerranéen du Moyen Âge et de la Renaissance, que d’autres livres de l’auteur (Les Lions d’Al-Rassan, Le Dernier rayon du soleil et Enfants de la terre et du ciel), Voile vers Sarance recrée avec brio (l’auteur s’est entouré du conseil des meilleurs spécialistes de la période, et le résultat est flamboyant) la Constantinople du vie siècle, sous le règne de Justinien, ses intrigues de cour byzantines (c’est le cas de le dire), sa splendeur et ses curiosités (comme l’importance politique démesurée des différentes factions de « supporters » de courses de chars). On y suit un mosaïste originaire de Rhodias (l’équivalent de Rome, désormais gouvernée par les barbares), mandé dans la cité de Sarance afin d’y décorer l’équivalent de Sainte Sophie, tout juste (re)construite après avoir été livrée aux flammes lors d’une révolte populaire. Un voyage physique, certes, mais aussi, surtout, psychologique et spirituel (le héros y fera le deuil de sa famille fauchée par la Peste).

Ce roman a les qualités et les défauts des autres œuvres de l’auteur : précision historique, protagonistes très travaillés (dont de très beaux personnages féminins) et dialogues ciselés séduiront les uns, tandis que son rythme (très) lent, son introspection omniprésente et ses changements de point de vue fréquents ennuieront les autres. Comme souvent avec notre auteur canadien, un art ou un artisanat est au centre du propos, et comme souvent, aussi, un personnage modeste est projeté au sein des cours locales et des grands événements historiques. On remarquera toutefois que par rapport aux Lions d’Al-Rassan, le surnaturel est beaucoup plus présent, ce qui ravira certains lecteurs mais pas forcément ceux qui appréciaient, justement, les quasi romans historiques (par opposition à une fantasy historique plus classique) proposés par Kay. On notera aussi une tension sexuelle omniprésente, qu’on ne retrouve pas, ou peu, dans ses autres livres.

Reste un ouvrage qu’on conseillera à ceux qui connaissent déjà et apprécient l’auteur. Le lecteur qui, lui, voudrait le découvrir, se tournera sans doute avec davantage de bonheur vers Les Lions d’Al-Rassan, plus court et plus nerveux.

Espace connu

Après l’intégrale du cycle de « L’Anneau-Monde », Mnémos propose un second omnibus regroupant cette fois les trois romans majeurs ( Le Monde des Ptavvs et Protecteur dans des traductions révisées, et l’inédit Un cadeau de la Terre) se déroulant dans le même univers, mais à une époque antérieure, celle de la colonisation du système solaire puis des étoiles proches, et du Premier Contact avec des races étrangères. Le premier montre qu’une statue d’origine inconnue retrouvée au fond de l’océan est en fait un Thrint, un extraterrestre échoué sur Terre depuis deux milliards d’années. La libération de sa stase temporelle donnera lieu à une course effrénée vers Neptune, où il veut retrouver un amplificateur télépathique qui lui servira à dominer la race humaine tout entière. On y apprend aussi les origines de la plupart des formes de vie galactiques. Protecteur montre l’arrivée d’un vaisseau alien un siècle plus tard, après un voyage de 32 000 années-lumière. Il contient un Protecteur Pak, qui redéfinit plus spécifiquement les origines de l’espèce humaine, qu’il veut lui aussi dominer. Comme dans Le Monde des Ptavvs, un humain va être transformé à son contact, et constituer un problème pour sa propre espèce. Là encore, une course haletante, cette fois vers d’autres systèmes stellaires, va s’engager, avec un hallucinant combat à des vitesses relativistes à la clef et un beau twist final. Enfin, Un cadeau pour la Terre montre que l’arrivée sur Plateau, dans le système de Tau Ceti, d’un drone terrien porteur d’une technologie inédite menace de redéfinir l’ordre social local, où les descendants de l’équipage du vaisseau pionnier règnent sans partage sur ceux des colons, en condamnant l’auteur du moindre crime au désassemblage dans la terrible banque d’organes qui permet de maintenir l’élite en vie.

Si les trois romans dessinent une de ces « Histoires du futur » (notamment celle de la Ceinture d’astéroïdes) dont la SF est friande, il ne faut pourtant pas s’y tromper, car le plus important est qu’ils donnent un éclairage sur le passé (jusqu’à deux milliards d’années) de la galaxie et des formes de vie qui la peuplent… et surtout de leurs origines exactes. Ils ont pour point commun de confronter la société à de violents changements de paradigme, ainsi qu’à une volonté de domination par un seul individu, que ce soit via la télépathie, la promesse d’une longue vie ou les deux à la fois. Le fond est invariablement intéressant, avec, outre l’aspect politique et sociétal, un niveau scientifique souvent proche de la Hard SF, même si ledit fond est parfois desservi par la forme, que ce soit la faute de l’auteur et de son style sans attrait particulier ou de l’éditeur (le changement de point de vue n’est marqué par aucun saut de ligne ou autre méthode dans Le Monde des Ptavvs, rendant la lecture pénible). Cet omnibus est toutefois fort recommandable, et le troisième roman l’est tout particulièrement, tant le worldbuilding y est original et intéressant.

Contes hybrides

Avec le conte ouvrant le recueil, « Le sang du large », nous lisons les états d’âme d’un écrivain de fantasy, Paul Whittemore, qui a rapidement connu le succès. Le fantastique fait peu à peu son apparition sous la forme d’une sirène qui ne se montre que les jours de désespoir. La métaphore est claire : cette créature aquatique, c’est la muse de Whittemore, son inspiration. Le narrateur, et peut-être l’auteur à travers lui, livre ainsi son ressenti : le désespoir déclenche la création. Et quand le créateur rencontre sa créature, le premier se sent revivre, sauvé, et la seconde s’avère son moteur créatif. Il s’agit là d’un conte très séduisant sur l’amour du pays de l’imaginaire, ainsi qu’une subtile histoire en trompe-l’œil.

Le deuxième conte, « Point de sauvegarde », relève quant à lui de la science-fiction. Dans un futur hautement technologique, l’humain a fusionné avec la machine pour devenir une créature cybernétique ; seul le cerveau reste organique. Ainsi sont conçus les invincibles soldats d’élite, en réalité d’anciens condamnés à mort. Leur mission consiste à mater les rebelles et neutraliser le brouillage qui dissimule le site à leurs satellites. Cette entreprise va se révéler plus ardue que prévue, et la révélation finale sera aussi déroutante que cauchemardesque – on appréciera la façon dont la technologie s’avère tour à tour addictive et aliénante.

Le troisième et dernier conte, « Bienvenue à Magicland », est plus psychologique sous ses atours fantastiques : à Magicland, on visite des enclos à licornes et hippogriffes, et l’on peut y croiser Garam, troll et agent d’entretien du zoo rêvant de devenir soigneur animalier. Son quotidien le pousse toutefois à consulter un psychologue : exaspéré par les visiteurs du parc, grand admirateur des licornes, il cherche ce qui manque dans sa vie. D’ailleurs, ces licornes, comment se reproduisent-elles ? Car ces mythiques créatures renferment bien un secret, que les toutes dernières lignes dévoileront.

Lionel Davoust prouve ainsi qu’il est aussi à l’aise en format long qu’en format court, comme le montre ces trois Contes hybrides, aux chutes particulièrement bien soignées. C’est autant une invitation au voyage qu’un cri d’amour pour le grand pays de l’imaginaire et les fantastiques créatures qui habitent… et cela, pour notre plus grand plaisir.

Chuchoteurs du dragon et autres murmures

Dans ce recueil de nouvelles, Thomas Geha nous plonge aussi bien dans les légendes arthuriennes que dans les légendes bretonnes, sans oublier les contes classiques. Néanmoins, « Chuchoteurs du dragon », la nouvelle qui ouvre le recueil, relève pour sa part de l’ heroic fantasy : au royaume de l’Esflamme, une jeune fille ordinaire est choisie par le dragon pour être la future Reine – un dragon qui ne se montre toujours qu’en rêve ou sous la forme d’un tatouage à l’encre rouge qui apparaît mystérieusement sur le corps de la jeune fille, indiquant ainsi qu’elle est l’élue. Les énigmatiques Chuchoteurs viennent la chercher, mais l’affaire se corse lorsque l’on apprend qu’elle a une liaison avec le maître d’arme des Chuchoteurs…

Des contes, donc : « Le briquet » de Hans Christian Andersen est ici réinventé en version beaucoup plus courte avec un final bien différent, ou encore le fameux « Les trois petits cochons » dont l’auteur prend à revers le destin du troisième porcelet, en nous montrant que ce n’est pas tout d’avoir des ambitions, les moyens aussi importent.

Le recueil nous fait également voyager dans la Bretagne contemporaine, riche de son héritage folklorique : les trois histoires du « cycle loguivien » invitent le lecteur dans les légendes locales. On y évoque l’Ankou, qui, est-ce nécessaire de le rappeler est la personnification de la mort en Basse-Bretagne, légende que la tradition orale perpétue en racontant que certains arbres sont des humains transformés en feuillus. On se promène en forêt pour tomber sur une fontaine mystérieuse, contenant un être évanescent et envoûtant, mais se révélant maléfique ; ou pour rencontrer une jeune fille nue qui invite à la suivre. On croise également un Korrigan, ce genre de lutin malicieux, qui s’invite chez vous et vous donne la marche à suivre. En fin de compte, on appréciera la façon dont ces légendes ancestrales refont surface dans la Bretagne française actuelle, où le moderne se mêle au mythe – ce qui nous rappelle dans un autre registre et un autre lieu American Gods de Neil Gaiman.

L’auteur nous invite aussi sur les terres des légendes arthuriennes, avec « La tête qui crachait des dragons ». Le Roi Arthur mande Lohengrin, chevalier de la Table ronde et fils de Perceval, de retrouver Lancelot. S’ensuit une histoire passablement glauque qui fait intervenir des dragons et le secret de leur reproduction, fléau du Royaume.

Au bout du compte, Chuchoteurs du dragon et autres murmures, entre nouvelles écrites pour différentes anthologies thématiques et contes revisités aux chutes jubilatoires, imprégné de la Bretagne d’où est originaire l’auteur, prouve avec brio ce que ce dernier affirmait en introduction : en matière de fantasy, le genre et ses sous-genres se prêtent parfaitement au format de la nouvelle. Avis aux amateurs !

Enfin disponibles !

Enfin ! Sept Redditions d'Ada Palmer (trad. Michelle Charrier) et le Bifrost 98, consacré à Alfred E. van Vogt, sont désormais officiellement disponibles, en papier comme en numérique, dans toutes les bonnes librairies et sur belial.fr !

“Trop semblable à l'éclair” chez imaJn'ère

« En conclusion, Trop semblable à l’éclair est un roman dans lequel il faut se lancer en connaissance de cause. Il faut en accepter son rythme lent, sa narration particulière et la densité des informations qui surgissent dans chaque paragraphe. L’exigence demandée aura comme récompense le tableau extraordinaire d’une société plausible et cohérente, complexe et fascinante dans sa beauté et ses écueils, tellement bien peint qu’on désire et redoute en même temps d’y vivre un jour. » L'avis d'Audrey Pleynet sur ImaJn'ère.

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