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Le Voleur de songes

Dans son second roman, le neurobiologiste Michel Jouvet, découvreur du sommeil paradoxal au début des années 60 à partir de ses expériences sur les chats, onirologue reconnu, revient sur son parcours d'une façon inattendue. Il se met en scène avec une rare humilité, septuagénaire amateur de femmes que des maux de dos et une jambe fatiguée obligent à suivre une cure de bains de boue à proximité de Venise. Commence alors un parcours onirique, truffé de faux semblants, qui l'amène à renier ce à quoi il a toujours cru.

Lui qui a toujours affirmé que la mémoire génétique de chaque individu s'exprime par le rêve revient sur sa théorie, la nie en public, s'interroge sur la présence simultanée d'une jeune fille aperçue en divers endroits et qu'il tente de retrouver, affirme le caractère prémonitoire des rêves et dévore les horoscopes. Ses amis ne le reconnaissent plus et se contentent d'observer sa lente déchéance qui fait de lui un clochard égaré dans Venise. Ses rêves deviennent des rébus qui, lorsqu'il parvient à les déchiffrer, éclairent ses mésaventures sous un jour singulier.

Se souvient-il d'avoir mené des recherches sur une molécule GB 169 censée modifier la personnalité d'un individu à travers ses rêves ? Dans sa quête onirique, ne serait-il pas en train de mener, sans le savoir, une enquête policière dans laquelle il serait la victime, manipulée par des agents secrets, un gérontologue viennois, des neurologues russes autrefois rencontrés dans des congrès à Saint-Pétersbourg, ainsi qu'un inquiétant Vladimir Vladimirovitch ? La modification de sa personnalité serait paradoxalement la preuve de la réalité des théories auxquelles il a cessé de croire.

C'est autour de cette fascinante idée que le savant devenu écrivain nous entraîne, manifestant des doutes sur la portée scientifique de ses travaux (40 ans d'une vie de physiologiste, c'est une vie gâchée, a-t-il affirmé dans une interview), éprouvant de vifs regrets pour les chats qu'il a torturés dans sa carrière, se moquant de certaines théories en vogue, tout en adoptant le ton léger propre au journal de voyage et en délivrant des clés astucieusement dissimulées dans son roman en forme de thèse scientifique. L'auteur, pourtant, ne s'appesantit jamais ni ne se livre à de grandes démonstrations. Seule importe le récit, dérive onirique qui s'achève sur un terrible constat, à peine formulé, de la manipulation de l'individu par les rêves.

On ne peut qu'être séduit par ce roman à la marge de la science-fiction, ne serait-ce que parce que les spéculations qui le nourrissent n'en détruisent jamais le charme.

Pas de panique

Même s'il ne désirait pas n'être que l'auteur du Guide galactique, Douglas Adams aura été étiqueté comme tel, car disparu trop tôt pour avoir le temps de développer des œuvres aussi puissantes et remarquables que sa célèbre trilogie en cinq volumes. Il est vrai que celle-ci a été développée sur tant de supports, souvent assez succès mais aussi avec des échecs retentissants, qu'elle ne pouvait qu'éclipser ses autres écrits. Le détective Dirk Gently, après deux enquêtes saugrenues, était prometteur, mais sa carrière s'acheva en plein milieu du troisième opus.

Ce livre n'est pas une biographie de Douglas Adams (on se reportera pour cela au livre qui lui fait pendant, Fonds de tiroir, où, en vingt pages, Nicholas Wroe en dit plus sur le personnage que Gaiman sur 350 pages) mais l'histoire de la carrière mondiale du Guide Galactique, depuis les débuts artisanaux à la radio jusqu'aux éditions dans de nombreuses langues en passant par les adaptations télévisuelles, cinématographiques, CD-Rom et autres. On y voit un Adams soucieux de préserver l'unité de son univers, cherchant à intervenir à tous les niveaux, allant jusqu'à apprendre l'informatique (et perdre beaucoup de temps dans les jeux) pour adapter le jeu vidéo du Guide.

Pour mieux coller à l'esprit de l'œuvre, Neil Gaiman s'efforce d'adopter, quand le discours s'y prête, le même humour loufoque, ce qui permet de ne pas trop s'endormir dans les passages ennuyeux d'embrouilles de studios et de réunions de collaborateurs émaillant les péripéties de cette aventure galactique.

Cet ouvrage est avant tout destiné aux fans de la série, même si la genèse de l'œuvre ne manque pas de piquant. Adams savait perdre son temps : il s'adonnait à ses distractions et sa gadgétomanie avant de devoir travailler dans l'urgence, parfois enfermé dans un hôtel sous la surveillance d'un éditeur jusqu'à ce qu'il livre la mouture finale du projet en cours. On en retire l'impression d'un homme qui, pour pouvoir paresser, était sans cesse sous pression, un paradoxe qui convient parfaitement à l'auteur du Guide galactique !

La Muraille sainte d’Omale

Une expédition de Chiles, de Hodgkins et d'Humains s'aventure au-delà de la gigantesque Muraille Sainte, érigée par des religieux intégristes, pour connaître les raisons de l'exode massif qui bouleverse l'équilibre précaire de la paix. Derrière elle, des humains intégristes et racistes qui ne tolèrent pas la présence d'une espèce étrangère.

S'attaquant au thème du racisme et de l'intolérance religieuse, Laurent Genefort n'hésite pas à mettre en scène toutes les situations qu'il juge intolérables : religieux refusant d'écouter et même de regarder un Chile, humains s'étonnant qu'un Chile soit chef d'expédition et se proposant de porter secours à ces derniers], gens frustres assimilant les espèces différentes à des démons ou les rendant responsables des mauvais coups du sort. On rencontre pourtant des individus plus ouverts, comme Umdenker, ce chef militaire curieux du monde extérieur, ou ses hommes, capables de manifester du respect envers une espèce qui s'est sacrifiée pour favoriser la victoire.

Au fil de l'avancée dans ces contrées inconnues, le groupe se réduit et le mystère est levé sur les raisons de la fuite des populations vivant à l'intérieur des murailles. La dernière partie du récit est l'occasion de dévoiler un peu plus les origines de la sphère d'Omale orbitant autour de son soleil et la façon dont le carb, qui l'isole du vide spatial, est entretenu.

Les péripéties s'enchaînent sans temps morts et la psychologie des personnages, très bien décrits en fonction du mode de pensée propre à leur espèce, donne du relief au récit. La partie scientifique repose sur un substrat solide, comme toujours chez Genefort, qui n'hésite pas à citer ses sources. À preuve, le perspicace Rohucq, qui rappelle le savant Roland Lehoucq présent dans les remerciements, bien connu des lecteurs de Bifrost.

Un bon space opera d'aventures, probablement supérieur aux deux premiers volumes de la série d'Omale.

Mallworld

Les Selespridar, des extraterrestres grands et bleus, ont enfermé l'humanité dans un rayon allant du Soleil à l'orbite de Saturne, lui masquant les étoiles, jusqu'à ce qu'elle devienne plus raisonnable. Pour les humains, cette situation leur fait regretter plus amèrement encore l'accès aux étoiles. Pourtant, à considérer Mallworld, labyrinthique centre commercial flottant dans l'espace, construit grâce à la technologie des administrateurs selespridar, et sur lequel on se télémate, c'est pas gagné ! On y trouve de tout, même des bébés à la morphologie adaptée ou des prostituées aux multiples appendices sexuels. On peut s'y suicider de toutes les manières possibles (et réversibles), par exemple sous la morsure d'un vampire, lequel n'aspire qu'à retrouver son humanité. Un choix élargi de religions, qui permet de s'offrir une castration rituelle ou un sacrifice de nouveaux-nés, aidera peut-être un Selespridar déchu à chercher le sens de la vie. Car ces derniers ont des défauts cachés, comme la naissance de rejetons aussi nombreux que les œufs d'esturgeon, qui servent pour la plupart de nourriture, ne serait-ce que pour éviter la surpopulation. Mais il existe aussi une grande disparité entre les gens aisés, maîtres richissimes et oisifs de Mallworld, et les miséreux, qui se cachent dans les recoins du complexe.

En neuf nouvelles ébouriffantes, truffées de détails exotiques, voire délirants, exploitant toutes les possibilités de la génétique et des progrès les plus improbables, Somtow décrit la trajectoire d'individus à l'aise dans cet univers ou qui le remettent en question. Une constante émerge de ces récits : si l'humanité n'est pas encore digne des étoiles, elle fait pourtant preuve d'une compassion et d'un altruisme qui étonnent les espèces supérieures.

Paru à l'origine en « Présence du futur », ce volume est augmenté de deux nouvelles et des textes intermédiaires, faits de commentaires de Selespridars sur les humains ou de publicités, souvent fort drôles, qui donnent un aperçu de l'univers totalement déjanté de Mallworld. Cette intégrale mérite réellement le détour par le délire et l'inventivité présents à chaque page.

Langues étrangères

C'est probablement l'un des ouvrages les plus minces de la collection « Ailleurs et Demain », mais aussi l'un des plus sulfureux, un catalogue d'ébats sexuels aussi débridés qu'excessifs se succédant sans interruption jusqu'au paroxysme. Avec sa très belle écriture, alternant des descriptions d'une sensualité suggestive avec d'autres d'un réalisme cru, pornographique, il enchaîne les scènes torrides dans un vibrant hommage à Bataille et à Farmer, mais aussi au réalisme magique des romans sud-américains. C'est d'ailleurs à Bahia que se déroule la majeure partie de cette dévoration sexuelle.

Tout commence en 2015, dans une société en déliquescence, quand Kerry Hackett, secrétaire d'un laboratoire de recherches génétiques, courtisée par son patron, violée et battue par son compagnon, cherche du réconfort auprès du benthique, une créature artificielle composée de cellules totipotentes aux fulgurantes métamorphoses. Est-ce en raison de ses récents déboires sexuels que la créature qui l'investit devient une ogresse affamée de sperme ? Toujours est-il qu'elle grandit en puissance en s'abreuvant de sperme. Est-ce parce que Kerry a fait un rêve érotique mettant en scène un jaguar qu'elle se retrouve propulsée dans la moiteur exotique d'un Bahia des années 30 ? C'est en tout cas dans cette contrée que le monstre s'épanouit et se répand, ses propriétés métamorphiques lui permettant de réaliser les fantasmes les plus extravagants et les plus atroces cauchemars : contaminant ses victimes sexuelles, il modifie leur sexe, embouche le phallus d'un truand en permanente éjaculation dans son propre anus pour qu'il recrache son sperme par la bouche et finisse par engloutir meubles, bibliothèque et jusqu'à la maison entière. La dévoreuse absorbe littéralement ses amants jusqu'à décupler sa taille, devient une déesse adorée comme telle par une tribu acceptant la mort de leur enveloppe humaine et la métamorphose qu'elle promet. On pense au Bandar fou, la BD de Mœbius, et au Blob, le protoplasme des vieux films de science-fiction, dans une version sexuée que nul n'avait osé imaginer à ce jour.

Ces deux cents pages d'orgasme jusqu'à l'indigestion, de pornographie effervescente sont une ode sauvage à la vie, dans sa brutale frénésie de reproduction. Il naît de ces accouplements des lézards, des perroquets et des papillons. C'est cette énergie-là qui ouvre la porte à d'autres pans de réalité où elle pourra se déverser. Bien des lecteurs risquent d'être choqués par certains passages, mais cette suite d'orgasmes n'a pas la complaisance des récits voyeuristes, elle est bien trop étrangère et explosive pour susciter ce type d'émoi.

Le radicalisme et la force brute de Di Filippo sont, ici, étonnants. On ne peut que saluer cette performance.

Fonds de tiroir

Composé d'articles, d'interviews, de discours, de lettres et de quelques nouvelles, ce recueil est véritablement un fonds de tiroir, de disque dur en l'occurrence puisque toute la matière traînait sur les nombreux McIntosh que Douglas Adams collectionnait. Cette compilation disparate permet de mieux connaître sa scolarité difficile (en raison de sa taille et de son nez), son amour des Beatles, son admiration pour P. G. Wodehouse, ses expériences théâtrales avortées, ses méditations sur la gueule de bois, la technologie et les ordinateurs, ses mésaventures cocasses comme l'ascension du Kilimandjaro en costume de rhinocéros, etc... Cette mosaïque faite de drôles et brillantes remarques finit par assembler un puzzle ressemblant assez étrangement à un auteur nommé Douglas Adams trop tôt disparu le 11 mai 2001.

La fin de l'ouvrage livre une centaine de pages de son roman inachevé, Le Saumon du doute, qui, pour être une aventure du détective Dirk Gently, ne se rattache pas moins, de l'aveu de l'auteur, au Guide galactique. Gently recevant, à un moment critique, des versements d'un client qui ne lui confie aucune affaire, suppose que le but de sa mission lui sera révélé s'il suit des gens au hasard. Le pire est que ça marche, puisque ses filatures l'entraînent de Los Angeles à Albuberque sur la trace d'un rhinocéros et que son enquête pourrait avoir un rapport avec le monde quantique ou les propriétés émergentes de systèmes complexes, ne serait-ce qu'à cause de ce demi-chat, en parfaite santé, dont la cliente demande de retrouver la moitié postérieure.

L'intérêt de cet ouvrage morcelé n'est pas évident, à moins de vouer une adoration sans bornes à l'auteur du Guide galactique, même si, il faut bien le reconnaître, il recèle quelques pépites d'humour dont on aurait tort de se priver.

Parution Zendegi

Zendegi, nouveau roman de Greg Egan paraît aujourd'hui en papier et en numérique, sur belial.fr et dans toutes les bonnes librairies !

BO SO2E05

Cette semaine, la Bibliothèque orbitale se consacre à George R.R. Martin, avec au programme des festivités du podcast Armageddon Rag, Skin Trade et, bien sûr, la série TV Le Trône de Fer !
 

Phaos

Engagé pour voler les données du système d'intelligence artificiel Phaos puis stocker cette masse d'informations dans son cervelet grâce à une seringue mémorielle, Jason Kolodine ne tarde pas à s'apercevoir qu'il a été précédé et que Phaos a été saboté. Terrifié, l'ingénieur traître fuit le Moon Institute of Technology et se rend sur Terre, en America Vieja (vieille Amérique) où un sort terrible l'attend sans doute. Quelques heures plus tard, Simon Odako, le Dieu Lion, père financier du projet Phaos, débarque sur la Lune pour éclaircir toute cette affaire. Phaos est un projet vital pour la Lune, mais aussi pour le poste de PDG de Thor Corp qu'occupe Odako, fragilisé par l'incident. Dans ce cyberdrame tissé de luttes intestines et de traîtrises en points de croix soulignées par une broderie de meurtres, entrent en scène : des terroristes menés par un certain Carlo Sottovoce ; Bryden Petrelli, le chef de la sécurité de Thor Corp qui, plongé dans la nasse vingt-quatre heures sur vingt-quatre, entend tout, sait tout et voudrait tout ; le dernier des fouilleurs de lumière, Nicklos Pascalis, qui, tel Sherlock Holmes, est devenu apiculteur après s'être rangé des voitures et peut sans doute, s'il se torture un brin, accepter de reprendre son ancien métier (à l'image de l'impitoyable Clint Eastwood, qui n'a jamais été vraiment taillé pour élever des cochons). Sans oublier une belle mercenaire, Evy Laing (sans doute le personnage représenté sur la couverture, cette dernière étant, comme souvent chez Alire, d'une redoutable laideur).

Premier constat : Phaos est un vrai livre de science-fiction. Il y est beaucoup question de science et de technologie ; l'auteur a travaillé son langage, inventé des mots, des objets, une nouvelle classe sociale, les robotomisés ; et surtout il a su créer un monde qui, à défaut d'être original, est cohérent — on navigue plus ou moins chez Walter Jon Williams, dans l'univers de Câblé/Le Souffle du cyclone, mais aussi chez Paul J. McAuley, dans ses romans Féerie et White Devils, son nouvel opus situé dans une Afrique future dominée et massacrée par les grands groupes pharmaceutiques. Second constat : Phaos n'est pas un livre facile à lire. C'est un gros roman mené en chapitres très courts, traité comme un techno-thriller, fourmillant de personnages, d'intrigues, d'enjeux pas toujours limpides, de trahisons diverses et variées (en fait, c'est un cyber-Guerre et paix sans vodka ni bal mondain).

Malgré quelques défauts (ça cafouille parfois entre le passé simple et l'imparfait ; il y a trop de personnages quoi qu'en pense l'auteur, certains sont trop caricaturaux pour être crédibles), Phaos s'impose comme un des meilleurs livres de science-fiction francophone de ces dernières années avec La Saison de la sorcière de Roland C. Wagner. Une publication datant de près d'un an qui nous rappelle que ça bouge au Québec, parfois bien plus qu'en France. Décidément, la science-fiction est bel et bien une littérature américaine.

Nécroscope

Brian Lumley, né neuf mois après la mort du grand H.P. Lovecraft, s'est d'abord fait connaître pour ses hommages au maître de Providence, notamment avec la série Titus Crow, loin d'être scandaleuse mais sentant parfois trop le pastiche bas de gamme. Mais c'est avec le cycle Nécroscope (treize volumes publiés au moment où j'écris ces lignes), que Lumley a rencontré un succès mondial (sauf en France, où il reste un parfait inconnu et semble condamné à le rester).

Dans ce premier volume, nous découvrons Harry Keogh — à la fois héros et anti-héros de la série. Harry a le pouvoir de converser avec les morts ; c'est un nécroscope, un être qui scrute les territoires de la mort avec son esprit tout comme nous utilisons des télescopes pour scruter le ciel ou espionner la voisine d'en face au moment fatidique du « tomber de sous-tif ». Nous sommes en U.R.S.S. en 1971 (année bénie s'il en est, exceptionnelle, puisque dans la réalité elle a vu la naissance à quelques mois d'écart du Org et du Vicious). Ces enfoirés de buveurs de vodka — les espions russes — ont décidé de réveiller une puissance vampirique hors du commun, enfouie quelque part dans les Carpates : Dragosani (c'est toujours marrant de voir des communistes s'intéresser à l'aristocratie des ténèbres). Heureusement, les espions britanniques sont là pour empêcher cette catastrophe et ils ont un atout de taille dans leur poche… STOP ! C'est étonnant et un tantinet inquiétant, cette trame rappelle grandement celle des Puissances de l'invisible de Tim Powers, écrit presque quinze ans plus tard ; il suffit de remplacer 1971 par 1963, Carpates par Mont Ararat, et ça marche. Outre cette ressemblance troublante, l'édition française de Nécroscope réserve une autre surprise, et elle est de taille : sa traduction. Denis Labbé est probablement un gentil garçon, tendance fan transi si on se fie au contenu de sa préface, mais il a un sérieux problème avec l'écriture romanesque et visiblement quelques lacunes en anglais. Pour s'en convaincre, il suffit de lire la page dix-sept de l'ouvrage, c'est à dire la première page du récit ; outre une phrase « suspecte », on compte sur cette seule page pas moins de dix-sept incarnations du verbe « être » alors que tout le monde sait (sauf les pontes du Fleuve Noir) que le premier devoir d'un traducteur/auteur c'est d'éviter, autant que possible, l'utilisation des verbes « être, faire, avoir, mettre ». Par la suite, la traduction semble s'améliorer, mais elle reste parsemée de phrases bancales, incompréhensibles, qui laissent à penser que le traducteur n'a pas tout compris et que personne n'a daigné relire son travail.

Dommage, Nécroscope est un bon bouquin, rythmé, avec des enjeux, de vrais personnages, une fin épatante, qualités que l'on reconnaît malgré le brouillage occasionné par la traduction à géométrie variable. Par ailleurs, ce roman, mais il en va peut-être différemment de la série complète, souffre à mes yeux de la comparaison avec Les Puissances de l'invisible de Tim Powers, mieux écrit, mieux traduit et beaucoup plus ambitieux.

Quant au tome 2 de la série, Vamphiry, que j'aurais dû critiquer ici même … primo, parler de l'histoire m'aurait obligé à révéler la fin de Nécroscope ; secundo, j'en ai cessé la lecture page 7 quand le préfacier et traducteur Denis Labbé présente ainsi son travail :

« Voici enfin, dans une nouvelle traduction, la suite des aventures de Harry Keogh et des réseaux-E britannique et soviétique. Lors de sa première sortie en 1997, chez un éditeur qui a aujourd'hui mis la clef sous la porte [Lefranq], des problèmes éditoriaux, juridiques, économiques et humains n'avaient pas permis à Vamphyri de bénéficier d'un travail à la hauteur de la qualité du roman. »

Faut-il en rire ou en pleurer ? Je vous laisse seuls juges, moi je vais faire un petit tour sur amazon.co.uk pour pouvoir suivre les aventures de Harry Keogh dans une langue que je comprends.

Cid « je déteste quand c'est mal traduit » Vicious

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