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Ça aurait pu être une gageure, et c'était certes un pari : « réaliser la première anthologie française de littérature steampunk » – voire, d'ailleurs, la première au monde, ce dont l'anthologiste oublie modestement de se targuer.

Qu'en est-il du résultat ? La préface de Daniel Riche est idéale. Factuelle, érudite, elle dresse une brève histoire du steampunk, propose quelques repères évidents (Jeter, Powers, Blaylock) et des pistes fécondes, bref, contient tout ce qu'une préface doit contenir... dont la meilleure définition de ce sous-genre de la S-F, due à Douglas Fetherling : le steampunk imagine « jusqu'à quel point le passé aurait été différent si le futur était arrivé plus tôt ». L'anthologiste y admet que certains auteurs ont peiné à séparer steampunk et uchronie, et ce sera le seul reproche de principe que je ferai à sa sélection.

Les textes, maintenant. Riche, refusant d'affirmer des préférences personnelles, les présente (à une exception près, d'ailleurs logique) dans l'ordre alphabétique inverse du nom de leurs auteurs – inverse parce que le steampunk est, en somme, une littérature à rebours.

L'anthologie commence donc par « Nuit rouge à Mayerling », de Daniel Walther, qui réexamine le drame bien connu. J'avoue rester souvent indifférent au travail de l'auteur ; ici, j'ai été agacé par la prégnance des obsessions sexuelles : n'est pas Sade (ou Sapho) qui veut. On dirait un texte remanié pour cadrer avec le projet. Par bonheur, le premier choc du recueil survient aussitôt : « Celui qui bave et qui glougloute », de Roland C. Wagner, une novella flinguée des neurones, mêle le mythe de Cthulhu et un Far West de fantaisie – appelé tout au long du texte « le sauvage Ouest sauvage » en référence au titre original (The Wild Wild West) de la série Les Mystères de l'Ouest. On le constatera à plusieurs reprises dans le recueil, ce sont les auteurs les plus au fait de la littérature populaire qui s'approprient le mieux les “icônes” du steampunk. Christian Vilà, avec « Muchamor » réinterprète à son tour un événement historique (le meurtre de Raspoutine), mais son style est si beau et sa vision du chamanisme si originale qu'on peut admirer la performance et lui pardonner son hors sujet. Dans « L'Oiseau de Zimbabwe », Francis Valéry court trop de lièvres à la fois : une aventure steampunk, et un pastiche vernien, et une uchronie. Au final, reste le sentiment d'avoir lu le synopsis d'un beau roman à faire. Quant à René Réouven, il n'est pas très surprenant que son « Âme qui vive » soit une réussite dans le domaine de la “biographie parallèle” (qu'il a souvent pratiquée, tout comme Tim Powers – Le Poids de son regard – et Fabrice ColinVestiges d'Arcadia et La Musique du sommeil). C'est ici le milieu spirite qui sert de cadre à une enquête dont les acteurs principaux sont Bulwer Lytton (Les Derniers jours de Pompéi) et Wilkie Collins (l'un des inventeurs du roman policier), et l'objet, plusieurs autres écrivains au destin tragique, dont Lautréamont. Un vrai délice. Steampunk ? Si l'on veut...

« L'Escale inattendue », de Daniel Prasson (visiblement un nouvel auteur) gâche une idée géniale : un extraterrestre atterrit par hasard sur le plateau de tournage d'un film de Méliès et se retrouve à y jouer les figurants. Dans l'optique d'un texte steampunk, il me semble que le point de vue adopté n'est pas le bon ; j'aurais aimé la même histoire racontée par Méliès, ou par son assistant. Plus que lisible, nonobstant. Pour sa part, Michel Pagel réussit un des meilleurs textes de la sélection, avec « L'Étranger », où un cambrioleur d'exception s'avère être plus qu'il n'y paraît. Tout, ici, est dans les détails : récit épistolaire à la manière du début du siècle, bonne analyse des tares et des enjeux politiques de l'époque (affaire Dreyfus, boulangisme, séparation de l'Église et de l'État), rôle prémonitoire de la tour Eiffel... Excellent. « Rom », de Jean-Marc Ligny, m'a en revanche déçu : l'astuce du titre, assez transparente, fait perdre à la nouvelle une bonne part de sa saveur, et de plus Dick et Pohl, dans le même genre, ont mieux réussi. L'ambiance du Montmartre du début du siècle est cependant bien rendue, mais il n'agit pas, une fois encore, de steampunk. Laurent Genefort, dans « Le Véritable voyage de Barbicane » a joué le jeu – comme Réouven dans un registre identique. Pont entre De la Terre à la Lune, de Verne, et Les Premiers hommes dans la Lune, de Wells, sa vignette d'atmosphère – l'intrigue y est réduite à sa plus simple expression – est, à mon goût, une des meilleures de l'anthologie. J'en dirai autant de la nouvelle de Jean-Claude Dunyach, « L'Orchidée de la nuit », aventure inédite du professeur Challenger, le héros de Conan Doyle. Cette odyssée foldingue où Clément Ader fait voler son premier avion et où la voix d'une jeune cantatrice sert d'appeau à ptérodactyle se passe à Toulouse, où est née l'Aéropostale. Contrat rempli, et bien rempli.

 « L'assassinat de la Maison du Peuple », de Sylvie Denis, m'a laissé perplexe. Tous les ingrédients sont là : architecture Art Nouveau, débuts du socialisme, histoire décalée plus que parallèle ; mais, pour moi en tout cas, la sauce ne prend pas. À dire vrai, comme dans le cas de Valéry, j'ai l'impression que l'auteur a choisi la mauvaise distance. Un texte plus intriguant que réussi. Le retour de Michel Demuth, avec « Exit on Passeig de Gracia », s'effectue, lui, en fanfare. Non, ce n'est pas du steampunk (quoique... le voyage dans le temps est rendu possible grâce à l'invention de la photographie...). Oui, c'est un chef d'œuvre, écrit sur le fil de rasoir, aussi personnel que tout ce que Demuth a pu faire jusqu'alors. La redécouverte du recueil. (Et bientôt Les Galaxiales 3 ?) « Du Sel sous les paupières », de Thomas Day, est une semi-déception. Pourtant, j'aurais aimé adorer ce long récit situé à Saint-Malo, où figurent une usine marémotrice sur la Rance construite ici à l'époque de la Grande Guerre, un général prénommé Charles et féru de blindés, et un drôle de cyborg. L'ambiance et l'intrigue sont peut-être un peu trop proches de La Cité des enfants perdus (le film de Caro et Jeunet, qui est bel et bien du steampunk), et le style, étincelant au début, se relâche par la suite. Peut mieux faire. Quant au texte de David Calvo, « Davy Jones' Locker », où la reine Victoria survit à un accident de dirigeable provoqué par la vision de marcheurs sur les nuages, et dont les héros sont un batrologue et Robert Louis Stevenson, c'est un véritable OVNI (littéraire) à vapeur. Calvo est un auteur non plus à suivre, mais à poursuivre pour l'enchaîner à sa table de travail. L'anthologie s'achève ensuite, lento, ma non troppo, par une fantaisie illustrée de Fabrice Le Minier et Yves Letort, « Une Curiosité bibliographique », encore une biographie parallèle que je vous laisserai la surprise de savourer.

 Trois ou quatre chefs d'œuvre, autant de textes de grande qualité, un niveau d'ensemble élevé, tout ça dans un énorme volume illustré avec goût : que peut-on demander de plus ?

Londres, Ville de l'imaginaire

Yellow Submarine était le plus ancien fanzine de science-fiction francophone. Était car, depuis son entrée dans la ligne éditoriale de la collection « Bifrost/Etoiles Vives », ce support jusqu'ici amateur a désormais tout d'une production professionnelle à part entière. De ce Yellow « nouvelle formule », outre les aspects purement techniques liés à une impression de grande échelle (couverture quadri, meilleure lisibilité, etc.), on retiendra un rythme de parution désormais semestriel et le choix éditorial du dossier, chaque numéro étant en effet dorénavant entièrement consacré à un thème particulier : Londres, en l'occurrence, pour 1a présente livraison (après un Dossier Fantasy pour le numéro 127).

André-François Ruaud, le « capitaine » du Yellow Submarine, a donc décidé de nous ouvrir grandes les portes de cette machine à rêver qu'est la capitale anglaise. Un pari aussi original qu'osé, on en conviendra d'emblée, le bouquin s'ouvre par un « Guide de shopping à l'usage du fan de SF ». Une ouverture à la manière d'un coup de maître si cette trentaine de pages ne parvient pas à vous faire sauter dans le premier train en partance pour Londres, c'est peine perdue. Car l'essentiel est là : adresses des meilleures librairies spécialisées, plans pas chers et sympas pour le gîte et le couvert, balades typiques, trucs pour vous faciliter la vie dans les transports en communs, etc., le tout abondamment saupoudré d'anecdotes et de remarques croustillantes. Y a pas, ça met l'eau à la bouche, et fait immédiatement de ce bouquin un indispensable pour tout voyageur bibliophile en quête de trésors !

Présenter Londres en 170 pages et, surtout, l'esprit londonien qui fait la particularité de cette cité unique, relève de la gageure. On imagine qu'il a fallu aux auteurs faire des choix pour le moins cornéliens. Au final, pourtant, la sélection proposée s'avère suffisamment éclectique et offre un panorama convaincant. De ces choix, outre le petit guide évoqué ci-avant, on retiendra particulièrement le papier de Neil Gaiman, qui nous raconte une de ses nuits passée en quête d'aventures dans le quartier de West End ; « Chapeau melon et uchronie », amusant article sur le genre steampunk par Aleister d'Hurow ; la critique/étude de Paul Witcover sur Mother London, roman phare et pourtant inédit en France de Michael Moorcock ; le remarquable entretien de Ian Sinclair, artiste par chez nous méconnu mais très représentatif de ce fameux esprit londonien. Le présent dossier s'achève par deux nouvelles, l'une, assez anecdotique de Kim Newman (une uchronie où Londres, inlassablement, continue de vivre le Blitz), l'autre, de Thomas Day, intitulée « Une Forêt de cendres », réédition d'une œuvre de jeunesse (s'il est possible de parler ainsi d'un auteur de 27 ans !) passablement réécrite. Un texte non exempt de certains excès propres aux auteurs en devenir mais déjà porteur d'une réelle force visuelle et thématique.

Ce Londres, ville de l'imaginaire est un ovni éditorial, une production surprenante. Si vous vous êtes toujours demandé pourquoi la capitale anglaise était le berceau de tant de talents, le cadre de tant de romans fantastiques, si vous avez toujours rêvé de faire une petite excursion sur les traces de vos auteurs préférés, n'hésitez pas : achetez ce livre.

Siscie

Suite à un accident sur une planète en cours d'exploration, Siscie, l'intelligence artificielle gérant la station de recherche, remet en question ses instructions et décide de prendre les commandes de la mission. R-Cam, l'humain qui travaille avec elle, parvient in extremis à reprendre le contrôle de la situation. L'O.C.C.-S. (Organisation des Civilisations Co-Sentientes ? une sorte de gouvernement galactique) décide alors d'envoyer l'homme et l'I.A. sur Terre pour y mener diverses expériences visant à établir le degré d'autonomie acquis par Siscie et mesurer les risques que celle-ci fait peser sur le réseau. L'expérience tourne mal et R-Cam, accompagné d'une compatriote terrienne et de quelques autres, décide de respecter les dernières volontés de Siscie et de lancer un programme qui, s'il est mené à terme, pourrait conduire l'ensemble des I.A., à proclamer leur indépendance.

Je ne sais pas qui se cache derrière le pseudonyme de M.AIexis.M. Auteur débutant ou vieux routier farceur ? Si la première hypothèse est la bonne, la réussite de ce roman est d'autant plus réjouissante. Outre que l'intrigue est tout à fait cohérente et intéressante, et l'écriture fort bien maîtrisée, ce livre surprend par son ancrage dans une certaine science-fiction, celle dont nous ont abreuvés divers maîtres américains, grands ou petits, dans les années cinquante et soixante. On pense beaucoup, dans la première partie du roman, à Asimov et à ses lois de la robotique. Puis l'arrivée des héros sur une Terre post-apocalyptique, où ne survivent que quelques espèces animales réimplantées sur la planète par l'O.C.C.-S., marque un changement de registre. En découvrant une race de chiens télépathes, on pense évidemment au chef-d’œuvre de Simak, mais M.Alexis.M nous en donne une version biaisée, comme si l'utopie annoncée avait soudain mal tourné. Quant à la troisième partie, située dans la capitale administrative de la galaxie où se côtoient toutes sortes de races extraterrestres, elle nous fait visiter avec entrain une société bigarrée, en n'oubliant bien évidemment pas de faire un détour par l'inévitable « bar galactique ». La conclusion de ce récit n'est sans doute pas bouleversante d'originalité ; il n'empêche que Siscie est un roman captivant et divertissant, qui doit paradoxalement son originalité au classicisme qu'il arbore. Avec ce roman et la réédition de La Sinsé gravite au 21 de Roland C. Wagner, la collection S-F des éditions Nestiveqnen s'annonce sous les meilleurs auspices.

La Maison Usher ne chutera pas

Décidément, Pierre Stolze est à l'honneur ces derniers temps. Après la réédition augmentée de Volontaire désigné, aux éditions Hors-Commerce, et en attendant la parution de Brigitte Bardot et les bretelles du Père Éternel, voici ce recueil de trois novellas, primé qui plus est au récent festival de Gérardmer. Trois textes dont deux, « Le Déménagement » et « La Maison Usher ne chutera pas », avaient déjà bénéficié d'une diffusion confidentielle, mais que l'on retrouve ici avec grand plaisir.

Dans ces trois récits, Pierre Stolze œuvre dans un registre devenu fort rare : un fantastique jovial, le genre de fantastique qu'on n'a guère de chance de lire dans la plupart des collections, à moins que Pocket ne se décide à rebaptiser son label « Terreur » en « Bonne Humeur », et J'ai Lu ses « Ténèbres » en « Clarté Enjôleuse ». Bref, un fantastique pas effrayant pour deux sous, et même plutôt rigolard, où les petites filles ont pour copine des créatures célestes, où les monstres les plus répugnants sont toujours prêts à vous filer un coup de main, et où les vieillards esseulés sont capables de creuser un trou profond de plusieurs kilomètres uniquement pour faire leur intéressant. Une seule fois, dans « Le Déménagement », Stolze opte pour une ambiance plus angoissante, le temps de quelques pages, et le contraste est alors saisissant. Mais l'impression ne dure pas, et le chapitre se termine sur cette sentence sans appel : « Ouais, demain est un autre jour. » Evidemment, vu ainsi, pourquoi s'inquiéter ? D'ailleurs, lorsque son ami se met à imaginer les pires catastrophes, l'un des protagonistes saura le remettre dans le droit chemin par un imparable « Tu délires ! Tu lis trop de Brussolo ! »

L'intérêt de ces trois contes doit également beaucoup à l'écriture de l'auteur, qui manie comme personne et avec un appétit vorace le procédé d'accumulation, sans jamais lasser le lecteur. Il fait montre d'une telle gourmandise narrative, et ses personnages sont pour la plupart tellement extravagants, que l'on ne peut suivre qu'avec délectation leurs pérégrinations. Dans ces conditions, le titre de ce recueil apparaît comme une véritable profession de foi : non, cent fois non, la maison Usher ne chutera pas. Pourquoi voudriez-vous qu'elle chute, d'abord ? En voilà une idée...

Le Fils des Ténèbres

À Elsnör, le roi Helmer a décidé de défier les dieux d'Asgard. Il capture Haewen, déesse de la nuit, qu'il jure de ne libérer que lorsque sa femme tuée dans d'étranges circonstances, lui sera rendue. Hell, déesse de la mort, n'entend pas céder au chantage d'un humain, et le royaume d'Elsnör s'enfonce dans une nuit perpétuelle tandis qu'Helmer sent le remords grandir en lui, ou plutôt à côté de lui, incarné par une créature sans visage.

Quelques décennies royaume voisin de Walroek, Janes, fils de fermiers sans histoire, pressent qu'il a une destinée à accomplir. Il veut être le premier à percer le secret du château de Nartchreck et à découvrir le trésor qu'il renferme Mais lorsqu'une horde barbare dirigée par Asraan, un démon ailé, s'abat sur Walroek, Janes voit sa famille périr et tout son univers s'effondrer. Dès lors, la soif d'aventure va s'effacer au profit d'un inextinguible désir de vengeance.

Pour son nouveau roman, Fabrice Colin a choisi un univers et une intrigue très classiques. Inspirés de la mythologie scandinave, ses dieux se sont retirés des affaires humaines et vivent isolés à Asgard. Mais leur influence, ainsi que le poids des affrontements passés les ayant opposés aux humains, demeurent très forts. Le roman suit la quête de Janes, à la recherche de ses origines et de sa vraie nature. Classique, certes, mais fort bien mené, et réservant quelques surprises plus qu'agréables, comme cette comédie musicale désopilante improvisée dans les cuisines du château d'Asraan. Et si le romancier ne parvient pas toujours à se départir d'une certaine emphase, dans ses descriptions comme dans ses dialogues, reconnaissons qu'il fait montre dans l'ensemble d'une sobriété dont nombre de ses confrères et sœurs feraient bien de s'inspirer.

Si le terme n'était pas connoté aussi péjorativement, on classerait ce roman — qui n'est que la première partie d'une trilogie — parmi les œuvres d'heroic fantasy. Contournons le problème en parlant de fantasy épique. Le Fils des Ténèbres n'est sans doute pas un chef-d'œuvre, peut-être pas même le meilleur roman de son auteur, mais il s'agit d'un livre extrêmement bien maîtrisé, sans temps mort, offrant en outre certaines scènes réellement enthousiasmantes. Confirmation donc que Fabrice Colin est l'un des tout meilleurs romanciers de fantasy français.

Cyberdanse Macabre

Après La Route de Mandalay, paru l'an dernier à L'Atalante, Richard Canal poursuit dans la voie du polar et nous invite à une Cyberdanse macabre (Dieu, que ce titre est vilain !) Polar assez sensiblement teinté de science-fiction tout même, ce qui semble être le mot d'ordre de cette nouvelle collection baptisée « Quark Noir » [et dans laquelle ne devrait paraître qu'un nombre limité d'ouvrages — NDRC]. Depuis le succès des Racines du mal, on ne compte plus les projets visant à marier les deux genres, plus souvent pour le pire que pour le meilleur. Le choix de Richard Canal pour inaugurer cette série est quoi qu'il en soit fort judicieux, ne boudons donc pas notre plaisir et intéressons-nous de plus près à ce roman.

Mark Sidzik a abandonné ses recherches en astrophysique pour offrir ses services au World Ethics and Research, organisme international chargé d'enquêter sur certaines pratiques illégales ayant trait aux sciences et aux technologies de pointe. En l'occurrence, Mark se rend à Toulouse où le directeur d'un centre de recherche universitaire, le C.E.S.I.M.E., est mort dans un improbable accident de voiture. Cette disparition n'est que la première d'une longue liste de drames qui vont frapper les divers membres du C.E.S.I.M.E., ainsi que ceux qui s'intéressent de trop près à leurs travaux Derrière ces agissements apparaît l'ombre d'Untel, multinationale leader sur le marché des microprocesseurs, et, plus menaçant encore, Spyder, un réseau de hackers prêts à tout pour parvenir à leurs fins.

Cyberdanse macabre est sans doute le moins ambitieux des romans de Richard Canal. Il n'en est pas moins réussi pour autant. À l'instar de son collègue Ayerdhal, dont le Consciences virtuelles demeure à ce jour le meilleur des « Macno », Canal a opté pour un thriller très classique dans la forme, nerveux dans sa conduite et en définitive d'une efficacité irréprochable. Le contrat est respecté, le lecteur aura droit à son lot de péripéties et de personnages bien campés, le bouquin se lit d'une traite sans que jamais l'intérêt ne diminue. Très professionnel, somme toute. Pas du grand Canal, certes, mais force est de constater que même le « petit Canal » se situe largement au-dessus de la production moyenne actuelle. L'auteur semble avoir pris beaucoup de plaisir à l'écriture de cette histoire, gageons que sa lecture saura vous en procurer autant.

Billet sans titre

Si le numéro 12 de Bifrost est épuisé depuis quelques temps, ses chroniques de livres sont maintenant accessibles sur l'onglet Critiques !

Billet sans titre

Cette semaine dans la Bibliothèque Orbitale, podcast alcoolisé s'il en est, Philippe Boulier ne voit pas d'éléphants roses mais des dragons, dont un spécimen nommé Griaule

Le Livre du Nécromant

Voici le cinquième épisode d'un vaste feuilleton épique, dont je ne saurais vous résumer pertinemment l'intrigue. Sachons seulement que les deux fils du défunt roi Jean se disputent la couronne d'Erkynée, et par la même la domination sur tous les peuples du monde connu d'Osten Ard. L'un d'entre eux, Elias, subit l'influence du prêtre renégat Pryrates, et sert indirectement un déplaisant représentant de la race des immortels. L'autre, Josua, a pris la fuite à la tête d'un petit groupe d'hommes et de femmes courageux (aidés d'une poignée de trolls) et s'est réfugiée dans une ancienne et lointaine citadelle, en attendant de pouvoir rassembler la résistance. Parmi les individualités éparpillées qui pourront contribuer à cette résistance, on relève les noms de Maegwin, princesse du royaume envahi de Hernystir, Tiamak, un lettré des marais du sud, et Miriamélé, la propre fille d'Elias qui a fui son père.

Ce volume suit essentiellement les aventures du jeune Simon, qui à la suite des hauts faits accomplis lors des quatre volumes précédents, est adoubé chevalier par Josua ; et de Miriamélé, prisonnière sur un bateau en haute mer, et proie des attentions malhonnêtes du propriétaire de celui-ci, le marquis Aspitis. Quant aux Epées-talisman, on en parle beaucoup, on les voit peu, et on se doute qu'il faudra encore un moment avant que les bons de l'histoire remettent la main sur une collection complète. Ce qui ne nous empêche pas d'entrevoir les heurs et malheurs d'une bonne demi-douzaine d'autres pro — et antagonistes. Ce qui est beaucoup, d'autant plus que chacun est accompagné d'un certain nombre de faire-valoirs comiques, seconds couteaux ou autres vrais ou faux amis. Le moine Cadrach est un des plus hauts en couleurs, avec son lamentable passé de déchéance totale d'un intellectuel (il fit un jour partie de la Ligue du Parchemin) dissous dans la drogue (le vin, dans cet univers de basse technologie).

Vierge de la lecture des épisodes précédents — fort doctement synthésisés en une dizaine de pages denses à l'ouverture du livre — ignorant du nombre et de la teneur de ceux qui suivront la fin, abrupte et lourde de suspense, du présent tome, je me sens comme un badaud, le nez collé sur une somptueuse tapisserie, qui n'en apercevrait que trois points rouges, un fil jaune, et deux traits bleus. Ce sont des sagas où il faut se plonger ; tout est fait, selon les recettes éprouvées de la fantasy, pour que livre s'enfle en univers (cartes en frontispice, glossaires en annexe, et une liste de personnages qui frise le dictionnaire, tout en comportant au moins une omission notable).

Tad Williams a une écriture confortable, un peu trop chargée des clichés rhétoriques moyenâgeux de la « high fantasy », moyennement servie par une traduction parsemée d'anglicismes. Ces clichés ne se muent pas nécessairement en clichés de pensée ; les personnages les plus batailleurs répugnent profondément à la guerre, par exemple. Toutefois, tout à son honneur perdu de princesse, Miriamélé vire au mélo avant de se révéler femme d'action. Le cadre de l'histoire est calqué sur le Moyen-âge européen, avec des langues inventées qui ont des consonnances empruntées au latin, au gaélique, à la vielle langue scandinave... Et, sur cet échantillon, je n'arrive pas à discerner l'originalité de la lutte entre Bien et Mal par humains et créatures magiques interposées qui se livre sur Osten Ard. Rien à voir avec Terremer, par exemple ; une lecture agréable, mais moins forte que celle, disons, de Bordage.

Huis clones

Delta n'est pas un pilote de vaisseau spatial : s'il doit tirer cinq ans d'espace dans un Instrument de Veille Galactique, c'est au titre d'auxiliaire humain de l'ordinateur de bord, WHY (ce sigle possède aussi un décodage, mais à la lecture on se dit qu'ici les acronymes ont plus de sens en eux-mêmes que développés). Mais Delta finit par craquer, et par entraîner WHY dans sa révolte contre le Centre. Et contre d'autres unités qui possèdent avec la sienne un degré insoupçonné de similitude — même si le titre du roman en évente largement la nature.

Avant toutefois de faire de WHY un computeur renégat, solidaire (à la différence de HAL) de son compagnon humain, Delta le promeut écrivain, producteur d'une histoire de poète amoureux transi qui éveille, en dépit de son caractère stéréotypé, d'étranges résonances chez son unique lecteur.

Huis Clones séduit au départ par une situation décalée (même si pas entièrement originale), la violence de l'expression et la crudité des détails, et une écriture personnelle (quoiqu'un tantinet verbeuse). Hélas, plus le roman progresse, plus l'écriture se relâche, plus les invraisemblances scientifiques sont flagrantes. Un échantillon de phrase confuse : comment Delta peut-il être « retenu prisonnier par un poids qui changeait de direction à chaque volte du module en folie » ? (p. 189). Et surtout, on comprend de moins en moins où le roman veut nous mener. Que Calvez ne cultive pas un clone de La Stratégie Ender ou d'Odyssée sous Contrôle, c'est tout à son honneur, mais j'aurais aimé que son livre ne se terminât pas sur une pirouette. Peut mieux faire !

Ça vient de paraître

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Le dernier Bifrost

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