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Retrouvez dès à présent sur le blog Bifrost l'ami Francis Valéry et son Journal d'un homme des bois, les chroniques journalières d'un écrivain écolo-SF !
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Retrouvez dès à présent sur le blog Bifrost l'ami Francis Valéry et son Journal d'un homme des bois, les chroniques journalières d'un écrivain écolo-SF !
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Redécouvrez sur l'onglet Critiques l'exhaustif guide de lecture du hors-série de Bifrost consacré à Jack Vance !
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Téléchargez en PDF le premier chapitre de Zendegi, roman de Greg Egan à paraître le 15 mars !
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Au programme de la Bibliothèque Orbitale cette semaine, que du bonheur pour Philippe Boulier : Rétro-Futur !, ouvrage dirigé par Raphaël Colson, Doctor Who : L'Horloge nucléaire d'Oli Smith et l'anthologie Destination Univers concoctée par Jeanne-A Debats et Jean-Claude Dunyach !
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La version numérique du Dragon Griaule de Lucius Shepard a été mise à jour. Téléchargez gratuitement cette nouvelle version depuis votre bibliothèque !
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À la fin de cette semaine, le blog Bifrost aura le grand plaisir d'accueillir les chroniques journalières d'un revenant de l'imaginaire : le Journal d'un homme des bois par Francis Valéry !
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Inédits, rééditions, surprises... découvrez le planning de nos parutions numériques pour 2012 !
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Zendegi, roman de Greg Egan à paraître le 15 mars, est disponible dès aujourd'hui à la précommande !
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[Critique réalisée d'après la VO.]
Tanner Mirabel est responsable de la sécurité d'un homme important. Foin des euphémismes. Tanner Mirabel est un tueur, au service du trafiquant Cahuella. Ou plutôt, il l'était. Cahuella est mort désormais, et Tanner n'a plus qu'un but : pourchasser et assassiner Argent Reivich, le responsable de la mort de Cahuella, et surtout de celle de Gitta, sa compagne. Avec d'autant plus de hargne que Tanner était amoureux de la femme du patron.
Jusque-là, rien qui ne pourrait relever du roman noir, ou d'un film de Tarantino. Mais nous sommes sur Sky's Edge, planète colonisée quelques siècles auparavant par des arches stellaires, arrivées de la Terre au terme d'un voyage de plusieurs générations. Et quand Reivich s'échappe vers un système voisin, c'est l'occasion de l'inimaginable destruction d'un ascenseur orbital. Tanner va suivre sa proie, et l'essentiel de l'action se passera sur Chasm City, capitale autrefois incroyablement prospère de Yellowstone, aujourd'hui défigurée par la Peste. L'épidémie a rendu folles les nanomachines qui étaient la clé aussi bien de l'architecture que de la santé publique de la cité. Désormais, les riches vivent réfugiés dans les étages supérieurs du Dais, tandis que les pauvres pataugent au niveau du sol, dans la Mouise. Quand ils ne sont pas victimes de parties de chasses sadiques. Tour à tour chasseur et gibier, Tanner ne perd jamais ses étonnants talents de combattant, et de séducteur.
Si le livre en restait là, il ne se détacherait guère, aussi distrayant qu'il soit. Reynolds a beau faire un clin d'œil discret à Iain M. Banks, il est loin de l'égaler en virtuosité narrative ou en profondeur morale. Un élément plus intéressant corse le cocktail : les flash-backs qui entrecoupent le récit. En avançant, le livre acquiert trois protagonistes plutôt qu'un ; à Tanner s'ajoutent Sky Haussman, figure de l'histoire de la Flottille des colons avant son arrivée sur Sky's Edge, et Cahuella lui-même, pendant les événements à l'origine de la course-poursuite. J'ai froid dans le dos : chacun des trois est aussi cruel et amoral que les autres. Amoral ? Pas totalement. Le Mal a ses règles et introduit ses doutes. Sur l'identité même de Tanner, qui prend place dans la grande tradition des héros amnésiques de la S-F.
Des failles dans les certitudes qui redonnent de l'intérêt à un livre bien mené, spectaculaire, mais qui s'attarde sans doute trop sur sa partie purement « roman noir » (à moins que vous ne pensiez qu'un livre doive passer trois cents pages pour vous mettre dans le bain avant d'entamer le vif du sujet).
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Il aura fallu près de quarante ans pour que la tétralogie de T. H. White, « The Once and Future King », écrite entre 1939 et 1958, arrive en traduction française, sous le titre plus banal (et sans doute plus commercial) de « La Quête du Roi Arthur ». Le premier volume, Excalibur : l'épée dans la pierre est sorti en 1997, le deuxième, La Sorcière de la forêt, en 1998… et cinq ans après, voici le troisième, et sans doute le plus romanesque de la série. Longue attente ! Sans doute parce que ce n'est pas une mince affaire que de rendre la langue de White, à la fois érudite, archaïque, anachronique, truffée d'accents régionaux (cockney, écossais…), et pince-sans-rire. Les traducteurs ont réalisé un admirable travail, de linguistique et d'érudition (vous apprécierez leurs notes de bas de page sur l'histoire médiévale… et sur le cricket : je vous ai dit que T. H. White ne répugnait pas à l'anachronisme impertinent).
Contexte : la référence arthurienne, c'est Le Morte d'Arthur, écrit au XVe siècle (en anglais, malgré le titre et les références françaises sans doute fantaisistes !) par Sir Thomas Malory (réédité en son temps aux éditions l'Atalante). T. H. White en reprend personnages et péripéties, pour leur appliquer un point de vue moderne. Et n'hésite pas à renvoyer, en souriant, le lecteur à l'œuvre de Malory pour plus de détails sur les événements qu'il passe sous silence.
Résumé des épisodes précédents : The Sword in the Stone, tout le monde connaît d'une certaine façon, par le dessin animé du même titre, sorti par Disney dans les années 60 (la version française fut baptisée Merlin l'Enchanteur). L'enfance et l'éducation d'Arthur en compagnie de Kay et Ector y sont imaginées de façon décalée, avec déjà beaucoup de distanciation par rapport au mythe chevaleresque (en particulier de la part de Merlin, tuteur bougon). The Queen of Air and Darkness est un bref second tome qui a pour principale vertu d'introduire le clan Orkney, c'est-à-dire Gauvain et ses frères (la sorcière du titre français est leur mère), tandis que le jeune roi Arthur commence à concevoir l'idée d'une Table où se rassembleraient des chevaliers pour combattre pour le bien, sans qu'aucun ne soit au-dessus des autres.
Avec The Ill-Made Knight, c'est Lancelot qui entre en scène. Et Lancelot est un homme dont le visage est tellement laid qu'il est surnommé « Le Chevalier Mal Fet » (en français d'époque dans le texte… une fois de plus, le titre choisi par l'éditeur hexagonal édulcore celui de l'auteur, alors même que l'équivalent français figurait explicitement dans l'œuvre originale). Mais surtout, Lancelot est sans cesse accablé par le sentiment de sa propre imperfection et par le péché permanent qu'il ressent en lui-même : péché que ses instincts de sauvagerie qu'il réprime en étant le plus miséricordieux des chevaliers, et péché que son amour pour la femme du roi Arthur, qu'il admire plus que tout homme au monde.
C'est le ménage à trois qui retient l'attention de T. H. White. Bien sûr, il y a les quêtes, il y a le Graal ; mais, détail que tout cela, en fin de compte, si Lancelot quitte Camaalot, c'est toujours à cause de Guenièvre, qui n'est pas une femme commode — au début, il s'exile pour lutter contre la tentation d'un amour interdit, par la suite, c'est Guenièvre qui le congédie et lui fait perdre la raison, maladivement jalouse qu'elle est de l'unique nuit d'amour de son chevalier servant avec la perfide Elaine (qui en concevra quand même Galaad). Un homme moins exceptionnel que Lancelot ne s'en relèverait pas, mais le Chevalier Mal Fait reviendra, et vivra des années d'un amour paisible tandis qu'Arthur, cocu généreux, fera, tant qu'il pourra, semblant de ne rien voir (les choses ne se gâteront que dans le quatrième volume, The Candle in the Wind, plus court et moins intéressant, mais dont on espère ne pas attendre aussi longtemps la traduction française).
The Sword in the Stone manifestait déjà l'inquiétude de T. H. White devant la montée du nazisme ; lors des volumes suivants, ses peurs s'étaient confirmées, et le ton, parfois léger quand il brocarde l'habitude moderne du divorce, ou les stars de cinéma, est plus souvent attristé. Le nationalisme est régulièrement dénoncé, ainsi que la fascination de la Celtitude — n'oublions pas que White retarde délibérément l'époque arthurienne de huit siècles, et fait d'Arthur et ses compagnons des seigneurs normands, auxquels s'opposent les Gael des Orkneys. Mais, hors du temps, Le Chevalier est un grand livre, parce que, tout en s'inscrivant dans un mythe séculaire, ses personnages sont vivants et attachants, et son style sans cesse surprenant. Souvent imité, jamais égalé !