Merveilleux discordant
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Obscur, Féerie pour les ténèbres ? Sur le blog Bifrost, Jérôme Noirez fait l'analyse de son cycle romanesque, une fantasy traversée par le merveilleux discordant !
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Découvrez la couverture définitive de Zendegi, roman de Greg Egan à paraître le 15 mars !
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Découvrez la couverture de Aliens mode d'emploi, manuel de survie en situation de contact extraterrestre de Laurent Genefort à paraître en mai 2012.
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Découvrez la couverture par Philippe Gady de Points Chauds, roman de Laurent Genefort à paraître en mai 2012 !
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Retrouvez sur l'onglet Critiques les chroniques du Bifrost n°28 !
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C'est aujourd'hui que paraît Féérie pour les ténèbres, l'intégrale de Jérome Noirez, deux volumes en version papier et un seul en numérique !
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« Le bar n'avait rien d'extra-solaire, mais les serveurs étaient des Kcrichq, auxquels leurs longues têtes de cuir verni conféraient des allures de blattes de luxe. »
Je ne sais pas pour vous, mais c'est le genre de phrase qui me fait plaisir : du style, de la musicalité et du sens. Ce n'est pas forcement la bonne entame pour chroniquer un bouquin — je sais. Mais personne dans l'engeance bifrostienne ne pourra m'empêcher de rendre tout de suite hommage à la belle écriture de Sylvie Denis, de la mettre en avant, car, après tout, ce n'est pas si fréquent, dans les littératures de l'imaginaire, de lire et relire certains passages pour la seule saveur des mots.
Faut-il rappeler que Sylvie Denis est une grande dame de la S-F dans notre pays, qu'elle a tout fait dans le microcosme du livre ? Hein ? Parce que toi, lecteur de Bifrost, tu la connais forcement… (mini-concours : citez-moi les deux premières nouvelles d'elle publiées dans cette revue. Les cinq premiers recevront un superbe dossier sur des auteurs français de S-F « qui n'en veulent » dans leur boîte aux lettres. Adressez vos courriers à Thug au siège du Bélial' — c'est Olivier Girard qui va être content…). On se contentera donc de préciser que son prochain livre à paraître, un roman (enfin ! !), trouvera écrin chez l'excellente maison nantaise de la librairie l'Atalante. Et toc…
Revenons à ce recueil épatant.
À des années lumières du space opera fort en gueule, la science-fiction selon Sylvie Denis se pique de garder la tête sur les épaules. Elle interroge le futur plus qu'elle ne le commente. Elle traque les changements profonds que les innovations technologiques provoqueront sur nos modes de vie, sur notre pensée et notre intimité. Dans « La Fonte des glaces », par exemple, un duo d'adolescents frissonnants de désir se languit sur un iceberg dérivant piloté par des écolos vers les rivages calcinés d'une Afrique rendue exsangue. Or, une fois à terre, l'idylle tourne au drame par la faute d'une intelligence artificielle un peu trop zélée. C'est une merveille, l'une des nouvelles les plus saillantes du recueil qui, dans son ensemble, reflète l'inspiration pétrie d'humanité de l'auteur.
Les clones mélancoliques d'Elisabeth, les robots indépendantistes de « Cap Tchernobyl » et la démesure onirique de la cité fondée par l'entité Thébaldus nous renvoient à nos propres interrogations sur des lendemains qui ne chanteront pas forcément. La forme courte prend ici ses lettres de noblesse : cohérence et pertinence des conjectures, profondeur des caractères (pour la plupart féminins — ça nous change des velus en combinaisons high-tech) et inventivité constante se conjuguent pour le plus grand plaisir du lecteur. Je n'aurai qu'une réserve à propos de « Paradigme Party », dont je trouve la résolution policière un peu faiblarde. Mais cela n'entache en rien la grande qualité du livre.
N'allez surtout pas croire que Sylvie Denis s'use les yeux sur une quelconque boule de cristal ; les possibles qu'elle met en scène n'ont pas valeur de prophéties. Mais ils excitent notre entendement, si bien que, même posé sur la table de chevet, Jardins virtuels s'imposera comme le compagnon de vos rêves peuplés de nanomachines1.
Notes :
1. Une prime version de cette chronique est parue dans Littératures de l'imaginaire en France, une esthétique de la fusion, dossier disponible depuis le 20 mai 2003 à l'enseigne du groupement de librairies Initiales. [NDRC.]
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On ne peut pas ramener des gens du passé, mais on peut en piller les œuvres d'art : voici le deuxième des romans de Kage Baker fondé sur cette idée à être traduit en français (cf. critique de Dans le jardin d'Iden). Si la Patrouille du Temps de Poul Anderson se dévouait à un idéal de maintien de l'ordre historique, les voyageurs du temps de Baker sont convaincus que l'Histoire, telle qu'elle est écrite, ne peut être modifiée ; mais qu'on peut faire un peu ce que l'on veut dans les interstices, et en particulier récupérer les artefacts et les cultures disparues qui peuvent valoir cher pour les collectionneurs du présent.
La mécanique du voyage dans le temps est un peu compliquée : un humain peut quitter son présent pour s'enfoncer dans le passé, et en revenir ; mais il ne s'affranchit jamais de son époque d'origine, et ne peut voyager au-delà dans le futur, même si rien ne lui interdit de recevoir de l'information de son futur. Les voyages de personnes et d'objets vers le passé restant ruineux, la compagnie Dr Zeus s'est fondée sur l'emploi de personnel discrètement recruté dans le passé — et fidélisé grâce à l'octroi de l'immortalité, qui lui permet de voyager (lentement !) vers le futur, le XXIVe siècle où est établi le siège de la société.
Joseph exerce depuis des milliers d'années la fonction de Médiateur pour Dr Zeus. Cette fois-ci, il doit jouer le rôle du Dieu Coyote des Indiens Chumash de la côte californienne, pour convaincre un de leurs villages de se laisser emporter entier dans une des bases secrètes de Dr Zeus. Mais rien ne se passe vraiment comme prévu, car les Chumashs se révèlent étonnamment modernes, pétris de vénalité, déchirés par des querelles de voisinage et relativement sceptiques vis-à-vis de leur propre religion. De quoi donner l'occasion à Baker de faire preuve d'humour, comme quand Joseph, grimé en Coyote, tente d'expliquer un tremblement de terre par la colère d'une déesse, et qu'un Chumash lui répond du tac au tac qu'il n'y a rien là que de très naturel, qu'il s'agit d'un choc entre les serpents qui rampent sous la croûte terrestre (effectivement connus de la mythologie Chumash), et que ce sont leurs mouvements qui provoquent l'émergence des montagnes (touche moderne que nous devons sans doute à Baker elle-même !). Le « Dieu » entouré d'assistance technologique en reste mouché…
Mais une touche de tragédie s'insère dans le récit avec les menaces que font peser sur les Chumashs, non seulement les Espagnols du Mexique (qui sont encore loin), mais aussi leurs voisins convertis au monothéisme indigène de Chinigchinix. Le monothéisme encourage l'intolérance (comme le sait bien Joseph, pour avoir longtemps servi dans l'Inquisition espagnole), et les pacifiques Chumash risquent de ne pas résister longtemps, ce qui ferait échouer les projets de Dr Zeus.
L'aspect tragique s'immisce aussi dans la vie sybaritique des employés de la Compagnie, quand Joseph se penche sur le dogme de l'immuabilité de l'Histoire — qui lui semble une piètre excuse pour tous les crimes qu'il a commis dans le cadre de ses missions, afin de donner le change comme Inquisiteur, par exemple — et s'interroge sur le sort de ses collègues qui ont déplu à la direction. Ladite direction qui est entre les mains de mortels dont la vision du monde est bien différente de celles des hommes de terrain. Il y a là un enjeu majeur de la série, qui devrait se développer sur plusieurs livres. La plupart du temps, il est traité par la dérision : les mortels n'aiment manger que des pilules, ils tremblent dès qu'il est question de faire du mal à un animal, leurs capacités intellectuelles semblent se limiter aux jeux vidéo… Baker se livre, au travers de romans d'aventures agréables et amusants, à une satire acide des travers des Américains aisés, et plus particulièrement des actionnaires des sociétés, prompts à vouloir imposer leurs marottes (ou leur fanatisme religieux) au fonctionnement de toute l'organisation. Si les idées de S-F ne sont pas nouvelles, le livre est un plaisir à lire, et profondément lié aux caprices de notre époque.
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Black Flag, ce n'est pas tant le drapeau noir de l'anarchie que le nom d'un insecticide américain trucideur de cafards — du groupe punk hardcore qu'il inspira, où Henry Rollins fit ses premières armes, et dont les textes sont abondamment cités en tête de chapitres.
Le livre est structuré un peu comme la plupart des romans de la série « Nicolas Eymerich » : nous suivons deux récits en alternance, un situé dans le passé et l'autre dans le futur. La moitié « futur » du livre est déjà connue du lecteur français de S-F, puisque parue sous forme d'une longue nouvelle dans l'anthologie Destination 3001 (Flammarion) : en l'an 3000, la Terre est devenue un gigantesque asile, surveillé depuis la Lune par une petite équipe de psychiatres qui envoient régulièrement des électrochocs pour empêcher les déments de trop s'entretuer. Quoique…
La moitié « passé » explore un arrière-plan plus original : les derniers mois de la Guerre de Sécession, dans l'Ouest des USA (à l'époque : du Texas au Missouri). Pantera est un « palero », sorcier mexicain ; embauché pour liquider un loup-garou, il se retrouve en compagnie de celui-ci au sein d'une petite bande d'irréguliers sudistes qui se font remarquer par des exactions abominables. Finalement, seul le loup-garou est un personnage sympathique.
Pantera refuse le contact humain et se comportera malgré tout comme le plus humain de la bande, ramenant aussi à l'humanité tous ceux qui avaient été exclus par le groupe sans pitié ni solidarité des soldats perdus : un Indien, une femme, et le loup-garou. On pense par certains côtés à l'attitude paradoxale d'Eymerich. Dans ce Texas ravagé par la guerre, ce sont des hommes en apparence normaux qui sont les pires loups — en ceci le message d'Evangelisti n'est pas original.
Le futur « psychiatrique » est lui aussi intéressant, mais dégénère en une longue suite de violences qui n'ont pas le relief des relations entre les différentes sortes de maladie mentale des Clans de la Lune Alphane de Philip K. Dick. On est en présence d'un ouvrage mineur d'Evangelisti, qui souffre de plus d'une faiblesse structurelle : le seul lien entre les deux parties du livre est la suggestion qu'une combinaison d'expériences militaires secrètes et de psychiatrie anti-psychanalytique est en train de faire basculer le monde entier dans une violence irrémédiable. Le récit ne manque pas de scènes-choc, mais n'est pas à la hauteur en ce qui concerne la stimulation intellectuelle.