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Déluge

Le changement climatique prévoyait la montée des eaux de dix mètres avant la fin du siècle, l'archipel des îles Tuvalu englouti, ainsi que le delta du Gange et bien d'autres coins de la planète. Toutes ces prédictions très sérieuses se sont produites bien avant les estimations, et ont même été balayées par un déluge impensable dans la mesure où le volume liquide dépasse largement la somme des océans. Ce ne sont pas dix, cent, ni même mille mètres qui submergent la planète, mais bien plus, de quoi engloutir l'ensemble des terres en moins d'un demi-siècle.

D'emblée, on se demande comment un tel prodige est possible. Pour le justifier, Baxter sort de son chapeau une théorie rendant compte de formidables masses liquides sous le manteau rocheux, d'un volume supérieur à celui des océans actuels. De là à imaginer l'engloutissement des plus hautes cimes de l'Everest : de telles quantités sont en jeu qu'on doute la chose possible. Pour une fois, Baxter ne fait pas preuve d'une grande rigueur scientifique, mais ce n'est pas non plus autour de ces questions qu'il a basé son roman…

En effet, son récit s'inscrit clairement dans la tradition anglo-saxonne des romans catastrophes, à laquelle il a déjà souscrit, et ambitionne de raconter une lutte pour la survie. Les problèmes à surmonter diffèrent à chaque changement d'échelle. C'est avant tout cette perspective qui sert de moteur à l'intrigue et c'est autour de ces questions que le récit est rationalisé. Pour ce faire, Baxter s'appuie sur quatre scientifiques retenus en otage durant cinq ans, en Espagne, par des fanatiques religieux, deux hommes, Gary et Piers, et deux femmes, Lily et Helen, laquelle fut violée et accoucha en captivité d'une enfant qu'elle chérit comme la prunelle de ses yeux et qui lui sera enlevé à sa libération. Spécialistes du changement climatique en mission, ces scientifiques étaient à même d'apprécier, en 2016, l'ampleur des catastrophes survenues durant leur réclusion. La relation de l'inondation de Londres tandis que Lily y retrouve sa sœur est emblématique du désarroi de la population et de l'impuissance de la société à secourir tout le monde à la fois : on devine la civilisation sur le point de craquer.

Conscient des drames à venir, un milliardaire visionnaire, Lammockson, prend les savants sous son aile et pense déjà à reconstruire la civilisation après le chaos. Il a en effet acheté des terrains sur les hauteurs, prévu la confection de vêtements fonctionnels et durables, placé des graines en lieu sûr. Sa réussite est aussi basée sur un pragmatisme un rien cynique, une absence de compassion face aux millions, puis aux milliards de victimes inévitables, ce qui lui permet d'avoir toujours un temps d'avance. C'est ainsi qu'il établit une ville dans les hauteurs péruviennes tandis que le reste de la planète ne gagne les hauteurs qu'au rythme de la montée des eaux. Son but ultime est la fabrication d'arches autosuffisantes susceptibles d'abriter ce qui reste de l'humanité.

Alors que l'intrigue se resserre progressivement sur Lily et sa famille, en proie à des problèmes plus prosaïques mais qui découlent également de la situation, on assiste aux bouleversements accompagnant la fin d'un monde, panorama certes incomplet mais qui comprend quelques beaux tableaux et des scènes épiques, comme les infatigables marcheurs cherchant où s'arrêter, les microsociétés négociant cher le moindre privilège ou les plates-formes flottantes récupérant des biens au-dessus des cités englouties. Il ne s'agit cependant que de vignettes disparates : étalées sur plusieurs décennies, fractionnées sur plusieurs sites, elles ont du mal à agréger une intrigue stable autour des principaux protagonistes. L'alchimie ne prend que dans le dernier tiers, quand la montée des eaux a considérablement réduit la surface habitable, les moyens d'action et les intervenants. Baxter refuse également le spectaculaire ou le voyeurisme qu'on peut aisément imaginer avec un tel sujet, parvenant néanmoins à faire frémir, un peu, avec l'évocation de la plus sordide des séquences morbides. Mais cette mise à distance atténue également la portée dramatique du récit.

Il se montre en revanche plus intéressé par les questions d'évolution, la pression darwiniste jouant également à fond dans ce récit catastrophe, qui voit les plus réactifs sauver leur peau. Baxter parvient à bien faire comprendre que les états d'âme n'ont plus cours et que la compassion peut s'avérer mortelle, prise de conscience qui sous-tend une bonne partie des relations, souvent conflictuelles, entre les protagonistes. Il s'attarde également sur les enfants, qui n'ont connu que la fuite devant le déluge et parviennent à remarquablement s'adapter à la situation, nageurs émérites à l'aise dans de grandes profondeurs et capables d'évoluer en apnée prolongée. L'adulte est forcé, à regret, d'abandonner dans ce nouvel environnement des pans entier de son savoir, pour une grande part obsolètes. C'est sur la transmission de la culture et, partant, des valeurs commune à une cellule familiale, que Baxter s'interroge le plus ; à cheval sur deux générations, le roman montre la faillite de cet enseignement. Alors que chaque parent s'imagine donner à sa progéniture les moyens de faire son chemin dans la vie, ici la rupture est à chaque fois consommée : la fille de Helen, les enfants d'Amanda, la sœur de Lily, le fils du milliardaire, tous finissent par s'opposer de la plus radicale façon à leurs parents ou substituts, et c'est une autre question concernant les mécanismes de l'évolution et de la transmission d'un bagage dans des circonstances extrêmes, que l'auteur pose ici.

Déluge se situe cependant un cran en dessous de ce à quoi il nous avait habitués. Baxter est-il au creux de la vague ? La lecture de ce roman n'est pas désagréable, d'autant plus que la psychologie des personnages est davantage fouillée. Il est manifeste également que ce sont les stratégies de survie qui sont au cœur du récit ; ce premier volume étant destiné à amener l'humanité sur des cités-radeaux, il faudra attendre la suite, Ark, pour vérifier si cette mise en place un peu laborieuse méritait le détour.

Ténèbres 2008

Je me demande qui peut acheter 30 euros un objet à la couverture hideuse, à la mise en page tout aussi hideuse, qui n'est ni vraiment une revue ni vraiment une anthologie et qui pour tout arranger commence par une nouvelle de Jess Kaan qui ne donne qu'une envie : passer à autre chose ?

En supposant qu'un ou deux des lecteurs de Bifrost puissent être intéressés par ce douteux autant que coûteux objet, je signale qu'il contient quand même une nouvelle sympathique de Michael Marshall Smith et un texte dément de Terry Dowling : « La Maison de Jenny ». Inoubliable. Le reste est malheureusement plutôt « anecdotique », surtout les textes francophones qui fleurent bon l'amateurisme et l'expérimentation ratée.

Fiction T10

C'est sous une magnifique couverture d'Ambre (dont la portée commerciale laisse rêveur, mais peu importe) que se présente à nous le nouveau Fiction, le dixième aux Moutons électriques, avec un prix revu à la baisse, 19 euros au lieu de 23, un nombre de coquilles lui aussi fortement revu à la baisse, sans oublier de parler des traductions qui oscillent (à une exception près, mais on s'en fout : la nouvelle est chiante) entre l'excellent (Sonia Quemener) et le très correct (Anouk Arnal, même si un « porche » se ballade dans sa traduction, en lieu et place de la typique mais si dure à traduire véranda à claire-voie américaine).

Pour ce qui est du contenu, on s'attardera sans mal sur :

  • « Les deux Dick » de Paul J. McAuley, texte hommage à Philip K. Dick, et plus précisément à l'hallucinante nouvelle qu'il avait proposé à Harlan Ellison pour Dangereuses visions. Un feu d'artifice touchant, drôle, inventif, où on croise le deuxième Dick du titre, Richard « Watergate » Nixon (Dick étant : 1/ un génie de la littérature, si on en croit la grand majorité des membres de la rédaction de Bifrost 2/ le diminutif de Richard et 3/ un mot relativement vulgaire pour désigner le pénis).
  •  « Damas » de Daryl Gregory, une hallucinante histoire d'épidémie « métaphysique » par un auteur aux thématiques très proches de Greg Egan et James Patrick Kelly. Sans doute la méga baffe du numéro. Un texte épuré, puissant, dont on se souvient encore des semaines après lecture.
  •  « L'Instant de bonheur qui précède » de Claudia O'Keefe (auteur dont j'ignorais totalement l'existence et qui, en une nouvelle, s'impose comme une valeur à suivre de toute urgence). Autre histoire d'épidémie, poignante, avec un traitement très différent de celui de Daryl Gregory (opposé ?) et un résultat presque aussi impressionnant. Deuxième baffe.
  •  « La Femme dans les équations d'onde de Schrödinger » d'Eugene Mirabelli. Une superbe histoire d'amour, extrêmement fine, jamais niaise. Troisième baffe ; on pense à une idée originale de Ted Chiang traitée par une Kelly Link en grande forme.
  •  Le port-folio Lasth/Daylon « Amants sur un champ de ruine » ; noir de chez noir, mais magnifique.

Le reste est évidemment d'un niveau moindre, même si le texte de Lisa Goldstein se lit avec grand plaisir. Les nouvelles de Léo Henry, Benjamin Rosenbaum et Richard Chwedyk m'ont toutes trois semblé illisibles, car aux enjeux trop obscurs pour retenir l'attention. La novella de Ian Watson, pourtant intéressante, est d'un ennui quasiment insurmontable, la faute à un traitement d'un autre âge. Quant au « Carnet de bal » de Serge-André Matthieu, mélange de néo-colonialisme décomplexé et de notules S-F sans intérêt, on s'en serait aisément passé.

Au final : un achat conseillé pour toutes les bonnes raisons citées ci-dessus, Daryl Gregory et Claudia O'Keefe en premiers lieux.

No Smoking

Tom Brodzinski passe des vacances en famille sur une île. Occupé à griller une petite clope sur le balcon de sa chambre d’hôtel, il prend soudain une décision radicale : cette cigarette sera la dernière. Sans même prendre la peine de l’éteindre, il balance son mégot par-dessus la balustrade du balcon. Tom Brodzinski ne le sait pas encore, mais par ce simple geste — apparemment anodin — il vient de déclencher une terrible mécanique judiciaire. Le mégot atterrit sur le crâne d’un vieil homme, Lincoln Intwennyfortee. La femme de Lincoln, qui appartient à la tribu des Tayswengos, dépose plainte contre Tom pour coups et blessures… et tentative de meurtre. Dans l’attente de son jugement, il n’est plus autorisé à quitter le territoire. Le voilà confronté au système juridique local et au poids des traditions et des coutumes ancestrales des différentes tribus qui peuplent l’île. Finalement condamné à dédommager le clan Intwennfoortee — en leur remettant, en main propre, plusieurs présents —, il s’élance au volant d’un 4x4 pour un long périple dont il ne reviendra pas indemne…

Kafka, vous avez dit Kafka ? Impossible de ne pas y penser à la lecture de ce No smoking. Dorian, l’un des précédents romans de Will Self, était un hommage revendiqué au Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, une relecture moderne du mythe. No smoking, quant à lui, a tout du remake inavoué : l’intrigue est largement calquée sur celle du Procès de Kafka. Après tout, pourquoi pas ? Will Self a suffisamment de talent pour s’attaquer à ce genre de défi littéraire. Sauf qu’ici, cela ne fonctionne pas vraiment, et pour deux raisons. D’abord c’est beaucoup trop long : toute la partie du récit qui narre la traversée de l’île en 4x4 de ce pauvre Brodzinski s’étire jusqu’à engendrer l’ennui. L’autre écueil du roman, c’est son personnage principal : Tom Brodzinski lui-même. En quatrième de couverture, l’éditeur nous précise que Tom est un « naïf ». Le mot est faible. Car il s’agit en fait d’un pathétique crétin, d’un personnage en creux, d’un pur artifice fictionnel, d’une caricature absolue du touriste occidental dans toute l’étendue de sa connerie. La charge est tellement appuyée, si outrancière, qu’on peine à s’intéresser à cet « individu » et à tout ce qui peut bien lui arriver. Will Self nous avait habitués à plus de subtilité (comme dans Ainsi vivent les morts, avec le personnage de Lily Bloom, magnifique portrait d’une vieille femme mourante). On a souvent la sensation ici qu’il a voulu trop en faire, pousser trop loin la caricature, la satire, l’ironie grinçante ; au risque de tomber dans l’excès en annulant par avance l’impact qu’aurait pu avoir son roman. Reste, bien sûr, la qualité de l’écriture, de nombreux passages hilarants, et quelques fulgurances qui prouvent, une fois de plus, que Will Self est un immense écrivain. Mais au final No smoking déçoit, tout simplement parce qu’on attend beaucoup mieux de la part d’un auteur de ce calibre. En fait, son dernier « grand » roman, c’est bel et bien Ainsi vivent les morts (qui date quand même de l’année 2000). Depuis, Self n’a pas réellement convaincu, ni avec Dorian, ni avec Dr Mukti, un roman mineur. En conclusion, on conseillera plutôt la lecture de No smoking à ceux qui connaissent et apprécient déjà cet auteur. Mais pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, autant commencer par Mon idée du plaisir, Les Grands singes ou Ainsi vivent les morts : trois chefs-d’œuvre inoubliables de Will Self. En espérant que ce ne sont pas les derniers, et qu’il saura retrouver, dans l’avenir, la pleine maîtrise de son talent et des qualités littéraires qui ont fait de lui un écrivain majeur.

La Belle rouge

Après Alcool, paru l'année dernière, voici La Belle rouge, second opus de la « trilogie culinaire » de Poppy Z.Brite. On y retrouve le duo attachant formé par Rickey et G-man, deux jeunes chefs cuistots qui vivent en couple et travaillent ensemble à La Nouvelle-Orléans. Dans Alcool, Poppy Z. Brite nous racontait comment ces deux compères ouvraient leur propre restaurant grâce au soutien financier de Lenny Duveteaux, un restaurateur célèbre et respecté, mais dont les agissements étaient parfois à la limite de la légalité. L'action de La Belle rouge débute deux ans après dans un cadre bucolique : Rickey et G-man pêchent au bord d'un lac. Leur restaurant — vite devenu une curiosité locale — rencontre un franc succès, et leur vie de couple est au beau fixe. Mais Rickey et G-man ont la particularité de s'attirer facilement des ennuis. C'est d'abord un article virulent, signé par un mystérieux critique gastronomique, qui prend pour cible leur restaurant. Puis c'est l'arrestation de leur associé, Lenny Duveteaux, qui a commis l'erreur de s'attaquer aux intérêts de Placide Treat, le très puissant procureur de La Nouvelle-Orléans. S'ajoutent à tous ces évènements un cuisinier dépressif et une bien étrange proposition qui est faite à Rickey. On mélange le tout, on remue bien fort, et ce deuxième tome de la trilogie prend peu à peu des allures de roman noir, d'intrigue à suspense. Au menu : manipulation, corruption et suicide inexplicable. Le savoir-faire et l'intelligence narrative de Poppy Z. Brite donnent au récit une efficacité certaine. Et comme pour Alcool, on ne s'ennuie pas à la lecture de La Belle rouge. Mais le plus surprenant dans tout ça, c'est la métamorphose littéraire de Poppy Z. Brite. Avec les deux premiers volets de cette trilogie, on est loin, très loin des romans gothiques de ses débuts, à l'époque où elle était fortement influencée par le trio infernal de la littérature fantastique : Stephen King, Clive Barker, Peter Straub. On est également bien loin du ton résolument trash du roman culte l'auteur : Le Corps exquis. Avec Alcool et La Belle rouge, Poppy Z. Brite tourne la page et s'essaye à un tout autre genre littéraire. Certains lecteurs de la première heure le regretteront sûrement, en déplorant que La Belle rouge — malgré son titre alléchant ! — manque un peu d'hémoglobine et de meurtres sanguinolents. Mais il faut avouer que cette Poppy Z. Brite « nouvelle version » est très convaincante. La Belle rouge est un roman qui a du style, du charme et beaucoup d'originalité. On est d'abord surpris — comme c'était déjà le cas avec Alcool — par le rythme un peu lent de la narration. Mais si Poppy prend son temps, c'est pour mieux développer ses personnages et immerger son lecteur au cœur de La Nouvelle-Orléans. Il est d'ailleurs à noter qu'Alcool et La Belle rouge peuvent se lire indépendamment, car dans ce deuxième volet toute l'action du premier est résumée en détail. Aussi sachez-le : si vous lisez La Belle rouge alors que vous n'avez pas encore lu Alcool, eh bien vous n'aurez plus aucune raison de le faire puisque vous saurez d'avance tout ce qui s'y passe. Oui, je sais, c'est curieux, mais Poppy Z. Brite est comme ça : elle ne fait rien comme tout le monde, et c'est aussi pour ça qu'on l'aime. Alors lisez ses deux derniers romans — en commençant par Alcool, ou directement par La Belle rouge, c'est vous qui voyez ! — car ils valent franchement le détour.

Le Shogûn de l’ombre

Un an et demi après Fleurs de Dragon, et au moment où celui-ci reparait chez J'ai Lu, Jérôme Noirez conclut l'histoire de Ryôsaku et de ses trois assistants, Kaoru, Keiji et Sozô, chargés de faire respecter la loi dans le Kyoto de la fin du XVe siècle, toujours pas remis des guerres de succession qui l'ont mis à feu et à sang vingt ans plus tôt. Sans surprise, on y retrouve les mêmes qualités que dans le précédent volume, à commencer par cette incroyable capacité qu'a l'auteur à nous plonger dans le Japon de cette époque, sans jamais alourdir sa narration de longs apartés explicatifs. Les détails de la vie quotidienne s'inscrivent naturellement dans les descriptions ou les dialogues, et l'immersion dans cet univers est permanente et particulièrement réussie.

La tonalité générale du Shôgun de l'ombre est sensiblement plus sombre que celle de Fleurs de Dragon. On ne retrouve pas cette fois de personnages hauts en couleurs et joyeusement foutraques comme les trois sœurs ninja du précédent opus. Seul le personnage de Kaoru parvient de temps à autre à détendre l'atmosphère, en particulier à travers l'étude approfondie des bienfaits du saké dans laquelle il s'est lancé. Mais le propos est le plus souvent grave, le chaos dans lequel s'enfonce le Japon de plus en plus palpable. De cette ambiance délétère, Jérôme Noirez tire son intrigue et met en scène la révolte des populations les plus déshéritées de l'archipel, que le désespoir pousse à des actions extrêmes. Dans ce contexte, le Shôgun de l'ombre, personnage énigmatique évoqué à la fin de Fleurs de Dragon, se pose en tant qu'incarnation de cette colère populaire.

Sans manichéisme dans sa description de cette lutte des classes, Jérôme Noirez parvient à saisir la situation dans toute sa complexité. De manière plus intéressante encore, la révolte qu'il illustre s'appuie non seulement sur la situation sociale de l'époque, mais également sur son héritage culturel, qui revêt ici une importance tout aussi grande et lui permet en outre de décrire une esthétique de la révolte tout à fait frappante, qu'il s'agisse de l'écriture idéographique japonaise ou du théâtre nô.

La colère est omniprésente dans Le Shôgun de l'ombre, qu'elle soit collective ou individuelle. Ryôsaku est un personnage foncièrement contestataire, témoin de la déchéance de son pays et refusant que les valeurs auxquelles il croit soient bradées. À cela s'ajoute celle provoquée par le meurtre de sa sœur, dont le fantôme ne le quitte jamais. À ses côtés, Keiji et Sozô ont eux aussi des comptes à régler avec leur passé, et plus particulièrement leur père, qu'il s'agisse de la volonté de venger son meurtre pour l'un ou de parvenir enfin à lui tenir tête pour l'autre. Dans les deux cas, leur destinée semble écrite d'avance, à moins qu'à coups de marteaux sur le crâne Ryôsaku ne parvienne enfin à leur inculquer quelques-uns de ses enseignements. Jérôme Noirez clôt de fort belle manière leur histoire, et c'est donc à regret que l'on quitte ces personnages devenus particulièrement attachants au terme de ce second volume.

Ne prêtez donc pas attention au fait que ce roman soit publiée dans une collection pour la jeunesse : Le Shôgun de l'ombre se lit (et s'apprécie) à tout âge.

La Saison de l’ombre

Au sein d'une production pléthorique, préformatée et prédigérée, qu'il est bon de tomber sur une œuvre de la trempe de celle de Daniel Abraham, jeune écrivain qu'on a pu découvrir l'an dernier avec Le Chasseur et son ombre, coécrit en compagnie de George R. R. Martin et Gardner Dozois. Ignorant ostensiblement tous les poncifs de la fantasy commerciale, il signe avec La Saison de l'ombre, premier volet d'une tétralogie, un roman intimiste, sobre et élégant.

La première originalité de ce livre vient de l'utilisation que fait l'auteur de la magie. Elle tient certes un rôle essentiel dans cet univers, et en particulier dans le prestige dont jouit Saraykhet, la cité où se déroule l'essentiel du récit, mais elle prend une forme tout à fait particulière. Il s'agit d'idées incarnées, de « pensées asservies sous une apparence humaine », baptisées « andats » et confiées aux poètes qui leur ont donné vie. Leurs relations sont nécessairement conflictuelles. L'andat est lié au poète qui l'a invoqué, l'a façonné et lui a donné sa personnalité humaine, mais son unique et impérieux désir est de s'en libérer pour retourner à son état premier. Et comme il est à peu près impossible de soumettre à nouveau un andat ayant recouvré sa liberté, son poète ne doit à aucun prix en perdre le contrôle. Le poète de Saraykhet se nomme Heshai, son andat Stérile. Ils sont le centre et le moteur principal de l'intrigue.

Concrètement, la magie d'un andat se manifeste le plus souvent de manière fort peu spectaculaire. Dans le cas de Stérile, sa principale fonction est d'égrener le coton, faisant économiser à la cité une masse de travail considérable et lui assurant le monopole dans cette industrie. Son rôle apparaît donc essentiel à la suprématie commerciale de Saraykhet sur les cités voisines, et sa disparition aurait des conséquences catastrophiques pour l'ensemble de la population.

Cette menace plane sur tout le récit, mais elle en constitue davantage l'arrière-plan que le cœur. Daniel Abraham s'intéresse avant tout à une demi-douzaine de personnages qu'il va suivre au plus près, et montrer avec minutie comment les machinations de Stérile pour échapper à Heshai vont directement ou indirectement bouleverser leur vie. La première à en subir les effets de plein fouet est une jeune femme, Maj, innocente fille des îles qui va perdre dans cette histoire ne la concernant en rien ce qu'elle a de plus cher au monde, son enfant à naître. Cette scène terrible, écrite avec une sobriété exemplaire qui en accentue encore l'horreur, constitue le moment pivot du roman. Aucun des protagonistes n'en sortira indemne, ni Amat Kyann, la vénérable surintendante de l'une des maisons de commerce les plus prospères de Saraykhet, abandonnant soudain le prestige de sa position pour se tourner vers des activités nettement moins respectables, ni Otah Machi, autrefois apprenti poète, contraint à nouveau de se remettre totalement en question, ni Maati et Liat, jeune couple que rien n'avait préparé à affronter une telle tempête.

La Saison de l'ombre est une œuvre intimiste comme la fantasy nous en a offert très peu. Daniel Abraham reste constamment au plus près de ses personnages, scrutant leurs émotions et disséquant leur vie. Il ne donne jamais une vision globale du monde qu'ils habitent mais opte pour un point de vue se limitant à ce que perçoivent ses protagonistes. Pourtant, au fil des chapitres, le lecteur dispose d'assez d'éléments pour reconstituer lui-même le contexte plus vaste dans lequel s'inscrit cette histoire, à travers les lieux fréquentés qui nous deviennent progressivement familiers, à travers également la gestuelle complexe et très codée à laquelle se livrent les habitants de Saraykhet dans leurs relations avec autrui. Petit à petit, toute la richesse de l'univers imaginé par Abraham se révèle, et le résultat est somptueux.

En conclusion à sa critique du Chasseur et son ombre, Jean-Pierre Lion remarquait que « le plaisir qu'on a pris à lire ce roman continue de croître plusieurs jours après qu'on l'a refermé, et plus on prend de recul pour le juger, plus il nous apparaît remarquable » (p. 82). Le même constat s'applique à La Saison de l'ombre. Avec ce premier essai, Daniel Abraham s'impose d'emblée comme un écrivain de fantasy majeur. Il est à souhaiter que les lecteurs réservent à ce roman l'accueil qu'il mérite.

La Reine des lumières

Xavier Mauméjean fait partie de ces écrivains ayant sans arrêt la bougeotte. D'un roman à l'autre, de la Babylone antique au Coney Island du début du XXe siècle, du Londres victorien à l'académie militaire d'un futur lointain, il ne reste jamais en place. Aujourd'hui, dans le cadre de la collection pour la jeunesse « Ukronie », il se penche sur les descendants d'Alexandre le Grand.

L'univers de La Reine des Lumières diverge lors d'un épisode célèbre, tenant davantage de la légende que du fait historique : l'histoire du nœud gordien. Ici, plutôt que de le trancher d'un coup d'épée, Alexandre consacre de longs mois à en découvrir le secret afin de le dénouer, accomplissant ainsi la prophétie qui lui permettra de s'emparer de l'Asie. La scène telle que Mauméjean la décrit, aussi amusante que peu crédible, permet de saisir l'esprit de ce roman. L'auteur se soucie moins de vraisemblance historique que des possibilités que lui offre la conquête de l'Inde par le Macédonien. Dans ces conditions, on ne s'étonnera guère que, vingt siècles plus tard, son empire continue de dominer le monde.

À la place de la culture occidentale qui nous est familière, ce monde a vu s'imposer un modèle culturel mêlant des influences grecques et indiennes. La société est divisée en castes, allant des dirigeants aux parias, les principales religions sont consacrées à Apollon et Dionysos, l'empereur Sykander règne sur un domaine s'étendant de l'Europe aux confins de l'Asie. Le dépaysement est garanti.

Après deux mille ans d'existence, l'empire d'Alexandre souffre de son immobilisme dans tous les domaines. La science et la technologie n'ont guère eu l'occasion de se développer, et même si Sykander fait figure de réformateur modéré, rien ni personne ne semble vouloir contester les fondements de cette société. Mais l'assassinat de l'empereur par son frère, le très conservateur Philippe, va remettre en branle les rouages de l'Histoire. Pour s'opposer aux projets du nouveau monarque, la Compagnie des Indes, gigantesque firme autant impliquée dans le commerce mondial que dans les arcanes politiciennes, prend le parti de Roxane, la fille de Sykander, et pour lui venir en aide fait appel à l'un de ses anciens agents, l'aventurier Thomas Drake. C'est sur ces deux personnages que va se focaliser La Reine des Lumières.

À la complexité de l'univers décrit s'oppose la simplicité de l'intrigue. Passé le premier tiers du roman, consacré à la découverte de ce monde, parfois un peu laborieuse — les passages didactiques y abondent —, le rythme s'accélère et Mauméjean enchaîne les morceaux de bravoure : combats navals, escarmouches dans les montagnes afghanes ou batailles opposant des dizaines de milliers de guerriers ; les scènes spectaculaires se succèdent jusqu'au duel final. Entre deux poussées d'adrénaline, l'auteur continue d'interroger cette société et ses failles à travers une galerie de personnages souvent attachants, quelle que soit la cause qu'ils défendent.

La Reine des Lumières est sans doute trop conventionnel dans son déroulement pour qu'on le range parmi les meilleures œuvres de son auteur. Il n'empêche que, par l'originalité de son cadre et l'énergie qu'y a insufflée Xavier Mauméjean, il constitue un excellent divertissement.

Les Nombreuses vies de Cthulhu

Après quinze volumes parus, le principe de « La Bibliothèque Rouge », consistant à écrire la biographie d'un personnage de fiction comme s'il avait réellement existé, commence à être bien connu. De Sherlock Holmes à James Bond, en passant par Conan, Dracula ou Frankenstein, la collection compte à son tableau de chasse un palmarès prestigieux, joliment varié qui plus est.

Il n'empêche que l'idée de consacrer un volume à Cthulhu et aux autres créatures de Lovecraft constituait à priori un défi un tantinet casse-gueule. L'œuvre de Lovecraft est certes assez restreinte, mais si l'on inclut les innombrables récits qui l'ont prolongée depuis, de l'hommage sincère à la réinterprétation discutable, la somme des textes disponibles est tout de suite beaucoup plus impressionnante. Il fallait donc posséder une vaste connaissance du sujet, un esprit de synthèse et, surtout, une bonne dose d'inconscience pour se lancer dans un tel projet.

Patrick Marcel a avant tout pratiqué une rigoureuse sélection du corpus à étudier. Il s'est focalisé en priorité sur l'œuvre originale de Lovecraft, et sur une judicieuse sélection de textes écrits par d'autres, préférant par exemple retenir certaines nouvelles de Robert Bloch ou Fritz Leiber plutôt que les réécritures hors sujet d'August Derleth. Ce qui ne l'empêche pas, dans un jubilatoire exercice de transtextualité, de citer au fil de sa chronologie des œuvres aussi différentes que les aventures du professeur Challenger d'Arthur Conan Doyle, Doc Savage, l'extraordinaire et trop méconnu film Quatermass and the pit, la série Lost, et jusqu'au « Signé Furax » de Pierre Dac et Francis Blanche !

Malgré l'extraordinaire variété des œuvres qu'il convoque, Patrick Marcel ne perd jamais le fil de son propos ni ne s'égare en digressions inutiles. Son travail offre une belle cohérence, mais surtout se révèle extraordinairement ludique. Au-delà de la mise à plat de l'univers de Lovecraft, déjà une performance en soi à laquelle même les puristes ne devraient rien trouver à reprocher, l'auteur parvient surtout, avec une érudition et une maîtrise qui forcent le respect, à faire dialoguer l'œuvre du reclus de Providence avec celle de ses contemporains ou de ses héritiers. Le résultat final, jouissif en diable, brosse un portrait cohérent des littératures populaires d'avant-guerre (et de leurs descendantes) où les créations de Lovecraft se voient offrir la place d'honneur.

Cette remarquable synthèse à laquelle parvient Patrick Marcel, on ne la retrouve malheureusement pas dans « Des Chats, des rats et Bertie Wooster », dans laquelle Peter Cannon réécrit la nouvelle « Les Rats dans les murs » en y faisant intervenir Jeeves et Wooster, les héros de P. G. Wodehouse. L'opposition demeure entre l'écriture anxiogène de Lovecraft, que Cannon cite abondamment, et l'ironie goguenarde des deux intrus, chaque tentative de faire rire le lecteur tombe à plat, et les univers des deux écrivains restent jusqu'au bout étrangers l'un à l'autre, faisant de cette tentative un ratage complet.

En revanche, Kim Newman parvient bien mieux à adapter l'univers lovecraftien à celui du polar hardboiled avec « Le Grand éveil » (nouvelle déjà publiée dans l'anthologie Privés de Futur en 2000 aux éditions du Bélial'). L'écriture propre au genre permet d'aborder les créations de l'auteur de manière légèrement décalée sans les dépouiller de leurs spécificités, et le talent de conteur de Newman fait le reste.

Pour finir, il convient de souligner l'excellente qualité de l'iconographie de ce volume : photos d'époque, illustrations provenant d'Astounding Stories ou d'adaptations plus récentes, documents rares et inattendus, la richesse de cette sélection est parfaitement au diapason du texte, qu'on conseillera sans réserve aux spécialistes de Lovecraft autant qu'aux lecteurs occasionnels.

Défricheurs d'imaginaire.

Une anthologie historique de science-fiction suisse romande

Existe-t-il une science-fiction suisse ? On concèdera bien volontiers que depuis la création de la Maison d'Ailleurs, musée unique en son genre, la Suisse est devenue une terre de science-fiction. Mais s'il fallait à la plupart d'entre nous citer cinq écrivains helvètes ayant contribué de manière notable à la S-F francophone, nous serions sans doute passablement embêtés. L'anthologie de Jean-François Thomas vient à point nommé pour combler cette lacune en proposant un survol chronologique du genre s'étendant sur plus d'un siècle, de 1884 à 2004.

Les premiers textes figurant au sommaire de Défricheurs d'imaginaire sont sans doute les plus intéressants, et pas nécessairement pour leur rareté. On retrouve d'ailleurs parmi eux « Anthéa ou l'étrange planète » de Michel Epuy (1918), nouvelle précédemment exhumée par Serge Lehman pour son passionnant Chasseurs de chimères (éditions Omnibus) consacré à l'anticipation scientifique française d'avant-guerre. Il s'agit de l'exploration extrêmement vivante d'une planète amenée à proximité de la Terre dans le sillage d'une comète.

Du coup, la palme de la (re)découverte la plus intéressante de l'anthologie revient à « Les Anekphantes » de Roger Farney, court roman de 1931 décrivant une forme de vie microscopique, sortes de cellules intelligentes organisées au sein d'une société symbiotique. Après avoir étudié en détail le mode de vie de ces créatures, l'auteur adopte leur point de vue pour observer notre propre monde, radicalement différent, dont il va indirectement souligner les insuffisances et les incohérences. Même si l'écriture de Farney est un poil trop ampoulée pour être attrayante, « Les Anekphantes » n'en constitue pas moins une lecture étonnante et originale, qui mérite d'être découverte.

Texte le plus ancien du recueil, « L'Autopsie du Docteur Z*** » d'Edouard Rod (1884) ne s'appuie sur un élément pseudo-scientifique (l'idée que le cerveau cesse progressivement de fonctionner après le décès de son propriétaire) que pour justifier le fait que le narrateur de ce récit soit mort. L'adoption d'un tel point de vue permet à l'écrivain de signer une belle nouvelle, mélancolique et apaisée, mais qui aurait tout aussi bien pu se passer de son alibi science-fictif.

Les textes plus récents sont soit anecdotiques, soit mauvais. « La Grande découverte du savant Isobard » d'Albert Roulier (1938) imagine sur un ton ironique les conséquences inattendues qu'entraînerait la possibilité de prévisions météorologiques infaillibles ; « Les Secrets de Monsieur Merlin » de Noëlle Roger (1949) est une histoire d'amour mièvre au cours de laquelle l'auteur décrit le fonctionnement d'un appareil de télévision révolutionnaire ; quant à « Une Fable » de Léon Bopp (1940), il s'agit d'un conte à vocation humoristique, versant assez vite dans l'hystérique, et d'une lecture particulièrement pénible à force de triturations lexicales sans queue ni tête.

On pourrait à priori s'étonner qu'à l'exception de quelques chansons signées Jean Villard, Jean-François Thomas n'ait retenu aucun texte entre 1949 et 1979. En réalité, il s'agit d'une période d'hibernation pour la science-fiction suisse, comme tend à le montrer le peu d'œuvres parues alors, en particulier dans les années 50 et 60 (l'anthologiste en recense moins d'une dizaine). Trente ans de quasi-silence d'autant plus étonnant que, de ce côté-ci de la frontière, il s'agit au contraire d'une époque cruciale, fondatrice. Rien n'explique que les écrivains suisses se soient à ce point désintéressés du sujet pendant aussi longtemps.

Les années 80-90 sont nettement plus fournies, mais le plus souvent il s'agit de nouvelles parues en dehors des revues et collections spécialisées, écrites par des auteurs de littérature générale optant volontiers pour une science-fiction allégorique qui leur permet de dénoncer tel ou tel travers de notre société. On y trouve quelques textes réussis, comme « Ce Jour-là » d'Odette Renaud-Vernet, une fin du monde tout en douceur, ou « Château d'Eau » de Bernard Comment, comédie absurde dans laquelle la Suisse construit un mur à ses frontières pour empêcher ses fleuves d'irriguer les pays voisins et finit noyée. Les autres ont le défaut rédhibitoire de vouloir réinventer la roue et manient divers poncifs du genre sans même en avoir conscience.

Parmi les noms plus familiers des lecteurs de S-F, on retrouve avec plaisir Wildy Petoud par le biais de « La Maison de l'Araignée », sa première nouvelle, retenue à l'époque (1986) par Philippe Curval pour son anthologie Superfuturs (Denoël « PdF »). Relire ce texte ne peut que nous faire regretter sa disparition du paysage éditorial depuis plus de dix ans maintenant. Rolf Kesselring, dont on se souvient surtout pour son travail d'éditeur qui offrit un support à la S-F politique française de la fin des années 70, figure lui aussi au sommaire avec « Martien vole », une nouvelle évoquant fortement le Martiens go home de Fredric Brown, sans parvenir à se hisser au même niveau de drôlerie hélas.

L'anthologie s'achève sur deux textes parus en 2004, signées respectivement François Rouiller et Georges Panchard. Le premier, « Délocalisation », développe une idée de science-fiction tout à fait intéressante (une expérience scientifique a bouleversé les lois de la physique et indirectement amené à la naissance de mutants) mais souffre d'une écriture pataude, en particulier dans la description de ses personnages. « Comme une fumée » en revanche est maîtrisé de bout en bout, décrivant la vie d'un personnage doté d'un talent unique qu'il gâchera de façon lamentable. Panchard est sans conteste l'auteur suisse le plus doué à l'heure actuelle, dommage qu'il soit si rare.

Défricheurs d'imaginaire, de par sa nature même, est une anthologie très inégale, mais atteint son but en embrassant une vaste période et une grande variété de styles. Le travail de Jean-François Thomas mérite d'être salué, autant pour sa sélection que pour le paratexte qui encadre ces nouvelles. Son histoire de la science-fiction suisse qui constitue la préface de ce livre est fort complète et permet de resituer les œuvres choisies dans leur contexte tout en élargissant son sujet d'étude aux romans. Sa présentation des auteurs est sans doute exagérément laudative, mais on choisira d'y voir la marque de son enthousiasme, qualité indispensable pour mener à bien un tel projet. Mission accomplie.

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